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No. IV. Copie d'une note du prince Kourakin au ministre des relations

extérieures.

Paris, le 29 Avril, (7 Mai) 1812. M. le Duc, Il s'est écoulé près de quinze jours depais qne je me suis acquitté des communications que mes dernières instructions, apportées par le baron Serdobin, n'ont enjoint de faire à V. Exc., et que je me suis enpressé de mettre sous ses yeux deux heures après leur réception. J'ai eu l'honneur de porter aussi moimême à la connaissance de S. M. I. et R. dans l'aurlieace qu'elle m'a accordée Lundi, 27 du même mois, les propositions de S.M. l'empereur inon auguste maitre, qui en faisaient l'objet. Les espérances que j'eus à fonder sur tout ce que S. M. voulut bien me dire, dans cette audience, de son désir extreme de prévenir, par les voies de la conciliation, la rupture qui menace l'Europe d'une pouvelle guerre, me firent concevoir l'attente fatteuse de voir ma démarche réussir au gré de S. M. l'empereur mon maître, dont les souhaits n'ont jamais été autres que ceux de la conserva

tion de la paix et de son alliance avec la Franee, et de voir les - propositions essentiellement équitables et modérées dont je venais d'être l'organe, devenir la base d'un arrangement amical.

Je pouvais d'autant plus me livrer à cette espérance, que vousmême, M. le duc, n'avez cessé, dans les premiers entretiens qui suivirent mes coinmunications, de l'encourager par la jusliee que vous avez rendue à leur esprit conciliant, pacifique, et principalement dirigé à satisfaire s. M. l'empereur Napoléon sur toutes les demandes qu'il a formées jusqu'à présent auprès de la Russie. S. M. l'empereur et roi, dans l'audience du 27 Avril, en m'engagement à discuter immédiatement avec V. Exc. ces propositions dont j'étais chargé, m'avait autorisé à prévoir la possibilité de rendre compte à l'empereur mon maître, dans un

à délai peu considérable, de l'accueil fait à ses offres. Jamais circonstances plus urgentes n'ont autorisé plus justement un désir et des instances pour recevoir une prompte solution: cependant, M. le duc, je suis encore toujonrs à l'attendre. Mes démarches pressantes et réitérées, mes démarches journalières auprès de V. Exc. n'obliennent d'autre résultat de sa part que le refus de s'expliquer encore sur nos propositions, fondé sur le défaut d'ordres à cet effet de S. M. I. et R.

Il est impossible, M. le duc, de se dissimuler les funestes effets que vont inévitablement entraîner ces délais. La proximité chaque jour plus grande des armées de S. M. l'empereur et roi, et de ses alliés des frontières de la Russie, peut amener d'uv instant à l'autre des événemens après lesquels tout espoir de conserver la paix sera perdu, et qui peut-être même en ce moment

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ont déjà détruit cette possibilité. Le scul moyen qui peut épargner à l'Europe des malheurs qui vont s'appesantir sur elle, était dans l'acceptation des offres conciliantes que l'empereur mon maitre m'a chargé de présenter. Non-seulement nulle répouse de la part de V. Exc. ne m'a fait connaître qu'elles fussent acceptées, mais jusqu'à présent elle n'a cessé de se refuser aus explications que je lui ai demandées et lui demande encore, sur la manière dont ces offres sont envisagées et sur ce qui, dans l'ensemble de nos propositions, a pu ve pas convenir à l'empereur.

Au milieu des circonstances critiques où se trouvent les deux empires, la prolongation de semblables délais aux explications propres à produire un rapprochement, ne saurait être interprélée autrement que comme une détermination déjà prise de ne point entrer dans ces explications, ct par conséquent, que, comme le choix de la guerre: il ne m'est point permis de dissimuler à V. Exc., que c'est ainsi que j'envisagerai les nouveaux retards qui seront mis à me donner une réponse cathégorique sur les communications dont je me suis acquitté par ordre de S. M. l'empereur mon maître. Je dois donc vous prévenir, M. le duc, que si, dans la conférence qu'elle a fixée avec moi pour demain matin, j'avais encore le regret de la trouver sans instructions de S. M. I. et R. pour répondre sur mes propositions et pour m'annoncer qu'elles sont acceptées sans modification, car V. Exc. sait qu'il ne m'est permis d'en admettre aucune, je me verrai

