Page images
PDF
EPUB

No. I. Copie de la lettre adressée au sénateur ministre de la police gé

nérale, par M. Berthemy pour lui annoncer l'arrestation et l'envoi à Paris de Kolli.

Valançay, le 6 Avril, 1810 Monseigneur, J'ai l'honneur d'informer V. Exc. par un courier extraordi. naire de l'événement qui vient d'avoir lieu à Valançay.

M. d'Amezaga, intendant de la maison des princes espagnols, vient de me prévenir de la part de S. A. le prince Ferdipand qu'un émissaire anglajs s'était introduit dans le château. A l'instant, je me suis rendu chez le prioce que j'ai trouvé dans une grande émotion. “ Les Anglais, m'a-t-il dit, ont fait “ bien du

mal à la nation espagnole, sous mon nom ils font en" core couler le sang “ Le ministre anglais, trompé lui-même par la fausse idée que je suis ici retenu de force, me fait pro“poser des moyens d'évasiou ; il m'a adressé un individu, qui "sous prétexte de me vendre des objets d'art, devait me remet“ tre un message de S. M. le roi d'Angleterre.

J'ai eu bientôt découvert et arrêté cet émissaire, qui a dé. claré se nommer le baron de Kolli, Irlandais, ministre de S.M. le roi d'Angleterre auprès du prince Ferdinand ; je le fais conduire en poste devant V. Exc. avec les papiers assez nombreux dont il était porteur; les interrogatoires que vous lui ferez. bir, feront, je n'en doute pas, connaitre tous les détails de ses projets, et les complices qu'il peut avoir. D'après les premières informations que j'ai prises ici, je dois croire qu'il s'y était rendu seul et qu'il n'y connaissait personne.

Je crois, Monseigneur, devoir profiter de cette circonstance pour répéter à V. Exc. ce que j'ai déjà eu l'honneur de lui marquer. Le prince Ferdinand est animé du meilleur esprit, il sent profondément que S. M. l'empereur est son seul appui et son meilleur protecteur. Une profonde reconnaissance, le désir et l'espoir d'être déclaré tils adoptif de S. M. l'empereur, tels sont les sentimens qui remplissent le cæur de S. A., et c'est dans de pareilles circonstances et au milieu même des fêtes brillantes par lesquelles le prince célébrait le mariage de LL, MM. et réunissait dans des banquets au château de Valançay, tout ce que la province a de plus distingué, que le baron de Kolli est venu apporter ses funestes et ridicules mes. sages. Rien n'était assurément plus facile à prévoir que l'accueil qui lui a été fait.

Je prie V. Exc. de me faire donner un reçu détaillé des divers objects que je lui adresse J'ai l'honneur d'être avec respect, Votre très-humble serviteur,

(Signé) BERTHEMY.

[ocr errors]

No. II. Copie de la lettre du prince Ferdinand à M. Berthemy, gou.

verneur du château de Valançay, en date du 8 Avril, pour l'inforiner de la démarche faite par Kolli.

Monsieur le gouverneur, Un inconnu vient de s'introduire en ce palais sous le préo texte de faire à M. d'Amezaga, notre premier écuyer et inteno 'dant-général, la proposition de m'enlever de Valanças, de me remettre des lettres dont il est porteur, enfin de conduire à bu fin le projet et le plan de eette entreprise affreuse.

Notre honneur, notre repos, la bonne opinion due à nos principes, tout était singulièrement compromis si M. d'Amezega n'eût

рав 'éte à la tête de notre maison, et n'eût pas fait, en cette circonstance périlleuse, une nouvelle preuve de sa fidé. lité, de son attachement inviolable pour S. M. l'empereur et roi et pour moi. Cet officier, qui a commencé, Monsieur, par vous informer au moment meme de l'entreprise dont il s'agit m'en a donne connaissance immédiatement après.

J'ai voulu, Monsieur, vous faire savoir moi-même que je suis informé de cette affaire et manifester itérativement, dans cette occasion, mes sentimens de fidélité inviolables pour l'Eu. pereur Napoleon, et l'horreur que m'iospire ce projet infernal dont je désire que les auteurs et les complices soient punis comme ils le méritent.

