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que pour chercher à justifier des violation qui ne pouvaient pas l'être.

Cependant, sa majesté resta impassible. Elle persista dans le désir d'un arrangement; elle pensait qu'il était loujours tems d'en venir aux armes; elle demanda que des pouvoirs fussent envoyés au Prince Kourakin et qu'une négociation fût ouverte sur des différends qui pouvajent se terminer facilement et qui n'étaient assurément pas de nature à exiger l'effusion du sang. Ils se ré. duisaient aux quatre poiuts suivans ;

1°. L'existence du duché de Varsovie qui avait été une condition de la paix de Tilsitt et qui dès la fin de 1809, donna lieu à la Russie de manifester des défiances auxquelles S. M. répondit par une condescendance portée aussi loin que l'amitié la plus exigeante pouvait le désirer et que l'honneur pouvait le permettre.

2o. La réunion du duché d'Oldenbourg, que la guerre contre l'Angleterre avait nécessitée, et qui était dans l'esprit de Tilsitt.

3o. La législation sur le commerce des marchandises anglaises et les bâtimens dénationalisés, qui devait être réglée par l'esprit du traité de Tilsitt.

4. Enfin les dispositions de l'ukase de Décembre 1810, qui, en détruisant toutes les relations commerciales de la France avec la Russie, et en ouvrant les ports aux pavillons simulés chargés de propriétés anglaises, étaient contraires à la . lettre du traité de Tilsitt,

Tels devaient être les objets de la négociation.

Quant à ce qui regardait le duché de Varsovie; S. M. s'empressait d'adopter une convention par laquelle elle s'engageait à ne favoriser aucune entreprise qui tendrait directement ou indirectement au rétablissement de la Pologne.

Quant à l'Oldenbourg, elle acceptait l'intervention de la Russie, qui cependant n'avait aucun droit de s'immiscer dans ce qui concernait un prince de la confédération du Rhin, et elle consentait à donner à ce prince une indemnité.

Quant au commerce des marchandises anglaises et aux bâtimens dénationalisés, S. M. demandait à s'entendre pour concilier les besoins de la Russie, avec de principes du système continental, et l'espirit du traité de Tilsitt.

Entin, quant à l'ukase, S. M. consentait à conclure un traité de commerce qui, en assurant les relations comnierciales de la France, garanties par le traité de Tilsitt, ménagerait tous les intérêts de la Russie.

L'empereur se fattait que des dispositions dictées par un esprit de conciliation aussi manifeste, ameneraieut enfin un arrangement.

Mais il fut impossible d'obtenir de la Russie qu'elle donnât des pouvoirs pour ouvrir une négociation. Elle répondit constamment aux nouvelles ouvertures qui lui étaiens faites par de nouveaux armemens, et l'on fut forcé de comprendre entin qu'elle refusait de s'expliquer parce qu'elle n'avait à proproposer que des choses qu'elle n'osait point énoncer, et qui ne ponvaient pas être accordées ; que ce n'était pas des stipulations qui, eo identifiant davantage le duché de Varsovie à la Saxe, en le mettant à l'abri des mouvemens qui pouvaient inquiéter la Russie sur la tranquillité de ses provinces, qu'elle désirait l'obtenir, mais le duché inème qu'elle voulait réunir; que ce n'était pas sou, commerce, mais celui des anglais qu'elle voulait favoriser pour soustraire l'Angleterre à la catastrophie qui la menaçait; que ce n'était pas pour les intérêts du duc d'Oldenbourg que la Russe voulait intervenir dans l'affaire de la réunion, mais que c'était une querelle ouverte contre la France qu'elle voulait tenir en réserve, pour le moment de la rupture qu'elle préparait.

L'empereur reconnut alors qu'il n'y avait pas un moment à perdre. Il eut aussi recours aux armes. Il se mit en mesure d'opposer des armées pour garantir un état du second ordre si souvent menacé, et qui faisait reposer toute sa confiance sur så protection et sur sa foi.

Cependant, M. le comte, S. M. saisit encore toutes les occasions pour manifester ses sentimens. Elle déclara publiquenient, le 15 Aodt dernier, la nécessité d'arrêter la marche si dangéreuse que prenaient les affaires, et le veu d'y parvenir par des arrangemeus pour lesquels elle ne cessait point de demander à entrer en négociation.

