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SÉNAT CONSERVATEUR.

Séance du 10 Déceinbre, 1810. La séance est ouverte à 3 heures après-midi, sous la présidence de S. A. I. le prince archi-chancelier de l'empire.

LL. EE. M. le duc de Cadore, ministre des relations intérieures ; le comte Regnault de Sainte-Jean d'Augely, ministre d'état, et M. le comte Caffarelli, couseiller d'état, sout introduits,

6. A. S. le prince archi-chancelier, président, fait douner lecture du message suivant :

Message de Sa Majesté Impériale et Royale. Sénateurs, « J'ordonne à mon ministre des relations extérieures de vous faire connaître les différentes circonstances qui nécessitent la réunion de la Hollande à l'empire.

“ Les arrêts publiés par le conseil britannique en 1806 et 1807, ont déchiré le droit public de l'Europe. Un nouvel ordre de choses régit l'univers. De pouvelles garanties m'étant devenue nécessaires, la réunion des embouchures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, de l'Elms, du Weser et de l'Elbe à Teinpire, l'établissement d'une bavigation intérieure avec la Baltique, m'ont paru être les prenières et les plus importantes.

“ J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera exécuté avant cinq ans, et qui joindra la Baltique à la Seine.

Des indemnités seront données aux princes qui pourront se trouver froissés par cette grande mesure, que commande la nécessité, et qui appuie sur la Baltique la droite des frontières de mon empire.

“ Avant de prendre ces déterminations, j'ai fait pressentir l'Angleterre ; elle a su que le seul moyen de maintenir l'indépendance de la Hollande était de rapporter ses arrêts du conseil de 1806 et 1807, ou de revenir enfin à des sentimens pacitiques. Mais cette puissance a été sourde à la voix de ses intérêts comine au cri de l'Europe.

J'espérais pouvoir rétablir un cartel d'échange de prisonuiers entre la France et l'Angleterre, et par suite, profiter du séjour des deux commissaires à Paris et à Loudres, pour arriver à uu rapprochement entre les deux nations. Mes espérances ont été déçues. Je n'ai reconnu dans la manière de négocier du gouvernement anglais qu'astuce et mauvaise foi.

« La réunion du Valais est une conséquenee prévue des im-. menses travaux que je fais faire depuis dix ans dans cette partie des Alpes. Lors de mon acte de médiation, je séparais le Valais de la confederatiou helvétique, prévoyant dès lors une mesure si utile à la France et à l'Italie.

.“ Tant que la guerre durera avec lAngleterre, le peuple français ne doit pas poser les armes. .« Mes finances sont dans l'état le plus prospère. Je puis

fournir à tontes les dépenses que nécessite cet immense empire, saus demander à mes peuples de nouveaux sacrifices." Au palais des 1 huileries, le 10 Décembre, 1810.

(Signé) NAPOLÉON Par l'empereur,

(Signé) H. B. duc de BASSANO. Après la lecture de cc message, S. Exc. M. le duc de Cadore, ministre des relations extérieures, dovne communication du rapport suivant: Rapport du ministre des relations extérieures à S. M. l'empe

reur et roi. Sire, Votre Majesté a élevé la France au plus haut point de grandeur. Les victoires obtenues sur cinq coalitions successives, toutes fomentées par l'Angleterre, ont amené ces résultats; et on peut dire que la gloire, la puissance du grand empire, nous les devous à l'Angleterre.

Dans toutes les occasions, V. M. a offert la paix ; et sans chercher si elle serait plus avantageuse que la guerre, vous n'en visagiez, Sire, que le bonheur de la génération présente; et. vous vous montriez toujours prêt à lui sacrifier les chances les plus heureuses de l'avenir.

C'est ainsi que les paix de Campo-Formio, de Lunéville et d'Amiens, et postérieurement celles de Presbourg, de Tilsit et de Vienne, ont été conclues; c'est ainsi que cinq fois V. M. a fait à la paix le sacrifice de la plus grande partie de ses conquetes. Plus jalouse d'illustrer son règne par la félicité publique que d'étendre la domination de son empire, V. M. mettait des limites à sa propre grandeur, tandis que l'Angleterre, rallumant toujours le filambeau de la guerre semblait conspirer contre ses alliés et contre elle-même, pour former cet empire le plus grand qui ait existé depuis vingt siècles.

A la paix de 1763, la puissance de la France était forte du pacte de famille qui liait étroitement à sa politique l'Espagne et Naples.

