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Le ler corps se porta sur la Prégel. Le prince d'Eckmuhl eut son quartier-général le 11 Juin à Konigsberg.

Le maréchal duc de Reggio, commandant le 2e corps, eut son quartier-général à Vehlau; le maréchal duc d'Elchingen, commandant le 3e corps, à Soldapp; le prince vice-roi, à Rastembourg ; le roi de Westphalie, à Varsovie; le prince Poojatowski, à Pultusk; l'empereur porta son quartier-général le 12 sur la Prégel & Konigsberg, le 17 à Justerbourg, le 19 à Gumbinen.

Un léger espoir de s'entendre existait encore. L'empereur avait donné au comte de Lauriston l'instruction de se rendre auprès de l'empereur Alexandre, ou de son ministre des affaires étrangères, et de voir s'il n'y aurait pas moyen de revenir our la sommation du prince Kourakin, et de concilier l'honneur de la France et l'intérêt de ses alliés avec l'ouverture des négociations.

Le même esprit qui régnait dans le cabinet russe, empêche, sous différens prétextes, le comte de Lauriston de remplir sa mission ; et l'on vit pour la première fois un ambassadeur ne pouvoir approcher ni le souverain, ni son ministe dans des circonstances aussi importantes. Le secrétaire de légatioo, Prevost, apporta ces nouvelles à Gumbinen ; et l'empereur doana l'ordre de marcher pour passer le Niémen : “ Les vaincus, dit-il, prennent le ton de vainqueurs, la fatalité les entraine, que les destins s'accomplissent. S. M. fit mettre à l'ordre de l'arınée, la proclamation suivante :

« Soldats, "La seconde guerre de Pologne est commencée. La pre"mière s'est terminée à Friedland et à Tilsitt; à Tilsitt, la “ Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l'An.

gleterre. Elle viole aujourd'hui ses sermene. Elle ne veut “ donner aucune explication de son étrange conduite que les " aigles françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos " alliés à sa discrétion. La Russie est entrainée par la fata" lité ! ses destins doivent s'accomplir. Nous croirait-elle donc “dégénérés? ne serions-nous donc plus les soldats d'Austerlitz? "Elle nous place entre les deshonneur et la guerre. Le choix,

ne saurait être douteux, marchons donc en avant ! passons " le Niémen! portons la guerre sur son territoire. La seconde

guerre de Pologne sera glorieuse aux armées françaises, comme

la première; mais la paix que nous conclurous por"tera avec elle sa garantie,'et mettra un terme à cette orgueil"leuse influence que

la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe." En notre quartier-général de Wilkowisky, le 22 Juin, 1812.

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maison,

Le 16 Juillet, Le pape est arrivé à Fontainebleau le 20 Juin dernier, accom gagné de l'archevêque d'Edessa et de plusieurs officiers de są

M. le duc de Cadore, intendant de la couronne, et S. Exc. le ministre des cultes, l'archevêque de Tours, les evêques de Nantes et de Trèves, l'ont reçu à son entrée au palais. ' L'évêque d'Evreux est arrivé le lendemain.

Les cara dinaux présens à Paris y ont été quelques jours après. S.S. y occupe le même appartement qu'il y a sept ans ; elle a très bien supporté le voyage.

28 Juillet.
7e Bulletin de la grande armée.

Wilna, le 16 Juillet, 1812. La diète de Varsovie s'étant constituée en confédération genérale de Pologne, a nommé le prince Adaia Czartorioaki son président. Ce prince, âgé de 80 ans, a été, il y a 50 ans, maréchal d'une diète de Pologne. Le premier acte de la confédération a été de déclarer le royaume de Pologne rétabli.

Une députation de la confédération a été présentée à l'empereur Napoléon à Wilna, et a soumis à son approbation et à sa protection, l'acte de confédération.