, par le départ de S. M. l'empereur et roi, annoncé pour après de main matin, etqui ne me permettrait plus d'espérer la réponse que je réclame, dans la nécessité d'envisager le inanque de cette réponse comme le choix de la guerre, et de considérer alors ma présence à Paris comme tout-à-fait superflue, et qu'avec un profond regret de n'avoir pu contribuer au maitien de cette paix et de cette alliance, à l'établissement desquelles le plus grand bouheur de ma vie est d'avoir participé, il y a cinq ans, je serai forcé de demander à V. Exc. mes passeports pour quitter la France. Je la prie d'avance bien instamment d'obtenir les ordres de S. M. I. et R. pour pouvoir alors me les remettre sans délai.

Recevez, M. le duc, la nouvelle assurance de ma haute considération. (Signé)

Le prince Alexandre KOURAKIN.
Pour copie conforme,
Le ministre des relations extérieures,

Le duc de BASSANO.

No. V. Copie d'une note du ministre des relations extérieures, au prince

Kourakin, ambassadeur de Russie.

Paris le 9 Mai, 1812. M. L'ambassadeur,

J'ai reçu les notes que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser les 30 Avril et 7 Mai. Avant d'être dans le cas d'y répondre, je dois demander à V. Exc. si elle a des pleins-pouvoirs pour arréter, conduire et signer un arrangement sur les différends qui se sont élevés entre les deux puissances, et de la prier dans ce cas, et conformément à l'usage de tous les cabinets, de m'eu donner préalablement communication.

J'ai l'honneur d'offrir à V. Exc. les nouvelles assurances de ma haute considération.

(Signé)

Le duc de BASSANO.
Pour copie conforme,
Le ministre des relations extérieures,

Le duc de BASSANO.

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No. VI.

Copie de la lettre en réponse du prince Kourakin à la note

précédente.

Paris, le 27 Avril (9 Mai) 1812. Monsieur le duc,

Je viens de recevoir la lettre de V. Exc. en date d'aujourd'hui. Elle me permettra de lui témoigner ma grande surprise des questions qu'elle m'y fait, et que je croyais entièrement prévenues par la franchise avec laquelle je lui ai communiqué sans réserve toutes les instructions que j'ai reçues en dernier lieu de S. M. I. mon auguste maître. `v. Exc. connaît les propositions conciliantes qui en sont l'objet, et qui indiquent d'une manière très-positive le désir instant de mon auguste maître de maintenir la paix, et son alliance avec S. M. l'empereur Napoléon. Je suis toujours prêt à m'entendre avec elle sur la forme à leur donner, par la rédaction d'une convention que je signerai avec elle sub spe Rati quoique sans pouvoirs particuliers et spéciaux pour signer cette convention; le caractère dont j'ai l'honneur d'être revêtu auprès de S. M. l. et R. me suffisant pour cet effet ; et je puis promettre à V. Exc. d'après la connaissance parfaite que j'ai des intentions de l'empereur mon maître, et d'après l'annonce qui m'est faite d'un envoi de pleins-pouvoirs spéciaux, au cas où les bases proposées par moi seraient acceptées par S. M. l'empereur et roi, que l'arangement que je signerai, sera ratifié par s. M. I. J'observe à V. Exc. que quand même j'aurais, pour cet objet, des-à-présent les pleins-pouvoirs spéciaux, d'après les usages généralement admis, la ratification des deux souvreains serait nécessaire encore avant que l'acte pût avoir sa pleine et entière validité. J'ai vivement à regretter, au milieu des circonstances si urgentes, ou chaque instant peut amener le commencement des hostilités, que le silence qui a été gardé vis-à-vis de moi par le ministre de S. M. l. et R. pendant le long espace de quinze jours, sur la manière dont 6. M. a envisagé les bases que j'ai été chargé de lui présenter pour ces arrangemens, ait retardé si considérablement la possibilité de les conclure.

J'avoue à V. Exc. 'mon étonnement de ce qu'elle a cru devoir altendre l'explication que je viens de lui donner, ou plutót de lui confirmer, (puis que j'ai eu l'honneur de lui détailler trèsclairement dans nies entretiens précédens, tout ce qui fait le sujet de la question d'aujourd'hui) avant que de répondre à mes 'Hotes du 30 Avril et du 7 Mai. V. Exc. ne fait pas mention de celle du 6 Mai (1), sur laquelle je ne suis pas moins fondé à espérer de sa part une réponse que je réclame également. Je la prie instamment de me faire parvenir les trois réponses le plutôt qu'il lui sera possible, Elles doivent contenir des éclaircissemens qui me sont indispensablement nécessaires, par les devoirs très-positifs que n'impose le poste que j'occupe.