A la fin du mois de Novembre suivant, $.M. crut pouvoir espérer que ce væu allait entin être partagé par votre cabivet. Vous annoncâtes, M, le comte, à l'ambassadeur de S.M., que M. de Nesselrode était désigné pour se rendre à Paris avec des instructions. Quatre mois s'étaient écoulés lorsque S.M. apprit que cette mission n'aurait pas lieu. Elle fit aussitôt appeler M. le comte Czernichen, et lui donna pour l'empereur Alexandre une lettre qui tendait de nouveau à ouvrir des négociations. M. de Czernichen est arrivé le 10 mars à Saint Pétersbourg, et cette lettre est encore sans réponse.

Comment se dissimuler plus long tenis que la Russie élude tout rapprochement? Depuis dix-huit mois, elle a eu pour règle constante de porter la main sur son glaive toutes les fois que des propositions d'arrangement lui ont été faites.

Se voyant ainsi forcée de renoncer à toute espérance du côlé de la Russie, sa majesté, avant de commencer cette lutte qui fera couler tant de sang, a pensé qu'il était de son devoir de s'adresser au gouvernement anglais. Lá gène qu'épronve l'Angleterre, les agitatious auxquelles elle est en proie, et les changemens qui ont eu lieu dans son gouvernement, ont décidé S.M. Un sincère désir de la paix a dicté la démarche dont j'ai reçu l'ordre de vous donner connaissauce. Aucun agent n'a été en

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royé à Londres, et il n'y a eu aucune autre communication entre les deux gouvernemens. La lettre où V. Exc. trouvera la copie ci-jointe, et que j'ai adressée au secrétaire d'état pour les affaires étrangères de S. M. Britannique, a été remise en mer au commandant de la station de Douvres.

La démarche que je fais auprès de vous, Monsieur le comte, est une conséquence des dispositions du traité de Tilsitt, auquel S.M. a la volonté de se conformer jusqu'au dernier moment. Si les ouvertures faites à l'Angleterre ont quelque résultat, je m'empresserai ds vous en prévenir. S.M. l'empereur Alexandre y prendra part, ou en conséquence du traité de Tilsitt, ou comme allié de l'Angleterre, si déjà ses relations avec l'Angleterre sont formées.

Il m'est formellement prescrit, Monsieur le comte, d'exprimer, en terminant cette dépêche, le veu déjà manifesté par S.M. à M. le colonel Czernichen, de voir des négociation, qu'elle n'a cessé de provoquer depuis dix-huit mois, prévenir eutin des 'événemens dont l'humanité aurait tant à génir.

Quelle que soit la situation des choses, lorsque cettre lettre parviendra à V. Exc., la paix dépendra encore des résolutions de votre cabinet,

J'ai l'honneur, Monsieur le comte, de vous offrir l'assurance de ma plus haute considération. (Signé)

Le Duc de BASSANO. Pour copie conforme, Le ministre des relations extérieures,

Le Duc de BASSANO.

No. II. Copie d'une lettre addressée par le ministre des relations exté

rieures à lord Castlereagh, secrétaire d'état pour les affaires étrangères de S.M. britannique.

Paris, le 17 Avril, 1812. Monsieur, S. M. l'empereur et roi, toujours animé des mêmes septimens de modération et de paix, a voulu faire de nouveau une ciémarche authentique et solennelle pour mettre un terme aux malbeurs de la guerre." La grandeur et la force des circonstances dans lesquelies le monde se trouve aujourd'hui placé, déterminent S. M. Elle m'autorise, monsieur, à vous entretenir de ses dispositions et de ses vues.

Beaucoup de changemeus ont eu lieu en Europe depuis dis ans; ils ont été la suite nécessaire de la guerre qui s'était allumée entre la France et l'Angleterre. Beaucoup de changemens arriveront encore, et ils résulteront de la même cause. Le cataca

tère particulier que la guerre a pris peut ajouter à l'etendue et à la durée de ces résultats. Des priucipes exclusifs et arbitraires ne peuvent se combattre que par une opposition sans mesure et sans terne, et le systèine de la préservation et de la résistance doit avoir le même caractère d'universalité, de 'persévérance et de vigueur,

La paix d'Amiens, si elle avait été maintenue, aurait prévenu bien des bouleversemens. Je renouvelle le væu que l'expérience du passé ne soit pas perdue pour l'avenir.

