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nement et d'indignation..... Si une armée autrichienne s'avance sur Naples, et que notre escadre reste en même temps dans la rade de cette ville, n'aurons-nous pas eu l'air de concourir à cette vue odieuse ? La paix générale exige qu'on maintienne l'indépendance des Etats secondaires. Est-ce que nous n'avons aucune influerce dans les conseils des puissances alliées pour faire prévaloir ce juste point de vue ? » · Lord Liverpool, sans aborder la question principale, exposa la difficulté d'adopter un parti décisif dans des révolutions dont les causes , les chaînes et les effets pouvaient être très-différens; mais lord Holland insista par des raisonnemens exposés dans lelangage le plus violent contre les trois souverains alliés, qu'il nomma « les barbares du Nord »; il demanda que, pour ne point encourir la honte de participer à l'attaque méditée contre les Napolitains, le ministère britannique saisît cette occasion de rcdemander à l'Autriche le remboursement de l'emprunt qu'elle doit à l'Angleterre depuis 1796, et qui est de plus de 16 millions de livres sterling ( 400 millions de francs ), demande quiexcita beaucoup de lumulle, mais sur laquelle le ministère éluda toute explication. ..

A la chambre des communes aussi, MM, Lamb, Warre et sir Robert Wilson demandèrent, sans en oblenir davantage, des éclaircissemens sur la conduite politique du ministère anglais. Lord Castlereagh, assura qu'il était étranger å l'exhortation adressée au roi de Naples de se rendre à Laybach, et qu'il ne participait pas aux résolutions des trois grandes puissances réunies à ce congrès. – Mais qnant à la révolution napolitaine, « il n'y a rien d'hostile, dit lord Castlereagh , dans notre répugnance à reconnaitre tout à coup et formellement une révolution opérée d'une manière assez mystérieuse. Il est manifeste que c'est une secte qui l'a faite, et que cette secte, répandue dans d'autres pays, a le projet de réunir toute l'Italie en un seul État. Une circonstance aussi grave nc mérite-t-elle pas quelque réflexion ? »-Quelques jours après (31 jan. vier), les ministres déposérent sur le burean des deux chambres la note circulaire du 19 janvier, comme un exposé fidèle de la polilique suivie par le cabinct anglais relativement aux affaires de

Naples. On aura occasion de revenir sur ce sujet... D'ailleurs les deux adresses furent volées à l'unanimité.

L'opposition se mantra plus vive et plus animée relativement à la cause de la reinc.

Les bureaux des deux chambres étaient couverts de pétitions qui demandaient toutes le rétablissement du nom de S. M. dans les prières publiques et la restitution de ses droits et priviléges, et chaque présentation était l'occasion de violentes diatribes contre les ministres. A la séance des communes du 27 janvier, lord Hamilton fit expressément la motion « de déclarer mal-avisé et in« convenant l'ordre donné en conseil privé, le 12 février, de rayer « des prières le nom de S. M. la reine , épouse du roi régnant. » « L'orateur exposa le danger et l'inconvenance de la conduite des « ministres envers la reine, dont l'effet était d'exaspérer le nom« bre iminense de ceux qui la croient injustement persécutée , de « provoquer la discorde et d'accélérer une révolution. »

Plusieurs membres du ministère, et surtout le procureur général de la couronne, qui avaient figuré l'année dernière au procès, repoussèrent les accusations adressées aux ministres ; ils s'appliquèrent à prouver, sans revenir sur les torts reprochés à la reine, qu'elle n'avait aucun droit formel à être nommée dans les prières publiques. « La conduite du ministère dans le procès de la reine a été franche, dit lord Castlereaglı ; il n'a employé aucun subtersuge pour contraindre les membres dans leurs opinions.

« La majorité des deux chambres a adhéré à notre conduite, ajoute S. S. La chambre des communes a jovité la reine, à 3gr voix contre 124, à ne pas insisler sur la demande de voir son nom dans les prières, publiques. Dans la chambre des pairs, 123 membres l'ont trouvée coupable des chefs d'accusation qui lui étaient imputés. Il ne s'agit pas pour notre justification de savoir si elle est coupable ou non; la seule question qui nous regarde, c'est si nous l'avons accusée sur des soupçons frivoles, et sans les motifs les plus graves.

« Je conviens qu'après que nous avons retiré le bill, la reine est censéc innocente dans un sens légal; aussi on lui accorciera les droits que la loi lui altribue'; mais qui oserait dire qu'elle est dans la situation d'une personne qui a droit à des marques d'honneur et de respect? Je ne viens pas répéter les fameuses depositions ; je plains la malheureuse situation où la reine s'est mise ; mais puisqu'il y a encore tant de considérations qui peuvent la rendre dangereuse, j'arrachcrai Ic voilc qui couvre sa culpabilité. Elle s'est prêtée

comme un instrument à un parti qui nourrit des projets dangereux contre l'Etat, contre l'église et contre notre constitution. Voilà mes raisons pour ne pas plus honorer la reine sous le point de vue politique que sous le point de vie moral. Que l'on cesse donc d'occuper la chambre d'une motion insignifiante et louche ! qu'on atlaque le ministère en face, afin que la chambre nous maintienne en plein honneur, ou qu'elle brise à l'instant mème notre pouvoir. »

Enfin, après des débals prolongés ou M. Brougham répéta en faveur de la reine des raisonnemens tirés de sa défense, la cham, bre prononça , sur la motion de M. Robinson, l'ajournement ou la question préalable, à la majorité de 310 voix contre 20g....

