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Il restait encore, après la dissolution de l'armée, un petit corps d'hétairistes du côté du Pruth, sous le capitaine Anastase : attaqué et balta å Stinka, sor la frontière russe, par un détachement du corps du pacha d'Ibraïl, il passa le Pruth à la nage, et après une belle défense , il iroava un asile chez les Russes.

Toute la Moldavie resta au ponvoir d’Ismaïl-Pacha , qui fit son entrée à Jassy, le 26 juin, avec 12,000 hommes.

Ici on peut regarder la rérolution comme finie dans les deux provinces. Mais alors commence une guerre nouvelle qu'on trouverait plus glorieuse pour les guerriers qui y prirent part, s'il était possible d'en donner les détails. Les capitaines de bandes , Ghiorgaki et Pharmaki, rassemblant les hélairistes et qnelques Arnautes échappés à la défaite et aux défections, commencèrent avec eux une campagne de guérillas dans les montagnes, dans les forêts, dans des courens fortifiés où ils se défendirent en désespérés, comme à l'action du convent de Slatina ( 25-26 juillet ), où ils tuèrent à l'ennemi quatre fois plus de monde qu'ils n'étaient de combatlans; à celle du couvent de Secka (24 septembre), après laquelle , pour contenter une populace suriense de leur résistance, on fit déca piter des individus sous leurs noms. Enfin telle fut leur intrépidité qu'ils occupèrent toute l'année vingt-cinq å trente mille hommes. D'abord on avait employé à leur poursuite les compagnons de Kaminari-Sawa, qui les avait trahis. Mais soit que l'on soupçonnât celui-ci de vouloir retourner au parti qu'il avait abandonné, soit qu'on voulût punir sa première trahison, on l'altira à Bucbarest (19 août), où il fut massacré avec les siens dans la conr du kiaya-bey, exécution atroce qui révolta ceux qui avaient survécu , et jeta dans le parti de la révolte plusieurs bandes qui n'y étaient pas entrées ; en sorte que, jusqu'à la fin de l'année, les deux provinces furent le théâtre des dévastations, des brigandages et de la férocité des Turcs asiatiques et des Tarlares Zaporescbans, malgré tous les firmans rendus pour les arrêter et les efforts de Salib-Pacha, nommé Seraskier, pacha d'Ismaïl en remplacement du féroce Jassuf, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Patras.

Annuaire hist. pour 1821.

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Śnite de la révolution en Crèce. - Sénat établi à Calamata. - Souleverpent

général. — Marine d'Hydra. – Prise d'Athènes. — Combat naval dans le golle Adramite. – Affaire d’Aywali. — Massacres à Sinyrne. — Arrivée de Démélrius Ipsilanti et Cantacuzine à Hydra et en Morée. – Divists parmi les Grecs. – Armement des Turcs. – Rrirlamations et notes de l'ambassadeur russe. - Son départ de Constantinople.

