Page images
PDF
EPUB

moindre, puisqu'on le ferait passer peut-être pour une insulte faite à l'autorité paternelle, et que je suis réduit à un seul moyen, celui de me refuser, comme je le feraj avec une invincible constance, à m'allier à toute personne que ce soit sans le consentement et l'approbation positive de V. M. I. de qui j'attends uniquement le choix d'une épouse.

C'est un bonheur que j'espère de la bonté de V. M. I. en priant Dieu de conserver sa précieuse vie pendant de longues années.

Ecrit et signé de ma propre main, et scellé de mon sceau, à l'Escurial, le 11 Octobre 1807. De V. M. l. et R. le très-affectionné serviteur et frère, (Signé)

FERDINAND.

No, II. Lettre du roi Charles IV, à l'empereur. Monsieur mon frère, dans le moment où je ne m'occupais que des moyens de coopérer à la destruction de notre endemi commun, quand je croyais que tons les complots de la ci-devant reine de Naples auraient été ensevelis avec sa fille, je vois avec une horreur, qui me fait frémir, que l'esprit d'intrigue le plas horrible a pénétré jusque dans le sein de mon palais. Hélas ! mon cour saigne en faisant le récit d'un attentat si affreux ! Mon fils ainé, l'héritier présomptif de mon trône, avait formé le complot horrible de me détrôner; il s'était porté jusqu'à l'excès d'attenter contre la vie de sa mère. Un attentat si affreux doit être puni avec la rigueur la plus exemplaire des lois. La loi qui l'appelait à la succession doit être révoquée; un de ses frères sera plus digne de le remplacer, et dans mon cœur et dans le trône. Je suis, en ce moment, à la recherche de ses complices, pour approfondir ce plan de la plus noire scélératesse ; et je ne veux perdre un seul moment pour en instruire V. M. I. el R. en la priant de m'aider de ses lumières et de ses conseils.

Sur quoi, je prie Diev, mon bon frère, qu'il daigne avoir V. M. I. et R, en sa sainte et digne garde.

(Signé)

CHARLES A Saint Laurent, ce 29 Octobre, 1807.

DEUXIÈME PARTIE. Pièces relatives à la révolution d'Aranjuez et aux événemens

qui se sont passés jusqu'à l'arrivée du roi Charles et du prince Ferdinand à Bayonne.

No. I. Lettre du roi Charle; IV, à l'empereur. Monsieur mon frère; il y avait long-tems que le prince de la Paix m'adresserait des instances réitérées pour obtenir de se démettre des charges de généralissime et amiral. Je me suis prêté à ses désirs, en lui accordant la démission de ces charges ; mais comme je ne saurais oublier les services qu'il m'a rendus, et notamment celui d'avoir coopéré à mes désirs constans et invariables de maintenir l'alliance et l'amitié intime qui m'unit à V. M. I. et R. je conserverai à ce prince mon estime.'

Bien persuadé que rien ne sera plus agréable à mes sujets, di plus convenable pour réaliser les desseins de notre alliance, que de me charger moi-même du commandement de mes armées de terre et de mer, j'ai pris cette résolution, et je m'empresse d'en faire part à V. M. İ. et R. considérant qu'elle verra dans cette communication une nouvelle preuve de mon attachement pour sa personne et de mes désirs constans de maintenir les rapports intimes qui m'unissent à V. M. I. et R. avec cette fidélité qui me caractérise, et dont V. M. a les preuves les pins éclatantes et réitérées.

La continuation des douleurs rhumatiques qui m'interdit depuis quelques jours l'usage de ma main droite, me prive du plaisir d'écrire de ma maiu å V. M.

Je suis, avec les sentimens de la plus parfaite estime et de l'attachement le plus sincère,

De V. M. I. et R.

Le bon frère, (Sigué)

CHARLES. A Aranjuez, le 18 Mars 1808.