Jamais la chambre des communes n'avait élé plus nombreuse, et jamais les ministres n'avaient obtenu une majorité plus décilée. Mais les amis de la reine n'en furent pas découragés, Le marquis de Tavistock remit en d'autres termes la même question sur le zapis (séance du 5 février), dans une motion où il proposait à la chambre d'exprimer son opinon sur les mesures que les ministres avaient suivies envers la reine. Mais le résultat fut un triomphe de plus pour le ministère. La chambre écarla la motion par une majorité de 324 voix sur 512 votans,

Au moment où le ministère repoussait avec tant d'énergie les prétentions de la reine, il proposait à la chambre de prendre en considération la partie du discours du trône qui regarde le traitement à lui accorder, et de porter ce trailement à cinquante mille livres sterl. - Mais à peine lord Castlereagh venait-il de faire cette proposition, que M. Brougham remit à la chambre un message de la reine, en témoignant qu'elle était très-sensible à la condescendance du roi, qu'elle aspirait à un arrangement qui était dans l'intérêt de tous les partis, mais qu'elle craignait qu'on ne voulût pas la remettre en possession des mêmes droits et priviléges dont les reines qui l'ont précédée ont joui depuis une longue suite d'années. S. M. déclarait qu'elle persévérait dans la ferme résolution de resuser toute espèce d'arrangement, tant que son pom continuerait à être effacé du rituel (message du 31 janvier).

A celte déclaration ford Castlereagh fit observer que la reine élait parfaitement libre d'agir comme il lui plairait, et que si la

chambre lui votait un traitement, elle aurait droit de le refuser. Mais il s'éleva fortement contre les desseins du parti qui venait do proposer pour elle une souscription publique pour acheter une rente de cinquante mille liv. sterl., qui Ini serait offerte au nom du peuple. ..

« Dans une occasion précédente , dit-il, les conseillers officiels de la reine ont déclaré en son nom qu'elle n'accepterait rien de la part de la couronne, mais seulement de la part du parlement. S. M. Ja reine paraît ne pas connaitre notre constitution, d'après laquelle elle ne peut rien recevoir que de la couronne; mais elle est entrainée dans les procédés les plus inconstitutionnels ; elle semble vouloir élever une puissance nouvelle qui doit disputer à la

couronne la fidélité des sujels.... » En définitif, après bien des | débats, lord Castlereagli a proposé de voter pour la reine une s somme de cinquante mille liv. sterl. à elle assurée comme douaire - en cas de veuvage, et qui serait placée à l'échiquier, où la reine

la laisserait on la prendrait, comme elle le trouverait bon.-Celte proposition, soumise dans l'espace d'un mois à l'épreuve des trois lectures dans les deux chambres , n'a pas trouvé d'opposition; et inalgré le bruit qu'on en avait fait, il n'a plus été question de la souscription publique ouverte par ses amis.

Dans la session parlementaire britannique, comme dans la session française , il a été plusieurs fois question des affaires d'Italie, et l'opposition s'est toujours élevée contre le système d'interven

tion dans le gouvernement intérieur des nations, et contre les prinŚcipes établis á Laybach. Ainsi, dans la séance des lords , du 19 fécvrier, le comte Grey, demandant qu'il fût donné à la chambre

communication des notes échangées entre la Grande-Bretagne et les puissances étrangères au sujet de la révolution de Naples, avait censuré vivement la conduite des ministres, dont la circulaire ( 19 janvier) ne lui paraissait avoir d'autre but que de servir leur intérêt dans les discussions parlementaires, tandis qu'ils n'en adoplaient pas moins en secret les principes des souverains alliés. - Mais dans celle du 3 mars , après qu'on eut connaissance de la déclaration publiée à Vienne le 13 février, l'opposition se montra plus forte et plus animée. Le marquis de Lansdown, s'élevant contre les mesures prises par les puissances alliées, exposa qu'il était d'autant plus urgent d'exprimer la désapprobation de ces mesures, que la déclaration récemment publiée à Vienne semblait prouver que la note du ministère anglais n'avait pas été comprise', et que les alliés avaient toujours l'air de présenter leurs principes comme approuvés par le gouvernement britannique.... Dans ses considérations générales sur l'Italie, le noble lord rappelle que les Carbonari avaient été créés et soutenus par les puissances alliées, dans le but de délivrer l'Italie du joug des Français ; que dans les proclamations faites par lord Bentinck, au nom de l'alliance européenne, on invitait les Italiens à suivre l'exemple de l'Espagne.... Pourquoi donc s'étonner, dit le noble marquis, si Naples adopte la constitution des cortès, dont je ne défends pas les défauts, mais qui a été établie sous notre protection ? L'Autriche a elle-même signé le traité de Chaumont, dans lequel les alliés ne parlent que de défendre les droits et les libertés des nations. Maintenant le mot liberté est rayé du vocabulaire des alliés. Cependant, ces promesses, ces proclamations ont procuré aux alliés l'assurance des peuples. De quel droit annullent-ils à Troppau ce qu'ils ont sanctionné à Chaumont? »

'En conséquence, après d'autres considérations sur les suites de l'invasion des Autrichiens dans le royaume de Naples, le noble marquis demandait qu'il fût adressé des remercimens au roi pour avoir bien voulu communiquer à la chambre une copie de la dépêche anglaise (19 janvier), et pour avoir refusé de participer aus mesures' en question, les considérant comme contraires aux principes fondamentaux de la constilution anglaise et destructives da droit des gens existant; et que S. M. fût suppliée « d'employer toute son influence auprès des puissances alliées pour prévenir ou réparer les conséquences des mesures qui peuvent troubler la tranquillité de l'Europe, et qui, particulièrement dans leur liaison avec les doctrines par lesquelles on veut les justifier, sont d'un exemple dangereux pour l'indépendance des souverains et la sûreté des nations. »

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