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de feu à la lèle, le 12 mai 1809. Nommé colonel du 19e régiment de chasseurs à cheval, il conduisit ce corps en Espagne el revint peu de temps après à la grande armée, ou il fit la campagne de Russie et fut nommé général de brigade le 24 novembre 1812. Le 7 avril 1814, il adhéra au gouvernement des Bourbons, el fut créé, le 29 juillet suivant, commandant de la Légion d'honneur, puis chevalier de StLouis. Dans le mois de mars 1815, il dul accompagner Monsieur à Lyon, lorsque ce prince s'y rendit pour s'opposer à la marche de Napoléon. Mais, après la défection des troupes, Ameil s'empressa d'offrir ses services à Bonaparte, qui le chargea aussitôt de commander son avant-garde et le fit partir pour la Bourgogne avec des instructions et des proclamations de circonstance. Ameil réussit d'abord à faire passer quelques troupes et plusieurs autorités dans le parti de Bonaparte ; mais à Auxerre il rencontra des royalistes zélés qui le firent arrêter et l'envoyèrent à Paris. Ameil se trouvait å la prison de l’Abbave lorsque Napoléon entra dans la capitale. Il n'hésita pas à se ranger de nouveau sous les drapeaux de son ancien maitre el il commandait un corps de cavalerie à Waterloo. Après celle défaite, il faisait partie de l'armée de la Loire, en juillet 1815, lorsqu'il fut compris dans l'ordonnance du 24 juillet; il dut être arrêté et traduit devant un conseil de guerre ; mais il réussit à s'échapper et à traverser les armées de la coalition, après avoir été dépouillé par les troupes bavaroises de lout ce qu'il possédail.

C'est alors qu'Ameil vint en Suisse. Il arriva d'abord à Genève, on, ainsi que le dit l'inscription, il reçut la prison comme salut de bienvenue. Il avail para suspect. Il passa dans le canton de Vaud, dont les sentiments bonapartistes élaient connus, mais qui avait aussi, pour déjouer à ce moment les prétentions el les intrigues bernoises, de grands ménagements à observer à l'égard des alliés. Le général Ameil séjourna quelque temps à Lausanne, chez M. Marcel, croyonsnous. V'y pouvant échapper à diverses tracasseries, il alla se loger à la campagne, à Romainmölier, chez M. Roland, comme précepteur de son fils. Il s'acquit bientôt l'estime de tous les habitants de cette commune el noua des relations plus étroites avec quelques personnes qui gardent de lui aujourd'hui encore le meilleur souvenir. La correspondance assez suivie qu'il entretint avec plusieurs, el entr'autres avec M. Dufournel, le doyen actuel des professeurs de notre Académie, alors pasteur à Romainmólier, est aussi touchante que son inscription de Lucens. M. le professeur Dufournet conserve encore des lettres du malheureux exilé, dans lesquelles il parle avec une vive reconnaissance du bon accueil qu'il a reçu des Vaudois et particu

a

el lièrement des habitants de Romainmôtier. Quelques-unes de ces lettres,

que nous avons eues entre les mains, sont sans date et signées seulement d'un A ou du nom d'Ameil retourné en Liema. Ces dernières furent écrites alors qu'Ameil, cédant aux alarmes ombrageuses de M. le lieutenant du gouvernement à Yverdon, échangea sa retraite de Romainmôtier contre celle plus retirée de Lucens. Il est bon d'ajouter que la surveillance spéciale dont Romainmôtier était l'objet de la part de l'autorité n'était pas sans fondement. Ce coin piltoresque de la frontière étail alors le rendez-vous d'exilés de catégories les plus opposées. C'est ainsi qu'à peu près en même temps qu'Ameil on y vit arriver le vicomte de Moutiers, l'un des trois gardes du corps qui accompagnèrent Louis XVI à Varennes. Il venait voir son frère le chevalier, domicilié el propriétaire à Romainmölier, et intimement lié avec les habitants de celle localité depuis la première émigration française.

Le séjour du général Ameil à Lucens ne sut que de deux mois et demi. Il en partit le 1er mars 1816, se rendit à Bâle, el de lå en Allemagne, avec l'intention de rejoindre Bernadotte, puis de gagner l'Amérique. Mais arrivé dans l'électoral de llanovre, il fut mis en prison à Ilildesheim, malgré les réclamations qu'il adressa au gouvernement anglais. Placé dans l'alternative de rester prisonnier ou d'être livré à la France pour y subir un jugement, cet infortuné général tomba dans un état complet d'aliénation mentale. Il fut néanmoins jugé par contumace à Paris, et condamné à mort le 15 novembre 1816. Sa maladie ne fit que s'aggraver et il y succomba le 16 septembre 1822.

