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Janeiro sa haute cour de justice, sa chancellerie, sa trésorerie, sa junte de commerce et tous les établissemens qui en faisaient une capitale depuis le séjour du roi. Par un décret du 29 seplembre, ils ordonnèrent que le prince régent quitterait le Brésil, et qu'avant de rentrer en Portugal il ferait, incognito, un voyage en Angleterre, en France, en Espagne, comme pour se former à l'étude des gouvernemens constitutionnels..

Cette mesure, dont le but réel était enveloppé des formes les plus respeclueuses , augmenta au Brésil la tendance que les juntes provinciales de Bahia , Ferðambouc, etc..., avaient de se rendre indépendantes. Il s'y forma divers partis, dont le plus nombreux, celui des indigènes (car nous ne comptons pas encore les nègreş dans la population libre), tendait à la démocratie la plus décidée, A Rio-Janeiro, dont il détruisait la suprématie , le décret des cortès trouva la plus vive opposition. Le prince y étail devenu, depuis la révolution du 5 juin, plus populaire que jamais. La junte ou conseil de la province de Santo-Paulo (Rio-Janeiro) lại fit des représentations ou, s'élevant contre les prélentions des cortės de Lisbonne, de vouloir décider du sort du Brésil, sans entendre même ses députés, elle le suppliait de ne pas exposer, par son départ, le pays à l'anarchie : le prince céda à leurs remontrances; il les transmit aux coriès, et en attendant leur réponse, il resla á Rio-Janeiro avec un pouvoir mal défini et mal assuré, entre des juntes dont les démêlés, quelquefois ensanglantés comme ceux de Fernambouc et de Goyane (au mois de septembre), élaient le prélude de quelque révolution effrayante, dans un paysoù la population noire est à la population blanche comme 25

est à 1.

Il faut observer, comme une nouvelle preuve de l'aveuglement des gouvernemens ainsi que des individus, qu'au moment où tout faisait prévoir une séparation prochaine du Portugal avec le Brésil, le cabinet portugais aspirait à consommer un projet conçu depuis long-temps, de joindre Monte-Video à l'empiré brésilien, déjà menacé de sa dissolution... Jusque-là sa conduite avec Buénos-Ayres n'avait élé qu'équivoque ; on parlait de négociations secrètes, on entretenait des rapports ; mais il n'y avait rien d'avoué, rien d'officiel. Au moment où la cour de Rio-Janeiro eat adopté la révolution de Buenos-Ayres, elle consentit à recevoir ses agens, dans l'espérance d'avoir en relour la possession incontestée de Monte-Video.... La disparition d'Artigos et la défaile de Ramirez étaient favorables à ce projet, mais il fallait soumettre les Montéridéens, toujours affectionnés à la métropole, ou du moins plus portés à se réunir à la république de la Plata qu'à l'empire brésilien. Le gouvernement de Rio-Janeiro ne désespéra pas d'y réussir; et soit en vertu d'une déclaration libre, soit par la terreur des baïonnettes portugaises, dans une assemblée des notables, commerçans ou bourgeois de la ville, convoquée le 15 juillet par le gouverneur Lecor, baron de la Laguna, il futdécidé à la majorité des voix que la province de Monte-Video voulait être annexée au royaume du Brésil, mais sous la condition que le gouvernemert y entretiendrait 6000 hommes de troupes européennes pour la protection du pays, condition d'autant plus difficile à remplir que le pays ne pouvait les nourrir, et que les garnisons qu'on y envoyait n'aspiraient qu'à en partir. Mais le gouvernement n'en a pas moins confirmé ou acceplé la délibération des habitans, en déclarant que le territoire de celle province était incorporé aux royaumes unis du Portugal, du Brésil et des Algarves, décision qui n'a pas reçu l'assentiment des cortès de Lisbonne (1). A la fin de l'année, les cortes s'occupaient de faire une nouvelle division da royaume, partagé jusqu'ici en 44 comarcas, où il régnait entre les différentes juridictions civiles, militaires et ecclésiastiques, entre les pouvoirs administratifs, judiciaires et financiers, une confusion dont aucune autre nation civiliséc n'offre l'exemple.

Telle était la situation du Portugal, qu'à ne consulter que les apparences, la révolution s'y opérait avec calme, avec une grande majorité de sentimens, comme par l'effet de la haine d'une influence étrangère qui avait long-temps humilié lecaractère national, écrasé

(1) On sait que, par un décret postérieur qui annula celte décision, les cortes ont décidé la residiation de Monic-Video.

le commerce et paralysé l'industrie : mais il s'y manisestait pourtant déjà une opposition réelle, annoncée par des arrestations, comme celle du patriarche de Lisbonne, par des émeutes populaires, par des apparitions de bandes de brigands sur plusieurs points, par des destitutions, par des changemens fréquens dans l'administration publique, et même par l'exaltation des principes dans les cortès, ou de grands lalens se sont d'ailleurs développés.