Agréer, Monsieur, les sentimens d'estime de votre affec. tionné,

(Signé) Le prince FERDINAND. P.S. A trois heures et demie, je vous prie de venir chez M, d'Amezaga. Pour copie conforme, (Sigoé) Le chef d'escadron, BERTHEXY,

No. III. Copie de l'interrogative, subi par Kolli au ministère de la

police générale. Le huit Avril, mil-huit-cent-dis, a été amené au ministère de la police générale, un individu arrêté à Valançay le 6 Avril, Jequel a été interrogé ainsi qu'il suit:

Demande. Quels sont vos noms, prénoms, age, lieu de naissance, profession et domicile?

Réponse. Charles-Léopold, baron de Kolli, âgé de 32 ans, mé en Ireland, ministre de S. M. le roi George III près le prince des Asturies, Ferdinand VII.

D. A quelle personne vous êtes-vous adressé à Londres pour y proposer et faire accepter le projet qui vous amené en France ?

R. A S. A. R. le duc de Kent, qui en a parlé au roi, son père; la chose a été ensuite traitée par le marquis de Wellesley.

D. Quels sont les moyens mis à votre disposition pour exécuter cette entreprise ?

R. Il m'a été remis : 1° une lettre de créance qui né devait laisser aucun doute sur ma personne et ma mission auprès de Ferdinand;

2°. Deux lettres du roi d'Angleterre pour le prince, qui ont été trouvées dans mes papiers;

3o. De faux imprimés de passeports, feuilles de route, ore dres des ministres de la marine et de la guerre, des timbres, cachels, greffe de la secrétairerie d'état, tous saisis lors de mon arrestation, et que j'avais portés avec moi pour faire connaître au prince mes moyens;

4. Les fonds dout j'avais besoin pour la dépense de l'entreprise ; j'avais environ 200,000fr., et éventuellement un crédit illimité sur la maison Maenloff et Clancy de Londres ;

Enfin les bâtimens nécessaires, avoir : l'incomparable, de 74; la Dédaigneuse, de 50; la goelette la Piquante, et un brick. Cette fotte avec des vivres pour cinq mois, attend mon retour sur la côte de Quiberon.

Muni de ces moyens, et après avoir pris congé du roi et de son ministère, le 24 Janvier, je partis de Londres le 26, pour me rendre à Plymouth, avec le commodore Cockburn, qui était chargé du commandement de la flotte.

M. Albert de Saint Bonnel, à qui j'avais fait part de mon plan, resta à Londres pour attendre les passeports, feuilles de route, timbres cachets, etc., qu'on a fait faire de suite ; une indisposition du marquis de Wellesley retarda le départ de M. de St. Bonnel; Il ne vint me joindre qu'à la fin de Février ; nous mimes à la voile peu de jours après. J'ai été débarqué sur la côte de Quiberon la ouit du 9 au 10 Mars.

D. Quelles précautions avez-vous prises lors de votre débarquement pour sustraire aux recherches dont vous pouviez être l'objet, les pièces qui auraient fait connaître le motif de votre voyage.

R. J'avais mis dans ma canne la lettre de créance dont je yous ai parlé : les deux lettres de S. M. le roi d'Angleterre étaient cachées dans la doublure de mon habit; une partie des diamans étuit cousue dans le collet de ma pelisse et dans mes ceintures : M. de Saint Bonnel était chargé de l'autre et l'avait cachée de même et dans sa cravate.

D. Avez-vous eu avant votre départ de France pour l'Angleterre, quelques relation à Valançay?

R. Aucune.
D. Après votre débarquement, où vous êtes-vous rendu ?

R. A Paris; j'ai fait le voyage avec une des feuilles de route qui m'avaient été remises en Angleterre et que j'avais re:Ilplies. TOME IV.

RR

[ocr errors]

D. Etes-vous resté long-tems à Pajis?

R. Je me suis occupé de me procurer del'argent, en réag lisant les diamans que le marquis de Wellesley m'avait remis. J'ai fait acheter un cabriolet et un cheval de M. de Couvert, rue Filles-Saint-Thomas, hôtel d'Angleterre.

M. de Saint-Bonnel avait acheté deux chevaux de personnes dont je ne me rapelle pas les noms ; il a dû depuis nom départ pour Valençay en acheter un de Franconi, et en faire acheter un autre chez la princesse de Carignan.

D. Comment vous êtes-vous introduit dans le château de Valançay ?

R. Je me suis présenté au château comme ayant des objets curieux à vendre, etc. J'espérais par ce moyen pouvoir remettre au prince les lettres dont j'étais chargé, lui exposer tous mes moyens, obtenir son consentement. Je n'ai cod uniqué qu'avec le prince, D. Antonio et l'intendant.