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LE MAJOR DUCRET .

Encore une perte grave qui vient de frapper l'arınée suisse et les milices vaudoises en particulier! Le major Ducrel, instructeur en second de l'infanterie, est décédé mercredi 21 décembre par suite de douleurs dont il souffrait depuis un ou deux ans, et qui provenaient d'une maladie de la moelle épinière.

François Ducret était né en 1812 à Ecublens; il n'était donc âgé que de 52 ans. Il entra dans le corps des instructeurs en 1842 comme adjudant sous-officier et se développa rapidement sous le colonel du Plessis. Premier sous-lieutenant en 1842 il fut nommé capitaine seulement en 1854, à la retraite de M. le capitaine Pousaz; pendant la maladie de feu le colonel du Plessis il eut en bonne p'irlie les soins principaux de l'instruction. Sous l'habile direction de l'instructeur en chef actuel, M. le colonel fédéral Borgeaud, les services de Ducret ne furent pas moins appréciés, et en mars 1862 il fut élevé au grade

de major. D'une constitution forte, Ducret paraissait, jusqu'à l'année dernière, devoir longtemps braver les fatigues de sa rude profession. La Providence en a ordonné autrement, et sa fin a même été beaucoup plus promple qu'on ne s'y allendait; la veille de sa mort il s'est encore levé et promené dans son appartement. En compagnie de son collégue le commandant Spitz de Lucerne, il n'aura pas tardé à rejoindre le chef que tous deux aimaient lant, notre regretté Hans Wieland.

La mort du major Ducret a vivement affecté ses amis el connaissances de Lausanne et du canton de Vaud, lout comme elle affectera, nous en somme sûrs, ceux du reste de la Suisse. Ils sont nombreux ces amis ! Il n'y a pas un hameau vaudois où l'on ne prononce avec respect el affection le nom du major Ducret, car le désunt avait su, par la droiture de son caractère, autant que par ses talents et par son zèle dans l'accomplissement de ses devoirs, se concilier l'estime universelle. Bon officier, il était à la fois énergique et bienveillant; il connaissait à fond son métier sans en élre plus pédant pour cela ; bon camarade, il était loujours prêt à obliger tout militaire de tout grade qui pouvail avoir besoin de lui, sans grand bruit ni forfanterie. Dans le service sa vigilance était infatigable; chacun sait avec quelle sollicitude il s'occupait du bien-être du soldat et de la surveillance en général; chacun a souvent admiré aussi l'aisance de commandement et la juslesse de coup-d'ail avec lesquelles il maniait la troupe sur la place d'armes. Ses fonctions d'instructeur ne lui permettant pas de concourir avec les autres pour l'avancement, il avail vu des centaines de ses cadets et de ses élèves lui passer sur le dos; mais il n'en avait jamais gardé rancune ni mauvaise humeur contre personne. Comme le beau lype de soldat qu’Alfred de Vigny peint dans son capitaine Renaud, la salisfaction que Ducret recherchail étail loute dans le sentiment du devoir accompli. Au reste il était connu el apprécié dans les autres cantons de la Suisse française aussi bien que dans le canton de Vaud. Souvent la Confédération l'appela à des postes importants aux écoles fédérales de Thoune, de Båle, de Soleure et dans les grands l'assemblements; dans la campagne de 1856-57 il remplit les fonctions de major fédéral à la brigade Veret. Et dans lous ces services Ducret sut toujours se faire estimer de ses chefs, de ses camarades et de ses subordonnés. S'il avait eu quelque idée de quiller la carrière cantonale, nul doute que l'état-major fédéral el le cadre des instrucleurs fédéraux ne lui eussent offert depuis longtemps une position plus élevée que celle où la loi vaudoise le reléguait modestement.

Son enterrement a eu lieu samedi 24 décembre par les soins du département militaire et avec une pompe inusitée. La foule immense de

militaires et de civils qui a escorté la depouille mortelle à sa dernière demeure a témoigné des regrets que ce brave officier laisse dans tous les cours.

NOUVELLES ET CHRONIQUE.

Nous avons publié dans notre dernier numéro du 15 décembre une nole de M. le capitaine Moschell au sujet du fusil Westley-Richards. Nous avons reçu dès lors des renseignements qui confirment pleinement le jugemeni favorable porté sur ce système.

Nous aurons l'occasion d'y revenir prochainement, en traitant d'une manière générale la question du chargement par la culasse pour les fusils d'infanterie, question qui, du reste, sera traitée par M. le lieutenant-colonel van Berchem daus la prochaine séance des Trois-Suisses (lundi 9 janvier, à 8 heures du sour).

