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Grands événements de la fin du xve siècle. Réforme religieuse.

Tentative de réforme littéraire. Décadence de l'Université de Paris. – Collége de France. - Lutte contre la scolastique.

Ramus. - Les Jésuites. Le collége de Clermont à Paris.

Si l'âge que nous quittons a présenté les premiers symptômes d'une décadence visible de la scolastique et de l'Université de Paris, il nous a laissé entrevoir aussi l'aurore d'un jour nouveau

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qui se levait sur les études et sur l'éducation nationale.

Des événements d'une portée incalculable avaient rempli la seconde moitié du xve siècle.

En 1453, Constantinople tombait au pouvoir des Turcs. Toute une colonie de savants grecs, échappant aux vainqueurs, s'enfuyaient de l'Orient avec leurs trésors, c'est-à-dire avec les manuscrits de Platon et de tous ces grands écrivains qui avaient fait la gloire de l'antiquité. L'Italie, qui avait déjà profité des leçons de Chrysoloras (1), recueille les Lascaris, les Chalcondyle. Rome et Florence s'enrichissent d'une émigration féconde. Léon X, achetant cinq cents ducats d'or les Annales de Tacite, qu'on venait de retrouver chez de pauvrés moines de Westphalie (2), prévient et suscite le mouvement littéraire du règne de François Ier. L'antiquité grecque, jusqu'alors plutôt soupçonnée que possédée en France, apparaît comme une de ces fées du moyen-âge , qu'elle vient détrôner cependant, dont la baguette changeait des pierres brutes en brillants palais. Un élan d'enthousiasme emporte les esprits vers les sources merveilleuses

(1) Ginguené, Hist. lill. d'Italie, t. III, p. 261.
(2) Filon, Hist, du xvie siècle, l. II, 1. IV, p. 503.

du grand et du beau littéraire. L'érudition commence à perdre sa sécheresse, à se dépouiller de sa rouille barbare. Un peu plus tard, cet élan mal réglé se ralentit; le génie gaulois s'altère, surtout dans la poésie; la copie usurpe violemment le rôle de l'invention personnelle ; les restes de cette originalité native qui inspirait les troubadours et les trouvères semblent se perdre et s'effacer dans une intolérante imitation.

Presqu'au même instant, en 1457, un livre (1) le premier imprimé avec date, paraît à Mayence, et révèle au monde le secret de l'imprimerie, découvert par le génie de trois Allemands (2). «L'imprimerie, a dit M. Villemain, fut inventée à l'époque précise où elle était le plus nécessaire, et sans doute parce qu'elle l'était (3). » La France reçoit, en 1469, l'instrument dont elle devait faire un si puissant usage. La tyrannie ombrageuse, mais intelligente, de Louis XI, accueille avec faveur et défend contre le parlement, contre l'opinion qui s'effraie du prodige, les hommes qui apportent à

(1) Le Psalmorum codex.

(2) Gutenberg, Faust ou Fust, et Scheffer. – V. l’Essai sur la Typographie de M. Ambroise Firmin-Didot, 1851, et l'Ilist. de l'Imprimerie de M. Paul Dupont, 1854, t. I.

(3) Lascaris, notes.

la France ce redoutable affranchissement de la pensée (1). Les æuvres du génie antique, les inspirations de l'esprit moderne, tout est garanti désormais de la ruine et de l'oubli. Le faux et le vrai vont se répandre sans obstacles, sans limites; l'erreur a conquis des armes nouvelles, et elle s'en servira avec un succès funeste (2); mais la vérité croîtra aussi en lumière, en puissance; la Providence, qui n'est jamais absente des affaires humaines, saura bien, en définitive, fixer la victoire sous le drapeau de la vérité.

Enfin, et c'est ce grand événement qui ferme le xve siècle, un nouveau monde est trouvé, en 1497, par le Génois Christophe Colomb. Les imaginations sont ébranlées, en même temps que les intelligences s'emparent d'un levier irrésistible. Il semble que toutes les forces de l'esprit humain s'émancipent à la fois et se précipitent à la conquête de l'inconnu.

Nous entrons dans un siècle qui va ressentir tous les contre-coups de cet ébranlement du monde

(1) V. l’Addilion à l'hist. du roi Louis XI, ch. VII, dans le Supplément de Naudé aux mémoires de Comines.

(2) C'est cette crainte qui poussa le pape Alexandre VI à fonder la congrégation de l'Index, comme une digue opposée à l'inondation des mauvais livres.

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