Le prince Ferdinand a refusé de m'entendre et de rien recevoir ; j'ai même lieu de croire, d'après l'étrange acęueil qui a été fait à ma proposition aussi glorieuse, qu'il a fait prévenir le gouver neur du château, et que c'est d'après cet avis que j'ai été arrêté.

D. Quels moyens aviez-vous disposés pour conduire le prince Ferdinand à la côte, dans le cas où il aurait consenti à vous suivre

R. Ma première apparition à Valançay avait pour but de faire connaître mon projet au priuce, de conyepir avec lui, s'il l'avait accepté, d'un jour fixe anquel je serais revenu le prendre et de suite j'aurais été à la côte, prévenir de ce jour le commandant de ma fotte; je serais revenu à Paris pour me procurer les hommes et les chevaux dont j'aurais eu besoin pour

les relais à établir sur la route. Le soir du jour convenu, le prince serait sorti de son appartement, et avec les chevaus disposés sur la route, vous aurions été déjà fort éloignés de Valançay quand on s'y serait aperçu de son départ?

D. Où aviez-vous le projet de conduire le prince après son. embarquement.

R. L'intention du Marquis de Wellesley était qu'il fût conduit en Espagne: le duc de Kent avait désiré qu'il fût de suite transporté à Gibraltar ; mais ce parti me répugnait ; c'eut été réellenient le mettre dans une prison ; , mon intention était de lui proposer de choisir l'endroit où il voulait se rendre, et de l'y conduire ; car on m'avait assuré que le commandant Cock, buro avalt ordre de suivre mes directions.

D. Quelles sont les personnes que vous deviez employer?

R. Le situr Saint-Bonnel et le stul qui ait eu connaissance de mon projet; je ne me serais occupé de chercher des personnes pour concourir à sou exécutioni, que lorsque j'aurais été assure des dispositions du prince Ferdinand; le nombre u'en devait être que peu cousidérable.

b. Connaissez-vous les environs de Valançày et les pays que vous deviez parcourir ?

R. Je ne connais aucun de ces pays; mais des cartes exe cellentes que j'ai achetées à Paris, à mon arrivée, m'auraient procuré des indications suffisantes.

D. Quel motif avait pu vous déterminer à former un pareil projet ?

R. Il t'avait paru honorable.
D. Reconnaissez-vous le paquet que je vous représente ?

R. Je le reconnais: il contient les papiers timbrés, cachete et autres objets dont je vous ai déjà parlé, et qui ont été saisis lors de mon arrestation.

Et de suite le sieur Kolli a paraphé les papiers.
Lecture, etc.

(Signé)

KOLLI. Pour copie conforme, Le ministre de la police général.

Duc d'OTRANTE.

No. IV. Lettre du roi Charles IV, adressée au roi d'Angleterre, en 1802. (Elle avait été remise à Kolli avec une apostille du marquis de Wellesley, pour lui servir de titre de créance auprès du prince Ferdinand. Carolus, Dei gratia, Hispaniarum, utriusque Siciliæ, Hierusalem, Indiarum, etc. rex, archi-dux Austria, dux Burgandic et Mi diolani, etc. serenissimo et potentissimo principi domino Georgio III, Magnæ Britanniæ regi, etc. Fratri et consanguineo nostro carissimo, salutem et utramque felicitatem. Faustissimum hodierná die ad nos delatum est nuntium. Neapoli, die 25 mensis Augusti, ritè initum peractumque fuisse matrimonium carassimi filii nostri admodum dilecti utriusque Siciliæ regis filia. Quantum inde gaudium, quantamque perceperimus lætitiam frustrà majestatis vestræ describere coparemur; id solum asserimus nullam aliundè ei posse accessionem fieri nisi ex testimonio quod nobis reddatur, eventum hunc majestati vestræ gratum extitisse. ld certè sperare nos facit majestatis vestræ in nos perpetuus amor, firmaque, in quâ majestatem vestram esse volumus opinio nihil fortunatum majestati vestræ accidere posse, quod voluptali nobis nom sit futurum. Cæterum Deux. Opt Max. majestatem vestram quain diutissime servet incolumem. Dabantur in Opido de Igualadu, die nonâ Septembris, anno millesimo octingentesimo secundo. Majestatis vestræ frater amantissimus,

CAROLUS. Subscription de la lettre. Serenissimo et potentissimo principi ac domino Georgio III

« PreviousContinue »