En attendant nous constaterons seulement, à propos de la lettre en question :

1° Qu'il n'existe pas encore de commission spéciale pour des essais à faire avec des fusils à culasse mobile :

2° Que le système Westley-Richards a été décrit el juge de la manière la plus favorable dans un rapport adressé en 1860 au département militaire fédéral le major van Berchem, à la suite d'une mission en Angleterre :

3o Qu'une arme de celle espèce, gagnée à cette époque au lir de Wimbledon, par M. Knecht de Glaris, a éli essayée à plusieurs reprises et se trouve à l'heure qu'il est à Berne, ou plusieurs hommes compétents ont eu l'occasion de l'examiner.

par

L'Assemblée fédérale a terminé ses séances le samedi 17 décembre en ajournant à sa prochaine session divers objets militaires (le dépôt de la guerre et le règlement d'administration), mais a lotant le budget et particulièrement le crédit de 300,000 fr. pour le rassemblement de troupes. On a été étonné de voir l'acharDement de quelques députés à vouloir limiter à tout prix des dépenses répondant à des besoins militaires réels. MM. les députés valaisans, entr'autres, auraient bien dû montrer un peu de leur zèle excessif d'économie quand il s'agissait de la roule stratégique de la Fourca, ou de diverses indemnités que la Confédération ne marchande pas trop à leur carton.

M. le conseiller fédéral Fornerod reste au Japartement militaire en 1865 avec M. le conseiller fédéral Challei-Venel comme suppleant. Le lableau des écoles en 1865 vient de paraitre : nous le publierons dans un prochain numéro

Le Conseil fédéral a désigné pour commandant de l'école centrale M. le colonel Denzler, pour commandant du rassemblement M. le culonel Schwarz, pour conimandant de la reconnaissance M. le colonel Borgeau.

Ont été nommés contrôleurs d'armes de seconde classe : MM. le capitaine Chains son. de Villeneuve, ei le capitaine Landi, de Coire : comme contrôleur de troisième classe, M. Jean Wegmuller, de Zurich : comme secrétaire d'état-major el attache à la brigade Borgeaud, M. Eugene Ducrel, de Chardonne.

11. le D' Engelhard, major l'état-major fédéral sanitaire, avant demandé sa démission comme instructeur du service de santi, le Conseil fédéral la lui a aecordée dans les termes les plus honorables. Le corps des instructeurs perd en lui un officier plein de zile et de véritable esprit militaire dans l'accomplissement de ses devoirs.

La société des officiers of Appenzell, assemblée à Teufen le dimanche 18 décembre, a décidé à l'unanimité d'accepter pour 1866 la réunion folérale qui aurait lieu à Hérisau. Le nouveau courile central est composé de Ma. Em. Meyer, lieut.colonel fédéral, à Hérisau, président, Bolil, major à Trogen, caissier ; Alder, Ed., a Hérisali, secrétaire; Schochi, lieutenant à Hérisau ; et Erili, comidandant à Teufen.

LAUSANNE. IMPRIMERIE PACHE, CITÉ-DERRIÈRE, 3.

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REVUE MILITAIRE

SUISSE

dirigée par

MM. F. LECOMTE, lieut.-colonel fédéral; E. RCCHONNET, capitaine fédéral d'artillerie;

E. CUÉNOD, capitaine fédéral du génie.

1° 2.

Lausanne, le 15 Janvier 1865.

Xe Année.

SOMMAIRE --- D'un dépôt fédéral de la guerre. (suite)

Considérations sur l'art de la guerre chez les Anglais. Nouvelles de mandes de réforme dans l'habillement de l'armée suisse. Nominations. - Avis.

D'UN DÉPOT FÉDÉRAL DE LA GUERRE.

( Suite. )

1. Clussification des matériaux des archives. Ce travail se trouve naturellement justifié par l'emploi et l'utilisalion des matériaux. La valeur des matériaux existants ainsi que les dépenses qui ont été faites pour les reconnaissances demeurent un capital improductif si ces matériaux sont inaccessibles.

Il est nécessaire de fixer dans un travail spécial le type et les bases que l'on veut adopler pour la classification des matériaux des archives concernant la connaissance du territoire et la défense nationale, sa

voir :

La division en séries géographiques des zones frontières. Dans ces divisions, les matériaux seront répartis en quatre catégories : 1° Descriplions tactiques (topographiques) dans lesquelles rentrent

les reconnaissances, les rapports el croquis des positions, les

profils et la description des cours d'eau ; 20 Description statistique. En ne considérant que ce qui est d'un

intérêt militaire, des formulaires imprimés devront être éta

blis à cel 3o Importar

géographique-militaire), emploi des

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