Noms des membres de la députation de la confédération

générale de la Pologne. MM. Joseph Wybicki, Valentin Sobolewski, sénateurs palatins;

Alexandre comte Beniski, nonce du district d'Oboroicki, (département de Posnan);

Stanislas comte Soltyk, nonce du district de Szydlowice (département de Radom);

Ignace comte Stadnicki, nonce de Konieck (département de Radom);

Mathieu Wodzinski, nonce du district de Brzesk (département de Bromberg);

Ladislas comte Tarnowski, nonce du district de Lubarton (département de Lublin);

Stanislas comte Alexandronicz, nonce de Losick (départe ment de Siedlac). Discours de M. le comte palatin Wybicki, président de la

députation, Sire,

La diète du duché de Varsovie, réunie à l'entrée des puissantes armées de V. M. ayant eu pour but de pourvoir aux

moyens que les localités lui offraient pour qu'elles ne manquas. sent de rien, a senti, dès le premier pas, qu'elle avait des droits à réclamer et des devoirs d'un ordre plus élevé à rem, plir. D'une voix unanime, elle s'est constituée en confédération générale de Pologne; elle a déclaré la Pologne rétablie dans ses droits, et tous les actes arbitraires et usurpateurs qui avaient anéanti son existence, comme nuls et de nulle valeur.

Sire, V. M. travaille pour la postérité et pour l'historie; et l'histoire et la postérité, comme l'Europe toute entière, ne peuvent méconnaître pos droits, pas plus que nous ne méconnaissons nos devoirs. Nation libre et indépendante depuis les âges les plus réçulés, nous n'avons perdu notre territoire et notre indépendance, ni par un traité ni par une conquête, mais par la trahison et la perfidie. La trahison ne peut jamais constituer un droit. Nous avons vi notre dernier roi, traine à Pétersbourg, y périr dans l'oprobre, et notre nation déchirée en lambeaux et partagée entre les princes auxquels elle n'avait pas fait la guerre, et qui ne l'ont pas conquise.

Nos droits sont donc évidens aux yeux des homines et aux yeux de Dieu même. Nous avons le droit de nous déclarer Polonais, de relever le trône des Jagellons et des Sobieski, de ressaisir notre existence, de rassembler nos membres épars, de nous armer pour la patrie, et de montrer, en combattant pour elle, que nous sommes encore dignes de nos ayeux,

Ce qui constitue notre droit, constitue aussi notre devoir,

Grâce à V. M., quatre millions de Polonais sont libres et gouvernés par des lois polonaises; mais le bonheur dont ils jouissent n'a point étouffé, dans les circonstances actuelles, le sentiment des devoirs qu'impose la patrie, qui sont gravés dans tous les cœurs et comniandés par le ciel même.

Nos frères, formant la plus forte population de la Pologne, sont encore courbés sous l'oppression des Russes : nous osous réclamer leur droits, et présenter un centre de réunion à toute la famille polonaise,

V. M. pourrait-elle nous désavouer et nous blâmer d'avoir fait ce que notre devoir de Polonais exigeait, et d'avoir repris nos droits ? Oni, sire, la patrie polonaise est proclamée dès aujourd'hui. Elle existe en droit: existera-t-elle de fait ? Le devoir et le droit légitiment notre résolution ; mais la force sera-t-elle pour nous ? Et Dieu n'aurait-il pas assez puni la Pologne de ses divisions ? Voudrait-il perpétuer nos malheurs et les Polonais qui ont nourri l'amour de la patrie, devraient-ils descendre dans la tombe tristes et sans espérances ? Non. Vous avez été suscité par la Providence, sire; sa force réside dans les mains de V. M., et l'existence de notre duché est due à la puissance de vos armes.

838 La confédération nous a députés devant vous pour soumettre son acte de confédération à votre suprême sanction, et pour vous demander votre puissante protection pour le royaume de Pologne. Sire, dites le royaume de Pologne existe, et ce décret sera pour le monde, l'équivalent de la réalité!

