Page images
PDF
EPUB

munion religieuse. Si par hasard le catholicisme se fut trouvé étre la religion constituée de l'Irlande, lorsque ce pays formait un royaume distinct, je suis persuadé que les devoirs religieux des catholiques envers le siége de Rome ne les auraient pas empêchés de remplir scrupuleusement leurs devoirs politiques envers le trône britannique. Mais nous sommes dans une situation tout-à-fait dilférente à l'égard de l'Irlande; l'église anglicane y est la religion constituée. Peut-on croire que si les catholiques entraient au parlement, ils ne cherchassent pas à obtenir de nouveaux avantages pour leur église ? Qu'est-ce qu'on leur répondrait s'ils demandaient à ne plus payer de dimes à un autre clergé que le leur? Toutes les autres sectes en Angleterre réclameraient le même principe. Alors les liens qui unissent l'église anglicane à l'Etat seraient dissous. Il y a plus : les 49 cinquanlièmes des propriétés dans l'Irlande ne sont possédées qu'à la suite des confiscations sur les catholiques; d'un autre côté, les 4 cipquièmes de la population sont catholiques. Si vous donnez aux catboliques une plus grande part au pouvoir politique, vous risquez de voir provoquer des discussions qui amèneraient une guerre entre la religion et la propriété.... On parle d'exceptions, de garanties, jointes au bill; si je me bornais à considérer ces exceptions, comme trop nombreuses, ces garanties comme trop faibles, je consentirais à discuter le bill en conuité général; mais c'est au principe même que je m'oppose. Dès qu'on reconnaitrait que les catholiques peuvent posséder du pouvoir politique, il n'y a plus de limites, et le trore mėme ne pourrait rester excepté du principe..... Tenons-nous-en donc à la loi fondamentale, qui veut non-seulement que le roi soit protestant, mais qu'il ait un parlement, un conseil et des juges protestans....)

Le marquis de Lansdown, lord Melville, lord Somer, parlérent encore en faveur du bill; lord Sydmouth et lord Ashburlon s'y opposerent. Il faudrait donner de longs extraits de leurs disa cours pour en tirer quelques Ilumières sur une question déjà si longuement développée. Enfin, les étrangers retirés , et la seconde lecture du bill mise aux voix , elle a été rejetée à une majorité de39 voix. (Nombre des votans 279.-Pour la seconde lecture, 120.Conire, 159 )

Affaires d'Italie. Nous avons déjà rendu compte de quelques motions faites dans les deux chambres , soit pour obtenir des renseignemens sur la politique extérieure adoptée par le ministère britannique, soit pour arrêter la marche des Autrichiens et des Russes, et faire intervenir la médiation de la Grande-Bretagne en faveurs des Napolitains ou des Piémontais. On a vu que le ministère, tout en désavouant les principes établis á Troppau et à Laybach , évitail soigneusement de blâmer leur application et décli· nait toute espèce d'intervention entre l'Autriche et Naples ou le

Piémont, altendu que c'était sortir de la stricte neutralité qu'il s'était imposée, et offenser gratuitement l'Autriché, « dont l'Angleterre devait, suivant une expression du comte d'Aberdeen, préserver le pouvoir et la tranquillité. »

Pour répondre à toutes ces questions, lord Castlereagh , maintenant marquis de Londonderry par la mort de son père, donna le 7 mai, à la chambre des communes, une déclaration dont il faut recueillir la substance. Après lui avoir annoncé qne l'armée russe qui était en marche pour l'Italie ne dépasserait pas ses propres frontières, S. S. ajouta : · « En donnant celte information, je crois qu'il est de mon devoir, non-seulement envers la chambre et la nation, mais aussi envers les deux grandes puis sances qui ont été traitées de la manière la plus inconvenante, la plus illiberale et la plus injuste, dans cette chambre, de déclarer qu'elles n'ont jamais eu les desseins qui leur ont été attribués. Dans une occasion précédente, j'ai protesté, à la face de cette chambre, contre l'imputation faite à ces puissances d'étre mues par un esprit d'agrandissement, parce que la connaissance que j'ai de leur caractère m'était un sûr garant que cette accusation était entièrement dénuée de fondement.