Nous n'avons fait, en commençant le recit de l'insurrection de Ja Morée, qu'en indiquer la cause générale et les premiers effets: il faut en reprendre le récit, en averdissant le lecteur, que dans celle campagne il ne faut pas s'attendre à trouver des opérations militaires faites sur un plan concerté et snivi, ni des batailles rangées, ni des siéges réguliers, comme on en voit dans les guerres modernes de puissance à paissance. Il ne s'agit ici que de soulèvemens de peuplades, réunies par l'ardeur de la vengeance , armées de mauvais fusils, de sabres, de frondes, de bâions ferrés ou de piques grossièrement fabriquées; leurs combats ne sont que des rencontres, où celui qui disparaît le premier du champ de bataille est censé vaincu jusqu'ii ce qu'il y reparaisse en vainqueur; less siéges ne sont guère que des blocus entrepris, quittés et repres; c'est une guerre faite sans ordre, sans discipline, sans aucun moyen de l'art militaire, où l'on ne peut saisir que des événemens, des faits isolés pour en composer la masse d'un tableau, bien confus à nos yeux. · A la nouvelle de l'insurrection du Péloponese, Chourschide Pacha , chargé de la guerre contre Ali, et dont l'autorité s'étendait, comme Séraskier de Romélie, sur tous les pachalicks de la Grèce, avait pris des dispositions pour en arrêter les progrès, el détaché quelques divisions de son armée devant Janina. L'une, mise sous le commandement de Jussuf-Sělim, ancien 'bey de -Sères, nommé récemment pacha de Négrepont, avait été dirigée par mer sur Patras, où l'on a vu qu'elle était entrée le 15 avri'. C'est le noyau de la résistance que les Turcs ont opposée à la révolle dans l'Achaïe. Une autre division, commandée par Hassan Pliassa, pacha de Bérat, était destinée à défendre l'Acarnanie, aussi menacée par les Souligleș. Omer bey Brioni , fait récemment pacba de Delvino, reçut une autre division de l'Epire, à laquelle il devait joiodre les levées de Thessalie, pour défendre cette province contre Odyssée, qui s'y porlait avec ses arınatolis pour les soulever. Ces deux officiers, tous deux l'année dernière sous les drapeaux d'Ali-Pacha , occupèrent tour à tour l'autique Hellade avec des succès divers. Leur campagne serait la plus intéressante à rapporter , si l'on pouvait en recueillir tous les matériaux.

Mahomet, ancien nazir de Drama, nommé gouverneụr de la Morée sous Chourschid, avait ordre de ramasser les forces de la Livadie, d'entrer dans le nord du Péloponėse, tandis que JussufPacha en soumettrait le midi. Ensin Achmed, pacha de Salonique, était chargé de la défense du golfe, des trois presqu'îles, des positions de Cassandra jusqu'au mont Athos, et de la Macédoine jusqu'au mont Olympe.

Un mois après que l'insurrection eut éclaté dans le Magne, elle s'élait étendue dans tout le Péloponèse et dans la Livadie. Les Turcs avaienų sor les Grecs l'avantage des armes et des positions militaires. Le clergé grec ne montrait pas partout la même chialeur que le prélat guerrier de Patras; mais à la nouvelle du mas-' sacre dy patriarche à Constantinople, le soulèvement fut général. Les prêtres, les moines et les évêques, se croyanl mepacés d'une estermination entière, levèrent l'étendard de la croix, et de toutes parts on débuta par le pillage, le meurtre et tous les excès d'une guerre d'extermination , où l'on ne voit qu'un moyen de salut pour les vaincus, celui de n'en pas attendre.

En Morée , Jussuf-Pacha, retranché à Patras , faişail des courses jusqu'à Corinthe et tenait en échec les insurgés de l'Achaïc et de l'Arcadie. Toutes les villes fermées ou les forteresses étaient au pouyoir des Turcs , qui y avaient retiré leurs familles, leurs munitions, leurs armes et leurs trésors, surtout à Tripolitza , où le Kiaya de Choprschid, plusieurs beys, e cinq à six mille familles

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musulmanes s'étaient jetés au commencement de la rérolte. Dans quelques villes ouvertes, comme Argos, il s'établit des municipalités ou même des sénals, composés, ainsi que celui de Calamala , de chefs notables ou prélats du pays.

En Epire, en Etolie et en Acarnanie, les Soulioles réussirent, en entrant en campagne, à couper les communications de Chourschid avec ses lieutenans. Les Etoliens, conduits par Jongos, et les Acarnaniens par les frères Hyscos, forcèrent Hassan-Pacha à se renfermer dans Arla, et la place de Salone tomba au pouvoir des insurgés.

En Thessalie, l'archimandrite Anthime Gazis était à la tête de quaire à cinq mille hommes, et de l'autre côté de la péninsule, Athènes voyait une municipalité, sous le nom pompeux d'arénpage, établie dans son sein, dès les premiers jours de mai. Les Turcs , se jugeant trop faibles pour tenir dans la ville, avaient envoyé leurs saniilles à Négrepont, et s'étaient réfugiés dans l'Acropole. Nous passons rapidement sur la première partie de l'insurrection, dont les récits sont trop confus pour nous y arrêter.

