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Harvard College Library

April 15, 1913.
Outting fund.

RIPRAKY

DE LA

SOCIÉTÉ DES SCIENCES

HISTORIQUES ET NATURELLES DE L'YONNE.

Année 1869.

I.

SCIENCES HISTORIQUES.

RECHERCHES HISTORIQUES

SUR LA PUISAYE, SAINT-FARGEAU, TOUCY

ET LEURS SEIGNEURS DE LA MAISON DE BAR (1)

(XIII, XIV ET XVe SIÈCLES)
Par LE DOCTEUR P.-J.-E. DE SMYTTÈRE (DE Cassel).

L'histoire d'une contrée n'est souvent

que celle de ses seigneurs.

Ayant terminé nos travaux historiques concernant Jeanne de Bretagne, femme de Robert de Cassel, au xive siècle, duquel seigneur nous avons eu l'honneur d'entretenir dernièrement la Société des Sciences d'Auxerre, nous sommes

(1) Nous prions, avant tout, nos honorables lecteurs et collègues de nous excuser en ce qui concerne le style du présent opuscule. On pourra remarquer, comme aux précédents, qu'll est, à la rigueur, parfois incorrect et fautif. Tout cela ne serait sans doute pas arrivé, dans cette rédaction, un peu pressée, si notre origine n'était pas flamande. Certaines phrases de nos écrits se ressentent malheureusement trop des habitudes de notre jeune âge et de la langue maternelle toujours chère ; mais nous dirons avec Ovide :

Da veniam scriptis quorum non gloria nobis
Causa, sed utilitas officiumque fuit.

arrivé à Iolande, leur fille, comtesse de Bar et dame de Cassel, dont nous avons de même entrepris d'étudier l'intéressante histoire, comme celle de ses descendants de la maison de Bar, aussi seigneurs de Cassel (1).

Par nos récentes recherches nous voyons que dans les cartulaires dits de la Dame de Cassel, conservés aux archives départementales de Lille, il est surtout question des actes administratifs et féodaux de cette Iolande de Flandre. Ils sont pour la dernière moitié du même xive siècle.

Un de ces carlulaires, le premier pour Iolande, et portant le n° B. 1574, renferme des documents qui concernent la Puisaye (2) et Saint-Fargeau, ville alors en quelque sorte le chef-lieu féodal de sa partie occidentale. Le troisième de ces cartulaires en contient aussi quelques-uns.

C'est qu'en effet, vous le savez, Messieurs, Iolande dont il s'agit, petite-fille d'Iolande ou Hyolenz de Bourgogne, comtesse de Nevers, et qui fut quelques années comtesse d'Auxerre, vers la fin du xu siècle, administra assez long

(1) La maison de Bar, c'est-à-dire la maison comtale des gouvernants du Barrois. - La petite Province de Bar, faisant aujourd'hui partie du département de la Meuse, était bornée, au levant par le pays Messin, le Toulois et la Lorraine ; au couchant, par la Champagne; au septentrion par le duché de Luxembourg, et au midi par la Franche-Comté. Sa longueur était de 32 licues sur 16 de largeur; mais il est à observer que le Toulois et le Verdunois y étaient enclavés sans en être pour cela dépendants. Ses principales rivières sont la Meuse, la Moselle, l'Aire, la Saux et l'Ornain.

C'est dans la ville haute de Bar-le-Duc, capitale du Barrois. qu'était le château de la maison souveraine de Bar.

(2) Cette contrée touchait au Gatinais-Orléanais et aux confins de l'ancien pays chartrain, auquel la Puisaye était en partie annexée à son côté sud-ouest.

La Puisaye (pays de Puysaie ou puysaye, puisoye), réunion temps, comme dame suzeraine et douairière, le pays boisé et montagneux de Puisaye (1), situé à la droite de la HauteLoire, et appartenant à l'ancien diocèse d'Auxerre.

Ce précieux registre concerne l'année 1370 et les suivanles, jusqu'en 1383. Il en a déjà été question dans notre petit mémoire sur les archives de Lille regardant la Bourgogne et Auxerre, lu à la société scientifique de l'Yonne, et qui a eu l'avantage d'être imprimé dans son bulletin de 1865.

Si nous ne présentons, aujourd'hui, que les derniers actes de la comtesse de Bar, Iolande, c'est que les précédents, qui concernent la terre de Puisaye, se trouvent sans doute consignés dans des archives autres que celles de Flandre, telles que les chambres de dépôt d'anciens documents de Bar ou de

principalement des cantons actuels de Saint-Fargeau et de Bléneau, de l'arrondissement de Joigny; puis, en grande partie, des cantons de Toucy et de Saint-Sauveur (a), de l'arrondissement d'Auxerre, avec d'autres localités seigneuriales, contigues du Nivernais, etc. La contrée puisoyenne se distingue par un sol spécial aquatique et accidenté appartenant aux terrains secondaires. On compte là 21,368 hectares de forêts sur une contenance totale de 73,436 hectares. Ce pays était encore bien plus boisé autrefois.

On distinguait ce pays en Puisaye mouvante ou dépendante d'un fief, et en Puisaye non mouvante. Nous y reviendrons.

(1) L'étymologie du mot Puisaye vient de Puy, nom ancien signifiant montagne en langue celtique, et Say : forêt. Du moins, des écrivains interprétent ainsi le nom de cette antique contrée, la terre classique des vallées ombragées et de la solitude.

« La < Puisaye, qui a quelque chose de vague et de mystérieux, dispo-< sant l'âme à la méditation, et l'invitant, en quelque sorte, à « pénétrer les secrets dont elle s'enveloppe (M. Déy). »

(a) Saint-Sauveur a une partie de son territoire située en dehors de la Puisaye, c'està-dire la Forterre, contrée montueuse, calcaire et sans eau,

Nancy, par exemple. Les archives impériales de Paris en possèdent aussi, peut-être même y en a-t-il à Auxerre?

La Dame Iolande, dont il s'agit, fut mariée à Henri, te du nom, comte de Bar, dès 1340; et comme celui-ci mourut quatre années après cette union contractée, il est certain qu'elle gouverna dès 1344 les domaines du feu comte, comme tutrice de ses deux fils et comme douairière. Il doit indubitablement être reste des traces de ces premiers temps de son veuvage.

Avant d'énumérer les sommaires d'actes administratifs de douze années, à peu près, d'Iolande de Flandre, qui ont rapport à la Puisaye, appelée comté en ce temps, ainsi que le Père Anselme nous l'apprend, qu'il nous soit permis de dire, d'abord, quelques mots sur ce pays et sur la manière dont cette terre et la seigneurie de Saint-Fargeau (Saint-Fargeol ou Ferréol), arrivèrent avec Toucy à l'antique et illustre mai. son de Bar (1),

Disons de nouveau que, dans l'ignorance de l'histoire locale, et encore étranger å l'Auxerrois il y a peu d'années, nous nous demandåmes si le pays, dit de Puisaye, n'était pas parvenu aux gouvernants de Bar par succession, après madame Marguerite de Bourgogne, comtesse de Tonnerre dès 1273, et jadis reine de Naples et de Sicile par Charles, comte d'Anjou, frère de Saint-Louis.

Cette bonne princesse, mariée en 1268, mourut en 1308

(1) En 951, Frédéric, comte de Bar, épousait la sour d'Hugues Capet, qui était nièce de l'empereur Othon-le-Grand. Tous les comtes et ducs de Bar se distinguèrent, dans la suite, d'une manière fort honorable soit dans leurs administrations comtales et seigneuriales, soit dans la guerre. Leurs alliances furent aussi des plus nobles et mêmes royales parfois.

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