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On verra d'abord la question et les causes de la guerre habilement traitées dans les discussions de nos deux Chambres, dans celles du parlement britannique, et même des cortès d'Espagne et de Portugal, ainsi que dans les documens nombreux publiés de part et d'autre. On ne nous reprochera point d'avoir négligé, affaibli ou éludé les motifs ou les raisons allégués par les parties contendantes. L'histoire y trouvera de quoi les bien juger. La publication complète de ces documens était une obligation sacrée pour nous, et nous l'avons remplie.

Quant aux événemens militaires, nous les avons racontés d'après les rapports officiels soigneusement conférés avec les récits étrangers qui nous sont parvenus et sur des témoignages de quelques officiers de mérite qui ont fait cette campagne. Nous n'avons pu, dans la difficulté de lier ensemble les parties d'un plan combiné sur une grande étendue de pays, nous arrêter aux détails des opérations des divers corps ; nous n'avons pas eu la prétention de faire l'histoire stratégique de cette campagne, mais nous croyons en avoir donné l'idée générale la plus juste en rapportant les faits les plus dignes de l'attention de la postérité.

Nous aurions voulu insérer dans notre Appendice tous les bulletins de l'armée d'Espagne, mais l'espace nous a manqué; il a fallu nous réduire aux plus im

portans. Nous avons aussi été forcés de supprimer la section Mélanges, destinée à des extraits de Voyages ou d'autres ouvrages d'un caractère historique, et même de réduire de beaucoup la Revue que nous faisons chaque année des découvertes ou des productions les plus remarquables dans les sciences, dans les lettres et dans les arts. On sent que l'étendue de cette partie de notre ouvrage doit être subordonnée à la place que les matières politiques y laissent : il n'est pas destiné à suppléer les recueils scientifiques et littéraires dont la France a été enrichie; il ne prend sur eux que ce qui est rigoureusement du domaine de l'histoire. A cet égard encore nous rapportons moins nos opinions que des faits, et nous n'émettons guère d'autres jugemens que ceux que le public et les meilleurs critiques en ont portés.

En tout, le travail de cette année nous a présenté plus de matières et de difficultés que celui des précédentes; et nous y avons mis tous nos soins. Ce livre a trouvé place dans le cabinet des hommes d'État et des

gens du monde qui veulent être au courant des affaires de leur temps; il faut le rendre digne de sa destination.

On nous a souvent exprimé le regret que cet ouvrage n'eût point commencé avec la restauration, point de départ si heureux pour un recueil historique de cette importance. Nous en avons dit dans le temps la raison. (Voy. Ann. histor. pour 1818; Préface.) Mais maintenant qu'affranchie d'une tutèle et d'une surveillance humiliantes, la France a repris sous le sceptre des Bourbons ses gloires et ses libertés, notre tâche nous sera plus facile, et nous nous occupons de remplir cette lacune de manière que notre Annuaire soit bientôt le dépôt le plus complet de l'histoire universelle, à partir de l'époque appelée à si juste titre « l'ère nouvelle de l'Europe.

»

Paris, 5 octobre 1823.

HISTORIQUE UNIVERSEL

POUR 1823.

PREMIÈRE PARTIE.

HISTOIRE DE FRANCE.

CHAPITRE PREMIER.

État de la France au commencement de 1823. — Changemens dans l'admi

nistration. --Suite des négociations avec l'Espagne et l'Angleterre. — Rappel do ministre français à Madrid, et renvoi du ministre espagnol à Paris. Ouverture de la session de 1823. — Discours du Roi. - Vérification des pouvoirs et nomination du bureau de la chambre des députés. — Discussion de l'adresse au Roi dans les deux Chambres. — Amendemens proposés. Présentation des lois de finances.

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Ux objet unique occupait les esprits au commencement de 1823, à Paris, en France, et à peu près dans toute l'Europe, les événemens de l'Espagne, où se rattache l'histoire de toute l'année. Nous avons dit comment ils avaient amené, par la manière de les envisager, sinon une sorte de scission, du moins un changement remarquable dans le conseil du Roi; mais, contre toute apparence, il n'en résulta aucune altération sensible dans le système de l'administration intérieure. Quelques préfets furent révoqués (ordonnances des 2 juillet et 8 janvier); plusieurs furent changés de place. (Voyez la liste des promotions.) Il y eut même quelques changemens dans le conseil d'état (8 janvier); mais l'esprit de l'administration resta le même contre l'attente d'un parti.

Annuaire hist. pour 1823.

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D'ailleurs, comme nous l'avons dit, l'attention publique était tout occupée des affaires d'Espagne. On suivait avec une inquiète curiosité les nouvelles, les démarches ou les propos des ministres, et les fluctuations de la bourse, qui furent énormes dans le mois de janvier. On n'a qu'à les consulter pour avoir une idée des agitations du monde politique ou de la diplomatie. De jour en jour les espérances qu'avait données la lettre du président du conseil ( 25 décembre 1822) à M. le comte de; La Gardo, ministre de France à la cour de Madrid, s'affaiblissaient. Il s'élevait entre les cabinets de France et d'Angleterre des controverses de la nature la plus délicate; celui-ci, embarrassant la question posée à Vérone, demandait si on devait la regarder comme européenne, ou seulement comme française; il examinait si l'intervention de la France était nécessaire ou légitime. Le ministère français considérait la question comme tout à la fois française et tout à la fois européenne : française, relativement à l'immédiateté des dangers, à la proximité du territoire, aux intérêts particuliers de la dynastie, et aux relations politiques des traités; européenne, par les conséquences plus éloignées qui pouvaient en résulter. Cependant il n'avait pas cru devoir rappeler simultanément son ministre à Madrid, avec ceux d'Autriche, de Prusse et de Russie; mais il l'avait chargé d'attendre l'effet de cette mesure, et d'ouvrir des voies nouvelles à la négociation. D'après le bruit public, d'après mille révélations particulières et bien des documens publiés depuis, on voulait amener le gouvernement espagnol à faire des modifications à la constitution des cortès de 1822; on lui demandait la création de deux chambres, la fixation des conditions d'éligibilité, l'augmentation du pouvoir de la couronne; en sorte que le roi eût l’initiative des lois, le veto absolu, le droit de dissolution, la nomination du conseil d'état, et qu'il fût mis en position d'accorder ou de consentir librement les modifications à introduire; après quoi il serait publié une amnistie générale pour les faits antérieurs à la proclamation de la volonté royale.

Pendant que le ministère français essayait ses derniers efforts sur le gouvernement des cortès, le ministère anglais offrait inutile

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