« J'ai déjà exposé les raisons qui m'induisaient à croire que l'armée russe s'arreterait dans sa marehe. Je puis maintenant donner une explication plus positive. Dans l'état où se trouvaient les domaines du roi de Sardaigne, une grande partie de son armée ayant été licenciée en conséquence de son dernier mouvement insurrectiounel, il était naturel que ce souverain s'adressat aci puissances alliées, et leur demandât des troupes pour occuper ses Etats. Cette demande a été faite en premier lieu à l'empereur d'Autriche, par l'entremise du comte de Bubna. L'empereur d'Autriche répondit que, malgré le désir qu'il avait d'acquiescerà cette demande, il tenait encore plus à eviter qu'on le soupconnât de vouloir s'agrandir en Italie aux dépens de ses voisins, et contre la foi des traités qu'il avait observés religieusement. Il ajouta cependant qu'il demanderait à l'empereur de Russie de consentir à ce qu'un corps de 25 i 30 mille hommes de son armée de 100 mille hommes, si elle avait été mise en mouvement, se dirigeat vers le midi de l'Europe, afin de remplir un objet pour lequel on s'était adressé à lui-ınéme. L'empereur de Russie, animé du même esprit que l'empereur d'Autriche, répondit qu'il était en butte aux ménes soupcons d'agrandissement, et qu'il priait instamment que l'on prit toutes les mesures nécessaires pour empêcher que le mouvement de ses troupes ne donnat lieu à aucun soupçon de cette nature. »

Mais bientôt la circulaire de Laybach (12 mai) réveilla le zèle de l'opposition dans les deux chambres en faveur des Italiens et de leur cause. — Dans la séance des communes du 20 juin, M. Hatchinson, exposant les agrandissemens des diverses puissances de

puis 1814, et eu concluant que la Russie et l'Autriche voulaient combiner leurs forces pour asservir toule l'Europe, demanda qu'il fût fait par la chambre des commnes : 1° une déclaration portant que cette chambre représentative d'un peuple libre et éclairé avait vu avec la plus vive sollicitude et la plus profonde alarme les événemens qui venaient d'avoir lieu sur le continent de l'Europe , aussi-bien que l'aveu sormel et injurieux de prétentions nouvelles, dangereuses et en opposition directe aux principes de la révolution anglaise et à l'indépendance des autres nations; -7° une adresse à S. M. pour la supplier d’user de son influence et de son autorité pour assurer aux Etats ioférieurs le droit indispensable de choisir leur forme de gouvernement, etc..... Cette motion, combattue par le marquis de Londonderry, fut rejetée à une très-forte majorité. Mais les principes en surent bientôt, reproduits d'une manière moins vague et moins générale.

Le 2 juin , dans la chambre des lords, lord Bentinck, rappelant ce qui s'était passé en Sicile depuis l'arrivée de la fainille royale de Naples, la constitution qui lui avait été donnée sous la garantie de l'Angleterre, et ensuile retirée, demandait a qu'il soit présenté une humble adresse au roi pour lui remontrer que la chambre a eu la mortification d'apprendre que des tentatives avaient été faites par le gouvernement des deux Siciles pour diminuer les droits et priviléges de la nation sicilienne , de manière à exposer le gouvernement britannique au reproche d'avoir contribué à un changement de constitution, qui a diminué la liberté el le bonheur dont le peuple sicilien jouissait précédemment; et pour supplier humblement S. M. de vouloir bien intervenir de telle manière que l'esigeront l'honneur et la bonne foi de i'Angleterre. »

Le marquis de Londonderry répondit aux observations de lord Bentink que rien ne pourrait justifier l'intervention de l’Angleterre dans l'affaire des Deux-Siciles; qu'elle n'avait jamais en la prétention d'élre à perpétuité l'arbitre des destinées de la Sicile; qu'ellc avait fait tout ce qui lui était permis pour cnipecher une réaction contre les Siciliens qui s'étaient montrés partisans de l'Angleterre et de ses institutions ; que le gouverocment britan

nique avail fait tout ce qne lui commandaient l'honneur et la bonne foi; enfin que son intervention serait superflue dans ce moment, puisque le système nouvellement établi en Sicile était probablement changé, ou le serait incessamment.

La motion, mise aux voix , fut rejetée à la pluralité de 69 voix contre 35.

Dans la même séance, M. Stuart Wortley appela l'attention de la chambre des communes sur la circulaire de Laybach ( 12 mai), dont les principes lui semblaient très-dangereux pour les libertés de l'Angleterre et de toute l'Europe. Après en avoir lu le paragraphe qui commence par ces mots :

