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Mais l'infâme génie, auteur de tant de crimes,
Veut s'enivrer encor du sang de ses victimes ,
Profaner la Justice et corrompre son cours ,
Aux pieds fouler nos droits, disposer de nos jours...
A l'ordre est la terreur, le meurtre, le délire;
Le crime seul triomphe... et l'innocence expire!!..
D'un Prince infortuné voulant vaincre le sort,
Malesherbes s'illustre, et rencontre la mort!..
Combien d'autres martyrs, que la gloire environne,
Parmi les défenseurs des droits de la couronne,
Succombent tour à tour dans ces scènes d'effroi,
Pleins d'un saint héroïsme, expirant pour leur Roi?...
Ah ! si cet acte heureux de la sagesse humaine ,
Qu'inspirait aux mortels l'équité souveraine ;
Si la loi du Jury , la plus sainte des lois ,
Eùt éclairé le sort du plus juste des Rois ,
Si la France plaintive, en Jury réunie,
Eût jugé l'innocent , puni la félonie ,
Aurions-nous à gémir sur ce funeste jour,
Où le crime immola l'objet de tant d'amour?
Louis, environné de gloire et de tendresse
Serait encor pour nous un sujet d'allégresse.
Ah ! qui ne fut alors glacé de tant d'horreurs?
Qui ne fut consterné ? qui ne versa des pleurs ?
Honneur aux citoyens , dont la vertu sublime
Disputait aux bourreaux la royale victime !
Interprètes sacrés d'un peuple généreux,
Ils couraient à la mort, lorsqu'ils luttaient contr'eux!...

Ils voulaient des vertus rétablir l'harmonie;
Que la France à jamais bénisse leur génie !
Pour repousser le crime et ses traits odieux
Un Jury populaire enflammait tous leurs voeux ;
Cet appel à l'amour, qu'inspirait un bon père,
Fut applaudi du ciel et de la France entière:
Sur le crime on crut voir déjà plauer la mort,
Le juste se venger des atteintes du sort:
C'est dans cette attitude, où maitre de lui-même,
Qu'un peuple trouve en soi la justice suprême,
Qu'on se plaît à bénir ces instituts pieux,
Dont l'équipé constante est agréable aux dieux :
Le ciel aime à sourire à ces aréopages ,
Dont les simples vertus sont les seuls apanages ,
Où l'homme exempt de haine, indulgent pour l'erreur,
En condamnant le crime a pitié du malheur ;
Mais qui plaint le coupable et punit son offense,
S'enflamme pour le juste en prenant sa défense :
Les vertus de Louis, sa bonté, ses bienfaits
Etaient un talisman sur le coeur des Francais :
Sa candeur éloquente, anguste, magnanime,
Dans un beau jour de gloire eût triomphe du crime!..
Ciel ! immoler un prince, objet de tant de veux ,
C'est léguer l'infamie à nos derniers neveux!...
Mais son digne héritier, loin d'armer la vengeance,
Comble l'abîme onvert , prêt d'engloutir la France;
Et, marchant sur les pas du chef de ses ayeux,
Nous ramène la paix et l'amitié des dieux.

( 6 )
Souris, Fille du ciel, au sujet qui l'inspire;
Louis va parmi nous rétablir ton empire :
Révèle à son esprit le secret important
D'offrir à l'innocence un triomphe éclatant :
Que ces actes d'horreur, issus de tant de crimes,
Ces lois teintes du sang d'innocentes victimes,
Retombent dans la fange à la voix d'un Bourbon,
Dont la vertu sublime illustre encor le nom :
Si la raison par fois , au milieu des tempêtes,
Remporta sur l'erreur d'importantes conquêtes ;
Si, luttant, à son tour, contre les passions ,
La sagesse ennoblit nos institutions,
Tantôt le fol orgueil, ou le crime en délire ,
Tantôt la tyrannie , exerçant son empire.,
Vint usurper nos droits , empoisonner nos coeurs,
Outrager la justice et corrompre nos moeurs...
Sous ce funeste empire, une loi juste et sage
Reçut , dans son essence,