S.M. s'est souveni arrêté devant la perspective des triomphes les plus certains, et en a détourné ses regards pour invoquer la paix. En 1805, toute assurée qu'elle était des avantages de sa position, et quelque confiance qu'elle dût à des présages que la fortune devait sitôt réaliser, elle fit au gouvernement de S.M. britannique des propositions qui furent éludées, sur le prétexte que la Russie devait être consultée. En 1808, de nouvelles propositions furent faites de concert avec la Russie. L'Angleterre allégua la nécessité d'une intervention qui ne pouvait être que le résultat de la négociation elle-même. En 1810, S.M. ne pouvant se dissimuler plus long-tems que les édits du conseil britannique de 1807 rendaient la conduite de la guerre incompatible avec l'indépendance de la Hollande, autorisa des ouvertures indirectes qui tendaient également à la paix ; elles n'eurent aucun effet, et de nouvelles provinces durent être réunies à l'empire.

Le moment présent rassemble à la fois toutes les circonstances des diverses époques ou S.M. montra les sentimens pacifiques qu'elle ni'ordonne de manifester encore aujourd'hui.

Les calamités qui désolent la Peninsule, et les vastes contrées de l'Amérique-Espagnole, doivent exciter l'intérêt de toutes les 'nations et les animer d'une égale sollicitude pour les voir cesser.

Je m'exprimerai, Monsieur, d'une manière que V. Exc. trouvera conforme à la franchise de la démarche que je suis chargé de faire, et rien n'en montrera mieux la graudeur et la loyauté, que Jes termes précis du langage qu'il m'est permis de tenir. Dans quelles vues et pour quels motifs m'envelopperais-je de formes qui ne conviennent qu'à la faiblesse' qui, seule, a intérêt de tromper ?

Les affaires de la Péninsule et des Deux-Siciles sont les différends qui paraissent les plus difficiles à concilier. Je suis autorisé à vous proposer d'en établir l'arrangement sur les bases suivantes :

L'intégrité de l'Espagne serait garantie, la France renoncerait à toute extension du côté des Pyrénées, la dynastie actuelle serait déclarée indépendante, et l'Espagne régie par une coostitution nationale des cortès ;

guerre.

L'indépendance et l'intégrité du Portugal seraient également garanties et la maison de Bragance régnerait :

Le royaume de Naples resterait au roi de Naples. Le royaume de Sicile serait garanti à la maisou aetuelle de Sicile;

Par suite de ces stipulations, l'Espagne, le Portugal et la Sicile seraient évacués par les troupes françaises et anglaises de terre et de nier.

Quant aux autres objets de discussion, ils peuvent être négociés sur cette base; que chaque puissance gardera ce que l'autre ne peut pas lui ôter par

la Telles sont, Monsieur, les bases de conciliation et de rapprochement offertes à S. A. R. le princé-régeut.

S. M. l'empereur et roi ne calcule dans cette démarche ni les avantages, ni les pertes que la guerre, si elle est plus long-tems prolongée, peut présager à son empire. Elle se détermiue par la seule cousidération des intérêts de l'humanité et du repos des peuples; et si cette quatrième tentative doit être sans succès, comme celles qui l'ont précédée, la France aura du moins la consolation de penser que le sang qui pourrait couler encore, retombera tout entier sur l'Angleterre, J'ai l'honneur, &c.

(Signé) Le Duc de BASSANO. Pour copie conforme, Le ministre des relations extérieures,

Le Duc de BASSANO,

No. III. Copie d'une note du prince Kourakin au ministre des relations

extérieures.

Paris, le 18 (30) Avril, 1812. Monsieur le duc, Depuis l'entretien que j'ai eu mardi dernier avec V. Esc. et dans lequel elle m'a fait espérer que les conimunications que je lui ai faites verbalement d'après le contenu de mes dernières instructions, seraient admises comme base de l'arrangement dont nous avous à nous occuper, je n'ai pu la trouver chez elle et obo teuir de sa part de nouvelles conférences pour la discussion de cet objet et la rédaction du projet de cette couvention.

Il n'est impossible, M. le Duc, de différer davantage de rendre compte à l'empereur mon maitre de l'exécution des ordres qu'il m'a donnés. Je m'en étais, acquitté verbalement envers S. M. l'empereur et roi, dans l'audience particulière que S.M. m'a accordée Lundi. Je m'en suis acquitté aussi et de la même manière envers V. Exc. daus mes entretiens avec elle de Veo

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