« Des changemens utiles et nécessaires.... ( Voy. l'Appendice), il s'écrie: Que doit-on conclure de ces raisonnemens ? En disant que toute réforme de doit émaner que de ceux que Dieu a rendas responsables, il est évident que les souverains seuls ont le droit de le faire; mais si ce principe eût été ancienneinent reçu en Angleterre, nous n'aurions aucune liberté ; car celle dont nous jouissons a souvent été conquise par la force des armes et toujours contre la volonté du souverain; ce principe mettrait fin à toute espèce de reforme.... C'est à ce peuple de veiller à ce que de pareilles doctrines ne deviennent pas la loi de l'Europe ; elles y détruiraient toute espérance de liberté.... D'apres ce qui s'est passé à Naples et en Piémont, il est à croire que si les monarques alliés eussent pu faire reconnaitre leurs doctrines en Espagne, le nouvel ordre de chose eût été renversé avant de l'avoir été en Italie.... Quand les souverains publient des déclarations pareilles à la dépêche de Laybach, ils ne doivent pas s'étonner que l'on réprouve leur conduite.... qu'ils gourerpent leurs peuples comme ils l'entendent, mais du moment qu'ils sortent de leur territoire pour dicter des lois au reste de l'Europe , et promulguer des principes hostiles à l'existence de la liberté, il est nécessaire que la chambre rexprime franchement son opinion sur leur conduite.... Mais comme il est possible que les traductions ne soient pas exactes, je demande qu'il soit remis à la chambre des copies des pièces originales publiées à Laybach au nom de l'Autriche , de la Russie et de la Prusse, le 12 mai 1821.

A cette motion, le marquis de Londonderry objecta d'abord que dans les usages parlementaires on ne demandait la productiva d'un document quelconque que dans la vue d'en oblenir un résultat plausible; qu'il ne s'agissait ici que d'une déclaration de principes sur laquelle le gouvernement britannique 'avait déjà fait sa profession de foi.

« Un principe fondamental de notre constitution, dit le noble lord, c'est que tant que l'on croit que le gouvernement agit dans l'esprit de cette ross

titation, l'administration des affaires étrangères doit rester entre les mains du pouvoir exécutif. L'affaire dont il s'agit est moins importante que celle qui a été discutée au commencement de la session; alors la declaration de Troppau était directement adressée à l'Angleterre, et admettait que ce gouvernement approuverait les principes des souverains alliés. Maintenant, au contraire, il s'agit d'une déclaration adressée à toute l'Europe, et qui exige bien moins l'intervention du parlernent.

« Dans tous les cas, il ne peut exister en Europe aucun doute sur les sentimens de l'Angleterre , et je déclare sans scrupule que je désapprouve les principes émis dans les documens dont il s'agit. Je ne puis reconnaitre qu’une puissance ait le droit de se měler des afaires d'une autre puissance , parce que celle-ci a fait dans son gouvernement des changemens désapprouvés par la première. Il n'est pas permis de s'ériger ainsi en tribunal supreme pour juger les affaires d'autrui, sans s'arroger un pouvoir qui est à la fois contraire aux lois des nations et aux règles du sens commun.

« Je pense done qu'en faisant adopter aux monarques des principes contraires à la saine politique, on leur a donné un mauvais conseil; mais je pense aussi qu'ils n'ont été mûs que par le désir sincère de conserver la tranquilliie en Europe, et n'ont point eu l'intention d'agrandir leur territoire ; et en émettant les principes que je désapprouve, ils ont fait connaitre le danger dont ils se croyaient menacés par l'esprit révolutionnaire. Je dois faire remarquer que je ne veux pas confondre les révolutions justes et nécessaires avec cet esprit d'anarchie et de bouleversement total qui a trouvé des partisans inėme dans cette chambre. Nous avons eu nos révolutions, mais vous ne les avons jamais admirées comme révolutions; nous n'avons jamais voulu passer pour des révolutionnaires, à moins que nos libertés n'aient été violées. Les chel's de nos révolutions ont toujours été dirigés et guidés par l'esprit du système légal précédemment établi. Dans la révolution de 1688, nos ancélres se sont fait gloire de n'avoir rien fait qui ne fut démontré nécessaire dans la circonstance.... Mais maintenant il est clair qu'une grande conspiration extérieure menace tous les gouvernemens réguliers; ce à quoi les alliés se sont opposés. C'est un système de sociétés secrètes mis en mouvement par des conspirateurs sanguinaires de sens-froid ; c'est par le fatal effet de ce système que la Turquie nage dans le sang ; c'est ce système qui a désolé la France et qui ne tendait pas à la liberté, mais à la destruction de tout ordre...; système contraire à la liberté, car dans mon opinion rien n'a plus nui aux progres d'une liberté raisonnable et du pericctionnement social en Europe que ces barbares projets de révolution.

« D'ailleurs, ajoute le ministre, je suis heureux de pouvoir assurer à la chambre que, malgré la différence d'opinion entre l'Angleterre et les souverains alliés , au sujet des principes émis dans leur déclaration, il ne s'est rien passé qui puisse faire craindre que l'harmonie qui existe entre toutes les puissances soit troublée. Si l'Angleterre intervient jamais dans les affaires des autres puissances, ce ne doit être que lorqu'il s'agira de metre en pratique les principes émis dans les déclarations des souverains, mais non pas à cause de leur simple promulgation ».

Malgré la distinction que le ministre venait de faire entre les

« PreviousContinue »