A l'égard des puissances étrangères, les relations du Portugal étaient comme suspendues. Les cours de Vienne, de Naples et de Turin avaient déclaré qne, quoiqu'elles reconnussent les ministres de S. M. T. F. nommés avant le 24 août, elles étaient résolues de ne pas reconnaître le gouvernement actuel ; et l'Angleterre, dissimulant des pertes et des injures, la probibition de ses produits et le renvoi de ses officiers, semblait altendre le résultat d'une querelle mal décidée pour en tirer un bénéfice très-probable dans toutes les chances possibles de celle nouvelle révolution. On ne peut autrement expliquer son silence. .

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Grande-BRETAGNE. — Suites du procès de la reine. — Retraite de M. Canning.

Association constitutionnelle — Ouverture de la session du parlement. Discussion de l'adresse. — Pétitions et vote d'une annuité pour la reine. Motions sur les affaires d'Italie. — Bill en faveur des catholiques proposé par M. Plunkett, adopté par les communes, et rejeté par la chambre des lords. — Déclaration de lord Castlereagh sur les principes da congrès de Laybach. - Objets divers. - Rapport du comité d'enquête sur la détresse de l'agriculture. -- Budget.- Prorogation du parlement. — Couronnement du roi. - Réclamations de la reine rejetées par le conseil privé. - Céré monies du couronnement. - Départ du roi pour l'Irlande. — Mort de la reine. - Convoi de S. M., et troubles qu'il excite. - Arrivée du roi i Dublin.-Voyage en Hanovre -- Troubles en Irlande. Etat des Colonies.

Janvier. Les agitations excitées l'année dernière en Angleterre par le procès de la reine tenaient encore le ministère en éveil et les partis en présence. Dans tous les countés on rédigeait des adresses pour la défense de la reine, pour le rétablissement de son nom dans la Liturgie, et contre le système des ministres, qui firent exécuter rigoureusement l'ordre du conseil (12 février 1820) qui l'avait rayé même de la Liturgie de l'église d'Écosse, quoique non soumise à la suprématie du roi. M. Canning , dont la sortie du ministère était annoncéc dès l'année dernière, à cause de son opposition au bill des peines et amendes, fut alors remplacé dans la présidence du bureau de contrôle par l'honorable M. Bragge Bathurst. Mais, quoique privé d'un homme habile, le ministère d'un poursuivit pas moins sa marche, appuyé par la portion considérable et riche de la nation , d'où il sortait aussi des adresses de félicitation en opposition à celles des partisans de la reine sur le système politique du ministère,

Il se forma vers cette époque à Londres, dans la haute classe de la société, une association dite constitutionnelle, dont le bat avoué était ; eo de réunir tous ses efforts pour maintenir le bon

ordre et pour seconder la juste exécution des lois ; 2° d'employer toute son influence, individuellement et collectivement, pour décourager et empêcher la propagation des principes déloyaux et séditieux ; 3° d'encourager les littéraleurs intègres et habiles å exercer leurs talens pour résuler les sophismes, dissiper les illusions et dévoiler les fausselés que des malveillans emploient pour égarer le peuple ; 4° d'avoir recours aux mesures légales qui seraient jugées convenables pour restreindre la publication et la circulation des libelles impies ou séditieux.:

Cette association , qui répond sous quelques rapports à celle des bonnes lettres instituée à Paris en 1819, si ce n'est qu'elle s'arrogeait les fonctions réservées en France au ministère public, fut, comme on le pepse bien, l'objet de vives réclamations. On la dénonça au parlement conime inconstilutionnelle, séditieuse, et réu. nissant tous les vices d'une inquisition. Mais toujours défendue par le ministère, elle n'en a pas moins poursuivi plusieurs écrits, dont les auteurs ont été condamnés à des peines plus ou moins graves.

23 janvier. Jamais le ministère brilannique n'était entré dans une session avec plus d'ennemis et d'ipeertitude réelle de son sort que dans celle qui s'ouvrit le 23 janviers Le roi, qui en fit l'ouverture en personne, annonça dans son discours l'assurance des dispositions amicales des puissances étrangères envers la GrandeBretagne, la contingation de la paix pour son peuple, l'accroissement du revenu public, l'intention où il était de proposer de nouveaux arrangemens pour le traitement de la reine , et l'indispensable nécessité de fortifier l'obéissance aux lois et aux institutions, sources de la prospérité et de la gloire nationales.

La rédaction de l'adresse en réponse à ce discours donna lieu dans les deux chambres aux plus vives discussions, surtout quant aux affaires d'Italie ( 23-24 janvier). Le comle Grey s'éleva contre le système politique des ministres, « La mesure des souverains de sommer le roi de Naples de se présenter à Laybach devant un tribunal constitué de sa propre autorité, dit-il, afin de répondre pourquoi il a donné la liberté à ses peuples, m'a rempli d'éton

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