Farrêter. La guerre maritime offre plus d'ordre et plus l'ensemble, parce qu'elle était dirigée par le conseil des navarques, espèce d'amiTaulé qui mit beaucoup de zèle à l'équipement des flottilles, el même à empêcher la piralerie qui commençait à se faire sous se pavillon. Dans une proclamation publiée à ce sujet, le sénat d'Hidra recommande aux marins la prudence, la concorde et le respect pour les droits des nations, annonçant que « si quelque in« sensé venait à porter atteinte à la liberté d'un individu ou d'un « bâtiment, soit grec, soit d'une puissance neutre , 'il serait re« gardé comme ennemi de la nation et poursuivi comme tel..,

Jusqu'au mois de juin il ne se passa aucun événement maritime important. Samos s'était déclarée, comme plusieurs autres îles, pour l'indépendance. Celte ile, peuplée de Grecs cultivateurs au nombre de 30 à 40 mille , n'avait pour la garder qu'un cadict quelques janissaires, sans artillerie , sans munitions, sans forts. Des que

les Samiens s'insurgerent, le cadi , les janissaires et les Tures qui - y étaient établis furent massacrés. Ils y exerçaient des vesations

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insupportables; la vengeance fut horrible, et c'est la première cause des atrocités commises à Smyrne et suç les côtes de l'Asie mineure. Mais dès-lors les Samiens se préparèrent à repousser les hordes asiatiques si elles se présentaient. Ils établirent 'un conseil d'anciens pour le gouvernement de l’ile ; ils envoyèrent des, députés à Ipsara ; ils en reçurent de l'artillerie; ils fortifièrent'le port et la ville de Valli, et organisèrent à l'européenne un corps de cinq à six mille hommes, que les émigrations de l'Asie mineure ont considérablement augmenté. . . . . . ..! !

L'insurrection embrassait déjà toute la Grèce, et les Turcs n'avaient encore équipé qu'une division de la flotte destinée à la combattre. Ceile escadre, mise sous le commandement du contreamiral Tombek-Zade-Ali-Bey , était sorte de deux yaisseaux de ligne, trois grosses frégates, cinq bricks chargés de troupes de débarquement. A la sortie des Dardanelles, le 19 mai, elle trouva une flottille grecque, qui, par la sapériorité de sa voilure et de ses manæuvres, put observer sa force sans s'exposer au feu de ses citadelles flottantes. Arrivée au cap Ténédos , elle en rencontra une autre qui se lint éloignée comme la première ; mais les Grecs n'avaient pas l'intention d'éviter toujours le combat, quelque inégal qu'il parût; ils s'y étaient préparés ; ils avaient converti dix-huit de leurs petits navires en brûlots; ils suivaient la flotte ottomanç avec précaution, n'attendant que le moment de la surprendre dans unc position favorable à leur plan d'attaque. L'ignorance des marins turcs he larda pas à la fournir, .

Le 8 juin, comme leur escadre était au mouillage de Mytilene, allendant celle du capitan pacha qui devait la suivre, Tombek-Zade, isquiet de ne pas la voir paraitre, ordonna å un vaisseau de 74 de s'avancer vers les Dardanelles pour y prendre des informations

sur ce retard, et reconnaître les dispositions de l'enneini. La flottille • grecque en observation le laissa passer jusqu'à ce qu'il fût assez loin

de la flolle pour qu'elle ne pût le secourir ; ses vaisseaux légers et fins voiliers le suivirent. Arrivés entre Mylilène et Ténédos, ils manæuyrèrent comme pour l'envelopper : effrayé de cette mabauvre, le capitaine dure essaya de s'infuocer dans les caux du golle

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