A l'époque de la paix d'Amiens, les forces respectives de trois grandes puissances s'étaient accrues de douze millions d'habitants de la Pologne. Les maisons de France et d'Espagne étaient essentiellement envenies, et les peuples de ces états se trouvaient plus que jamais éloignés par leurs mæurs. Une des grandes puissances continentales avait moins perdu de force par la réunion de la Belgique à la France, qu'elle n'en avait acquis par la possessions de Venise; et les sécularisation du corps germanique avaient encore ajouté à la puissance de vos rivaux.

Ainsi, la France après le traité d'Amiens, avait une force relative moindre qu'à la paix de 1763, et bien inférieure à celle à: laquelle les victoires obtenues pendant les guerres des deus premières coalitions lui donnaient le droit de prétendre,

Cependant & peine ce traité fut-il conclu, que la jalousie de l'Angleterre se montra vivement excitée. Elle s'alarma de la richesse et de la prospérité intérieure, toujours croissante de la France, et elle espera qu'une troisième coalition arracherait à votre couronne la Belgique, les provinces du Rhin et l'Italie. La paix d'Amiens fut violée. Une troisième coalition se forina; trois mois après elle fut dissoute par le traité de Presbourg.

L'Angleterre vit toutes ses espérances trompées. Venise, la Dalmatie, l'Istrie, toutes les côtes de l'Adriatique et celles du royaume de Naples passèrent sous la domination française, Le corps germanique, établi sur des principes contraires à ceux qui ont fondé l'empire français s'écroula, et le système de la confédération du Rhin fit des alliés intimes et nécessaires des mêmes Peuples qui, dans les deux premières coalitions, avaient marché coutre la France, et les uuit indissolublement à elle par des inté rêts communs.

La paix d'Amiens devint alors en Angleterre l'objet des regrets de fons les homines d'état. Les nouvelles acquisitions de la France que désormais on n'espérait pas de lui ravir, rendaient, plus sensible la faute qu'on avait commise et en démontraient toute l'étendue.

Une homme éclairé, qui pendant le court intervalle de la paix d'Amiens, était venu à Paris et avait appris à connaitre la France et V. M., parviot à la tête des affaires en Angleterre. Cet homme de génie comprit la situation des deux pays; il vit qu'il n'était plus au pouvoir d'aucune puissance de faire rétrograder la France, et que la véritable politiqne consistait à l'arrêter. 11 sentit que, par les succès obtenus contre la troisième coalition, la question avait été déplacée, et qu'il ne fallait plus penser à disputer à la France des possessions qu'elle venait d'acquérir par la victoire, mais qu'on devait, par une prompte paix, prévenir'de nouveaux agrandissements, que la continuation de la guerre rendrait inévitables. Ce ministre ne se disimulait aucun des avantages que la France avait recueillis de la fausse politique de l'Angleterre, mais il avait sous les yeux ceux qu'elle pouvait en re cueillir encore. Il croyait que l'Angleterre gagnerait beaucoup si aucune des puissances du continent ire perdait plus. Il mettait sa politique à désarmer la France, à faire reconnaitre la confédération du nord de l'Allemagne, en opposition à la confedéra. tion du Rhin. Il sentait que la Prusse ne pouvait être sauvée que par la paix, el que du sort de cette puissance dépendait le systême de la Saxe, de la llesse, du Hanovre, et le sort des embouchures de l'Ems, de l'Iade du Weser, de l'Elbe, de l'Oder et de la Vistule, débouchés nécessaires au commerce anglais. Ea homme supérieur, Fox ve se livra pas à des regrets inutiles sur la rupture du traité d'Amiens et sur des pertes désormais irrépan bles; il voulut en prévenir de plus grandes, et il envoya lord Lauderdale à Paris. TOME IV.

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Les négociations s'entamnèrent, et tout en faisait présager l'heut reuse issue, lorsque Fox mourut.

Elles ne tirent plus que languir. Les ministres n'étaient ni assez éclairés ni assez de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix. La Prusse, poussée par cet esprit que l'Angleterre soufflait dans toute l'Europe, mit ses troupes en marche, la garde impériale eut ordre de partir: lord Lauderdale parut effrayé des conséquences des nouveaux événements qui se préparairent. Il fut question de signer le traité, d'y comprendre la Prusse, et de reconnaître la confédération du nord de l'Allemagne. V.M par cet esprit de ntodération dont elle a donné de si fréquents examples à l'Europe, y consentit. Le départ de la garde impériale fut différé de quelques jours; mais lord Lauderdale hésita: il crut devoir envoyer un courier à sa cour et ce courrier lui rapporta l'ordre de son rappel. Peu de jours après, la Prusse rr’existait plus comme puissance prépondérante.

La postérité marqnera cette époque comme une des plus dé. cisives de l'histoire de l'Angleterre et de celle de la France.

Le traité de Tilsit termina la quatrième coalition.