No. II. Lettre du roi Charles IV, a l'empereur. Monsieur mon frère,-Ma santé se trouvant chaque jour plus délâbrée, j'ai cru nécessaire pour la rétablir, d'aller chercher ga climat plus doux que celui-ci, en me retirant des affaires de mon royaumé. En conséquence j'ai jugé convenable pour le bonheur de mes peuples, d'abdiquer en faveur de mon fils bien aimé le prince des Asturies. Les biens qui unissent nos deux royaumes et l'estime toute particulière que j'ai toujours eue pour la personne de V. M. I. et R. me font espérer qu'elle ne pourra qu'applaudir à cette mesure, d'autant plus que les sentimens d'estime et de mon affection pour V. M. 1. et R. que j'ai tâché d'inspirer à mon fils, se sont si profondément gravés dans son cœur, que je suis sûr des soins qu'il se donnera pour resserrer de plus en plus l'alliance intime qui unit depuis long-tems les deux états. Je m'empresse d'en faire part à V. M. I. et R. en lui renouvelant à cette occasion les assurances de mon attachement sincère, et, les veux que je ne cesserai de faire pour la prospérité de V. M. I. et R. et de toute son auguste famille. Je suis avec les sentimens, de V. M. I. et R.

Le bon frère, (Signé)

CHARLES. A Aranjuez, le 20 Mars, 1808.

Nc. III. Lettre du roi Charles à l'enpereur, d'Aranjuez le 27 Mars, en

envoyant la protestation du roi contre son abdication. Monsieur mon frère, V. M. apprendra sans doute avec peine les événernens d'Aranjuez et leur résultat; elle ne verra pas sans quelqu'intérêt un roi qui, forcé d'abdiquer la couronne, vient se jeter dans les bras d'un grand monarque, son allié, se remettant en tout à sa disposition, pouvant seul faire son bonheur celui de toute sa famille, et de ses fidèles et

aimés sujets. Je n'ai déclaré - m'en démettre eu faveur : de mon fils que par la force des circonstances, et lorsque le bruit des armes et les clameurs d'une garde insurgée me faisaient assez connaître qu'il fallait clioisir entre la vie et la mort, qui eût été suivie de celle de la reine. J'ai été forcé d'abdiquer; mais rassuré aujourd'hui et plein de confiance dans la mangnanimité et le génie du grand homme qui s'est toujours montré mon ami, j'ai pris la résolution de me remettre en tout ce qu'il voudra bien disposer de nous, de mon sort de celui de la reine, et de celui du prince de la Paix. J'adresse à V. M. I. et R. une protestation contre les événemens d'Aranjuez et contre mon abdication. Je m'en remets, et me 'copfie entièrement dans le cœur et l'amitié de V. M. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. De V. M. I. et R. le très-affectionné frère at ami,

(Signé)

CHARLES. Aranjuez, 27 Mars 1803.

No. IV. Protestation du roi, du 21 Mars 1808. Je proteste et déclare que mon décret du Mars, par lequel j'ahdique la couronne en faveur de mon fils, est un acte auquel j'ai été forcé pour prévenir de plus grands malheurs, et l'effusion du sang de mes sujets bien-aimés. Il doit en consé. 'quence étre regardé comme de nulle valeur.

(Signé)

MOI LE Roi. Aranjuez, le 21 Mars, 1808.

No, V. Protestation du roi Charles, adressée à l'infant don Antonio,

du 17 Avril, 1808. Mon cher frère:--Le 19 du mois passé, j'ai remis à mou fils

L

on décret d’abdication. Le même jour j'ai fait une protesta. tion solennelle contre un décret rendu au inilieu du tumulte, et forcé par des circonstances critiques. Aujourd'hui que la tranquillité est rétablie, que ma protestation est parvenue entre les mains de mon auguste ami et fidèle allié, l'empereus des Français et roi d'Italie ; qu'il est notoire que mon fils n'a pu obtenir d'être reconnu sous ce titre ...., je déclare solennellement qne l'acte d'abdication que j'ai signé le 19 du mois de Mars dernier, est nul sous tous les rapports. C'est pour. quoi je désire que vous fassiez connaître à tous nies peuples que leur bon roi, plein d'amour pour ses sujets, veut consacrer le reste de sa vie à travailler à leur bonheur. Je confirmie

provisoirement dans leurs emplois les meinbres qui composent · actuellement la junte de gouvernement, et tous les employés

civils et militaires nomués depuis le 19 du mois de Mars der-
nier. Je me propose d'aller au-devant de mon auguste allié
l'empereur des Français et roi d'Italie; après quoi, je trans-
mettrai mes derniers ordres à la junte.
San Lorenzo, le 17 Avril, 1808.

(Signé) Moi Le Roi.

No. VI.