Recevez, M. le duc, l'expression renouvelée de ma haute considération. (Signé)

Le P. Alexandre KOURAKIN.
Pour copie conforme,
Le ministre des relations extérienres,

Le duc de BASSANO.

No. VII. Copie d'une lettre de M. le prince Kourakin, au ministre des

relations extérieures,

i Paris, le 29 Avril (11 Mai), 1812, M. le duc,

Je me proposais de me rendre ce matit chez V. Exc. pour lui rappeler que je n'avais pas eu de réponse à ma lettre d'hier, quand j'ai reçu celle qu'elle n'a fait. Ilonneur de m'écrire hier au soir, quelques heures avant son départ, que, d'après ce qu'elle a bien voulu ine dire, je ne sapposais devoir avoir lieu que dans deux ou trois jours. Quoiqu'elle veuille bien n'y annoncer les passeports que j'ai désirés, je 'n'y ai trouvé que celui pour Je gentilhomme de la chambre, Kologrivoff, sur lequel même il n'est point marqué que c'est un courrier qui se rend à Pétersbourg. Je prie V. Exc. d'avoir !a bonté de m'envoyer les trois autres quélle m'avait promis pour les personnes attachées à ma chapelle et à ma maison, et qui doivent partir par des voituriers viennois déjà engagés pour cet effet, et envers lesquels, ne postvant les mettre en route au terme convenu, je suis entraîné dans la perte du prix arrêté avec eux, pour ce transport, d'ici jusqu'à Brody. Votre excellence n'a point jugé à propos de répondre aux trois

છે notes que je lui ai adressées le 30 Avril, le 6 et le 7 Mai, sur les objets les plus majeurs de mes relations avec elle, malgré l'usage établi de répondre à toute cominunication d'office, présentée par un ambassadeur d'une manière aussi anthentique et dans des cas aussi urgens que ceux-ci. Elle ne m'écrit pas non plus, ainsi qu'elle me l'avait promis, pour n'aunoncer les motifs qui lui feraient envisager encore, comme possible un arrangement entre les deux puissances, et qui devaient me déterminer à prolonger mon séjour à Paris, et à ne point réclamer mes passeports. Ce silence de sa part me replace dans la même situation où je me trouvais lorsque je les lui demendai pour la prequiere fois. N'obtenant point d'elle l'explication officielle et par écrit qu'elle ne promettait, des raisons qui devaient m'engager à différer mon départ, explication que je comptais mettre en original sous les yeux de S. M. l'empereur mon auguste maître pour lui faire connaître d'autant mieux l'espérance où vous étiez M. le duc, de la grande possibilité toujours existante d'un arrangenient, je me vois forcé à renouveler ma demande la plus pressante pour obtenir ces passeports, fondée sur la convietion malleureusement trop certaine où je suis que ma présence ici ne saurait plas être d'aucuue utilité. Je prie votre excellence de vouloir bien porter cette demande formelle de ma part à la connaissance de S.M. 1. et R. dans son premier travail avec elle.,

J'ose me fatter que S. M. connaît et se rappellera trop bien les dispositions personnelles qui m'ont fait remplir avec tant de zéle le devoir le travailler au maintien de l'union et de la paix eutre les deux empires, pour ne pas être persuadée que la demande que je fais de quitter mon poste n'est fondée que sur la plus entière et pértible certitude où je suis, que toute ésperance d'y servir désormais d'intermédiaire rapprochement m'est interdite.

Quoique j'aie personnellement bien des obligations à V. Ex. je regarderai comme la plus grande preuve d'amitié qu'elle mait

, donnée, tout ce qu'elle voudra bien faire pour me mettre à même de quitter le plutôt que possible, un séjour. qu'elle conviendra ne pouvoir plus avoir rien que de très-pénible pour moi, depuis que le départ de S. M. I. et R. et celui de votre excellence in'ote la satisfaction de m'y croire encore propre à produre quelque

à bien,

Je quitte Paris pour n'y plus retourner, jusqu'à ce que votre excellence in'ait fait parvenir més passeporis.' Je vais me sen,

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