Deux grands souverains, naguères ennemis, se réunirent pour offrir la paix à l'Angleterre; mais cette puissance, malgré tous ses pressentiments n'avait pu se déterminer à souscrire à des conditions qui laissaient la France dans une position plus avantageusei encore. Nous avons refusé, disait-on en Angleterre, un traité qui maintenait dans l'indépendance de la France, le nord de l'Al-, lemagne, la Prusse, la Saxe, la Hesse, le Hanovré et qui garantissait tous les débouchés de notre commerce : comment pourrions-nous consentir aujourd'hui à signer avec l'empereur des Français lorsqu'il vient d'étendre la confédération du Rhin us.' qu'au nord de l'Allemagne, et de fonder sur les bords de l'Elbe un trône français, une paix qui, par la force des choses, et quelles que fussent les stipulaiions admises, laisserait sous son influence je Hanovre et tous les débouchés du Nord, les principales artères de notre commerce?

Les hommes qui envisageaient de sang froid la situation de l'Angleterre répondaient : Deux coalitions, dont chacune devait durer dix ans, ont été vaincues en peu de mois; les nouveaux avantages acquis par la France sont la suite de ces événements, et l'Angleterre ne peut plus s'y opposer; sans doute il n'aurait pas fallu violer le traité d'Amiens. Il eût fallu depuis adhérer à la politique de Fox. Profitons du moins aujourd'hui, des leçons de l'expérience, et évitons une troisième faute. Au lieu de jeter les regards en arrière, portons-les vers l'avenir; la Péninsule est encore entière et dirigée pår des gouvernements secrètement ennemis de la France Jusqu'à ce jour la faiblesse des ministres espagnols et les sentimens personnels du vieux monarque ont retenu l'Espagne dans le système de la France. Un nouveau règne développera les germes de la laine entre les deux nations

Le pacte de famille a été anéanti, et c'est un des avantages que la révolution a procurés à l'Angleterre. La Hollande, quoique gouvernée par un prince français, jouit de son indépendance: son intérêt est de demeurer l'intermédiare de notre coinmerce avec le continent, et de le favoriser pour participer à nos profits.

N'avons-nous pas à craindre si la guerre continue, que la France n'établisse son influence sur la Péninsule et ses douanes en Hollande?

Tel était le language des hommes qui savaient pénétrer dans les secrets de l'avenir. Ils virent avec douleur refuser la paix proposée par la Russie. Ils ne doutèrent pas que le continent tout entier ne fût bientôt enlevé à l’Angleterre, et qu'un ordre de choses, qu'il était si important de prévenir ne s'établit en Es. pagne et en Hollande.

Sur ces entrefaites, l'Angleterre exigea de la maison de Bragance qu'elle quittât la Péninsule et se réfugiât au Brésil. Les partisans du ministre anglais semèrent la division parmi les priuces de la maison d'Espagne. La dynastie qui régnait fut éloignée pour toujours, et en conséquence des dispositions faites à Bayonne, un nouveau souverain, ayant avec la France une puissance et une origine communes, fut appelé au gouvernement de l'Espague.

L'entrevue d'Erfurth donva lieu à de nouvelles propositions de paix ; mais elles furent aussi repoussées, Le même esprit qui avait fait rompre les négocians du lord Lauderdale di. rigeait les affaires en Angleterre,

La cinquième coalition éclata. Çes nouveaux événements tournèrent encore à l'avantage de la France. Les seuls ports par lesquels l'Angleterre corservait une communication avouée avec le continent passèrent, avec les provinces illyriennes, au pouvoir de V. M. par le traité de Vievne, et les alliés de l'empire virent s'accroître leur puissance.

Les arrêts rendus par le conseil britannique avaient bouleversé les lois du commerce du monde ; l'Angleterre, dont l'existence toute entière est attachée au commerce, jetait ainsi le désordre parmi le cominerce des nations. Elle en avait déchiré tous les priviléges. Les décrets de Berlin et de Milan repoussèrent ces nouveautés monstrueuses. La Hollande se trouva dans une position difficile; son gouvernement n'avait

pas

une action assez énergique, ses douanes offraient trop peu de sécurité, pour que ce centre du commerce du continent demeurât plus long-temps isolé de la France. V. M. pour l'intérêt de ses peuples, et pour assurer l'exécution du systéme qu'elle opposait aux actes tyranniques de l'Angleterre, se vit forcée de changer le sort de la Hollande.

Cependant V. M. constante dans son systême et dans son désir de la paix, fit entendre à l'Angleterre qu'elle ne pouvait sauver l'indépendance de la Hollande qu'eu rapportant ses arrêts du

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