Note de la main de la reine Louise remise au grand duc de

Berg par la reine Marie-Louise. Nous ne vondrions pas, le roi et moi, être importuns et ennuyeux au grand duc qui tant à faire, mais nous n'avons aussi ni d'autre ami ni d'autre appui que lui et l'empereur, en qui nous espérons tous quatre, le roi notre intimne ami de même que du grand duc, le pauvre prince de la Paix, ma fille Louise et moi ; laquelle nous a écrit hier au soir ce que le grand duc lui avait dit, qui nous a pénétrés et remplis de reo coppaissance et de consolation, espérant le tout de ces deux sacrées, et incomparables personnes, le grand-duc et l'empe' reur: mais nous ne voulons rien lui laisser ignorer de tout ce que nous savons, malgré que personne ne nous dise rien, ni réponde pas même aux choses que nous demandons, les plus nécessaires pour nous; mais rien de tout cela ne nous intéresse, et seulement le bon sort de notre unique et innocent,ami, le prince de la Paix, l'ami du grand-duc, où il exclamait même, dans sa prison, dans ces affreux traitemens qu'on lui faisait. u appelait toujours son ami le grand-duc, avant même d'être survenu de cette conspiration; si j'avois le bonheur qu'il fut ici, si le grand-duc était près de nous, nous n'aurions rien à craindre. Il désirait son arrivée, se faisant une satisfaction s'il voulait accepter sa maison pour qu'il y logeât, il avait des cadeanx à lui faire ; enfin il ne pensait qu'à ce moment, et ensuite d'aller au-devant de l'empereur et d'aller au-devant du grand-duc avec tout l'empressement imaginable. Nous

craignons toujours qu'on ne le tue ou emprisonne s'ils connais sent qu'on va le sauver. Ne pourrait-il pas se prendre quelques moyens avant toute résolution? Que le grand-duc fit aller ses troupes sans dire à quoi, et entrer, où est ce pauvre prince de la Paix, et sans donner un moment de tems pour jui tirer aucun coup de pistolet ni de rien faire, séparer la garde qu'il a (qui n'a d'autre gloire, ni d'autre désir que de le tuer, ne voulant pas qu'il vive), et que celle du grand-duc y soit, et commander absolument par ses ordres ; car tandis qu'il sera entre les mains de ces traitres indignes, et aux ordres de mon fils, que le grand-duc soit sûr qu'il sera tué; Je grâce nous osons lui demander qu'il nous l'accorde, parce qu'étant hors de ces mains sanguinaires, oui ces gardes du corps, mon fils, ces méchants côtés. Nous devons toujours trembler pour sa vie quoique le grand-duc et l'empereur le veuille sauver. Ils ne leur donneront pas le tems; de gráce nous le prions au grand-duc, qu'il prenne ses mesures pour faire ce que vous lui demandons ; car si l'on perd du tems, sa vie n'est pas sûre, qu'il soit persuadé qu'il serait plus sûr entre les mains de lions et de tigres acharvés. Mon fils fut bier, après son dîner, enferiné avec l'Iofantado. Escoiquitz, ce méchant prêtre, et Saint-Charles, le plus malin de tous cela nous fait trembler; ils y restèrent depuis une heure et demie jasqu'à trois heures et demie. Le gentil homme qui va avec mon fils Charles, est cousin de Saint-Charles; il a de l'esprit et assez d'instruction, mais c'est un Américain, méchant, très-ennemi de nous, de même que Saint-Charles, qui ont reçu tont ce qu'ils sont du roi mon mari, et aux pétitions du pauvre prince de la Paix, de qui ils se disaient parens. Tous ceux qui vont avec mon fils Charles sont de la même intrigue, et très-propres pour faire tout le mal possible, et faire paraitre avec les couleurs les plus véridiques, la plus affreuse fausseté. Je prie le grand-duc de pardonner mes griffonages, et si je n'écris pas bien, car j'oublie quelquefois de certaines paroles ou phrases en français, parlant toujours espagnol depuis 49 ans, étant venue ici me marier à treize ans et demi, et quoique je parle français, ce n'est pas au courant: mais le grand duc comprendra bien, et saura corriger les défauts de la langue.

No. VII. Note écrite de la main de la reine d'Espagne, et remise an

grand-duc de Berg par la reine Marie-Louise. Le roi, mon mari, qui me fait écrire, ne pouvant pas le faire à cause des douleurs et enflure qu'il a à la main 'droite, désirerait savoir si le grand-duc de Berg voudrait bien preodre sur lui et faire tous ses efforts avec l'empereur, pour assurer la vie du prince de la Paix qu'il fût assisté de quelques domestiques ou chapelaios. Si le grand-duc pouvait aller le voir,

« PreviousContinue »