Nous soinmes seize millions de Polonais. Il n'en est pas va dont le sang, les bras, les biens, ne soient dévoués à V. M. Tous les sacrifices seront légers pour uous, lorsqu'il s'agira de la restauration de notre patrie. Depuis la Dwina jusqu'au Duiester; depuis le Borysthène jusqu'à l'Oder, un seul mot de S. M. va lui dévouer tous les bras, tous les efforts, tous les cours. Cette guerre imprudente, que, malgré les souvenirs d'Austerlitz, de Pultusk, d'Eylau, de Friedland, malgré les sermens de Tilsitt et d'Erfurt, la Russie a osé déclarer, nous n'en doutons pas, sire, est un décret de la Providence, qui, touchée des malheurs de notre nation, a résolu d'y mettre un terme.

Cette seconde guerre de Pologne est à peine commencée, et déjà nous portons nos hommages à V. M. dans la capitale des Jagellons, et déjà les aigles de V. M. sont sur la Dwina, et les armées de la Russie, séparées, divisées, coupées, errent, cherchent en vain à se réunir et à se former.

L'intérêt de l'empire de V. M. veut le rétablissement de la Pologne: peut-être l'honneur de la France y est-il également intéressé. Si le démembrement de la Pologne fut le signe de la décadence de la monarchie française, que son rétablissement prouve la prospérité où V. M. a élevé la France. La Pologne opprimée à tourné les yeux, durant presque trois siècles vers la France, cette nation grande et généreuse. Mais ses destinées ont réservé ce dénouement au chef de la quatrième dyoastie, à Napoléon le grand, devant qui la politique de trois siècles a été l'objet d'un moment, et l'espace du midi au nord oe fut qu'un point.

Nous présentons à V. M. l'acte de confédération qui proclanie la renaissance et l'existence de la Pologne. Nous renouvelons devant elle, au nom de tous nos frères, l'engagement solennel de poursuivre jusqu'à la fin, et par le concours de toutes les volontés, de tous les moyens, et, s'il le faut, de tout le sang qui coule dans nos veines, l'entreprise que nous n'aurons pas formée en vain, si V. M. daigne la protéger.".

Réponse de Sa Majesté. “ MM. les députés de la confédération de Pologne, “ J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire.

“ Polonais, je penserai et j'agirai comme vous. J'aurais voté comme vous dans l'asseinblée de Varsovin: 1.***** de la patrie est la première vertu de l'homme civil

“ Dans ma position, j'ai bien des intérêts à concilier, et bien des devoirs à remplir. Si j'eusse régné lors du premier, du second ou du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé tout mon peuple pour vous secourir. Aussitôt que la victoire m'a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale, et à une partie de vos provinces, je l'ai fait avec empressement, sano toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de nies sujets.

J'aime votre nation. Depuis seize ans j'ai va vos soldats à mes côtés, sur les champs d'Italie, comme sur ceux d'Espagne.

J'applaudis à tout ce que vous avez fait; j'autorise les efforts que vous voulez faire ; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.

“ Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits; mais dans ces contrées si éloignées et si étendues, c'est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre, que vous devez fonder vos espérances de succès.

“ Je vous ai tepu le même langage lors de ma première apparition en Pologne; je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'empereur d'Autriche l'intégrité de ses états, et que je ne saurais autoriser aucune maneuvre ni aucun mouvement qui tendrait à la troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises. Que la Lithuanie, la Samogithie, Witepsk, Polotzk, Mohilow, la Wolhynie, l'Ukraine, la Poldolie, soient animés du même esprit que j'ai vu dans la grande Pologne, et la Providence couronnera par le succès, la sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressans, et vous a acquis tant de droits à mon estime, et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans toutes circonstances.

3 Octobre.

19e Bulletin.

Moscou, le 16 Septembre, 1812. Depuis la bataille de la Moskwa, l'armée française a poursuivi l'ennemi sur les trois routes de Mojaisk, de Svenigorod, et de Kalougo sur Moscou.

Le roi de Naples était le 9 à Koubinskie; le vice-roi a Rouza; et le prince Poniatowski, à Féminskoë. Le quartiere général est parti de Mojaïsk le 12, et a été porté à Peselina ; le 13, il était au château de Berwska; le 14, à midi, nous soppines entrés à Moscou, L'ennemi avait élevé sur la Mon

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