criminel

outrage ;
Et bientôt le Jury, déchu de sa splendeur,
Offrit peu d'espérance aux larmes du malheur;
Alors le despotisme, à la forme effrayante ,
Renversait à ses pieds la liberté mourante ;
Des lâches , pour de l'or, ou des titres pompeux ,
Prévenaient les désirs d'un tyran ombrageux.
Malheur à la vertu, malheur à l'héroïsme,
Quand la Justice enfante ou sert le despotisme!
Héros, dont les vertus brillaient dès le berceau,
Qui t'a plongé, d'Enghien, dans la nuit du tombeau ?...

un

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N'ont pu

des coups

Douze sages,

L'ascendant des grandeurs, l'éclat de la naissance

du crime écarter l'innocence!... Grand Dieu! pour obtenir des titres, des honneurs, Des Français ont osé commettre tant d'horreurs!...

Victime trop souvent de la vengeance humaine, Jadis un citoyen, poursuivi par la haine, Rencontrait, sans frémir, auprès de ses égaux, Un baume pour son coeur, un terme pour ses maux :

choisis

par le peuple lui-même, Eclairaient, sans orgueil , la justice suprême, Offraient au prévenu la chance des débats, Quand même ils l'accusaient de crime ou d'attentats. Sage institution, ta forme secourable Rassurait l'innocence, effrayait le coupable ; L'un redoutait le sort d'un arrêt allarmant , L'autre seul obtenait un triomphe éclatant: Vers un autre Jury, le crime, plein de crainte, De la loi vengeresse allait subir l'atteinte; Alors les magistrats, attentifs et discrets, Eclairaient les jurés sans dicter leurs arrêts. Depuis ce jour, quel gage un perfide génie Offrit à l'innocent contre la calomnie? Le plus souvent, hélas ! des fers et des cachots, L'infamie, ou la mort, pour comble de ses maux! Qui n'a vu , plein d'effroi, l'honneur et la vaillance, De l'ascendant du crime éprouver la vengeance? La candeur innocente, et les cæurs généreux, Implorer, mais en vain , la justice des cieux ?...

O toi, dont le nom seul rappelle tant de gloire,
Héros cher à la France autant qu'à la victoire,
Devais-tu donc, au gré d'un tyran odieux,
Expier dans l'exil tes exploits glorieux ?...
Ah ! si des sentimens, que le crime te prête ,
Un Jury populaire eût été l'interprète,
Loin d'outrager en toi l'honneur de nos guerriers,
Il eût à la couronne uni d'autres lauriers ;
Voulant flétrir ton nom, que tant de gloire illustre,
La haine à tes vertus offrait un nouveau lustre

i
Elle t'ouvrait la route à de nouveaux honneurs ;
En sauvant ton pays, tu vengeas tes malheurs ;
Sous l'heureux ascendant des fruits de ton génie ,
Un conquérant fameux, dont l'audace impunie
Epouvantait les rois sur leurs trônes divers ,
Va bientôt de sa chute étonner l'univers ...
Sous son sceptre d'airain , la France est asservie ;
Son Prince est dans l'exil, sa liberté ravie :
Tu reviens, comme un dieu , briser le talisman,
Qui soumet ta patrie à l'orgueil d'un tyran.
Qui pouvait l'arracher d'un pareil esclavage ?
Un héros, dont la gloire eut la vertu pour gage,
Et dont le caractère, autant que la valeur,
Pût imposer aux rois un pacte en sa faveur :
L'Europe , si longtemps soumise , tributaire,
Moreau, te doit la paix, et la France un bon père.
Que n'es-tu parmi nous pour faire aimer nos lois,
Aider de tes conseils le plus juste des rois.

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