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laissant Robert de Cassel, son neveu, père d'Iolande de Flandre, héritier en partie de ses biens, avec le frère aîné de celui-ci, Louis I, comte de Nevers.

Quant au comté de Tonnerre, il fut donné par elle à un autre neveu, Guillaume de Châlon, né de sa suur Alix, comtesse d'Auxerre, et qui lui succéda aux susdits comtés. On sait que Robert de Flandre avait déjà obtenu de sa vénérable tante, seur cadette d'Iolande de Bourgogne, comtesse de Nevers (1), et dès 1292, (sept années après la mort du roi son mari), tous ses domaines du Perche, tels que Montmirail, Alluye, Brou, la Bazoche, etc., moyennant deux mille livres de rente. C'était là une raison pour nous de penser que la Puisaye pouvait avoir été dévolue à Robert par le même testament de cette comtesse (si ce pays, voisin du Nivernais, cût été à elle), et qu'elle était échue ensuite à Iolande, la fille unique de ce prince de Flandre: c'était une erreur.

Faule de renseignements, nous nous sommes aussi demandé si la Puisaye la plus restreinte n'était pas parvenue, directement à Robert de Cassel par sa mère Iolande, comtesse de Nevers, femme en secondes noces du comte de Flandre Robert III. Mais ces suppositions plausibles étaient aussi sans bases solides ; elles se sont évanouies devant les faits officiels étudiés depuis. Des documents positifs nous prouvent clairement, enfin, que la Puisaye, Toucy et Saint-Fargeau

(1) Nous nous sommes occupé de cette comtesse Yolande ou Hyolenz, fille aînée d'Eudes de Bourgogne, à propos des armoiries d'Auxerre et de Nevers. Voir nos Recherches historiques à ce sujet, insérées dans le Bulletin des sciences de l'Yonne, du deuxième semestre de 1866,

sont entrés dans la maison comtale de Bar d'une toute autre façon, et dès le commencement de la seconde moitié du Xile siècle, c'est-à-dire par le mariage de Jeanne de Toucy, l'une des filles de Jean fer (1) avec le comle du Barrois, Thibaut II, mariage qui s'accomplit en l'année 1255, selon divers auteurs.

Nous ne pouvons, du reste, affirmer que celle Jeanne, que beaucoup appellent baronne de Toucy, apporta au susdit comte de Bar la contrée entière de Puisaye, avec d'autres localités importantes, situées particulièrement vers son côté nord-ouest, par exemple; car il est prouvé que, à plusieurs époques, ce pays a varié d'étendue conventionnelle. Il fut subdivisé, même avant Jeanne de Toucy; lors du partage de famille que fit cette dame, il le fut encore davantage, mais momentanément, comme nous le verrons plus loin.

Au xvne siècle, la Puisaye, avec ses annexes, située au sud-ouest du département de l'Yonne, avait une étendue de huit lieues et plus de longueur, sur quatre à cinq lieues

(1) Onzième seigneur de Toucy et Saint-Fargeau qui n'eut pas d'héritiers mâles.

La maison de Toucy avait en un temps pour armoiries, comme suit:

« De gueules, à trois pals de vair, au chef d'or chargé de a quatre merlettes de gueules. » (Père Anselme). Voir planche I, fig. 2.

OBS. : Ces armes sont semblables, sauf les merlettes, à celles de Châtillon. On sait que Gauthier de Châtillon, comte de Nevers au XII° siècle, était fils de Gui de Châtillon, comte de Saint-Paul et d'Agnès de Donzy, héritiers de Pierre de Courtenay, et qui possédaient aussi le comté d'Auxerre. P. Palliot dit, page 647, que de Torcy (sic) portait comme de Châtillon ; reste à savoir quel rapport de famille avec Toucy existe-là ?

de largeur (1), étant bornée en partie à l'occident par l'Orléa nais et au sud par le Nivernais et les grands bois du Donzillois (2).

La Puisaye, à laquelle nous donnons des limites un peu arbitraires, était jadis beaucoup plus étendue, et fut, à une époque, tout entière entre les mêmes mains.

Ainsi, dès la seconde moitié du Xe siècle, la terre de SaintFargeau, avec le domaine de Puisaye en partie, se trouvait réunie à la baronnie de Toucy. Mais elle n'en était d'abord qu'une dépendance. Plus tard, cet ensemble forma un tout plus uni, pendant nombre d'années.

Nous n'avons pas à nous occuper longuement de ce pays au temps de ses premiers seigneurs, tels qu'Héribert (3) au xe siècle.

On sait que ce fils naturel du duc Hugues-le-Grand, frère de Hugues Capet, et évêque d'Auxerre, en fut possesseur. C'est lui, vers la fin du Xe siècle, qui fit construire, selon

(1) Dict. de France de R. de Kesselin, 1771.

(2) Une circonscription approximative de cette petite contrée au milieu du xvio siècle, a été calculée par M. Ch. Blanché dans son mémoire sur la Puisaye agricole, inséré dans l’Annuaire de l'Yonne de 1867; il y compte 29 communes seulement du département de l'Yonne, c'est-à-dire les cantons de Saint-Fargeau et de Bléneau en entiers puis dix communes de celui de Saint-Sauveur et huit de celui de Toucy. D'autres localités de l'ancienne Puisaye sont maintenant des dépendances de la Nièvre (canton de SaintAmand) et du Loiret, dans lequel département son territoire s'avance jusqu'au canal de Briare.

(3) Cet Héribert avait pour aïeul maternel Raoul ou Rodolphe, soixante-seizième roi de France (923 à 935) qui était comte d'Auxerre et qui fut enterré dans l'église de Sainte-Colombe de Sens. Landry, comte d'Auxerre et de Nevers, lui succéda dès 992. l'opinion générale, le château-fort de Saint-Fargeau comme celui de Toucy. D'autres évêques suivirent Héribert dans les droits et la jouissance de l'administration seigneuriale de cette contrée.

Ythier de Narbonne fut le premier seigneur laïque ou temporel des domaines de Puisaye et de Toucy, vers le milieu du xie siècle. Il prenait le titre de seigneur de Toucy, de SaintFargeau et pays de Puisaye.

Ythier I, avait choisi pour manoir féodal le château de Toucy : on le qualifiait de sire de Toucy; il fut la souche de cette maison, aussi réputée illustre (1).

Son successeur, Ythier II, mourut en 1097 en Terre-Sainte, pendant la première croisade.

Vers le milieu du xie siècle, Ythier, troisième du nom, était, selon le père Anselme, maitre de Toucy et de SaintFargeau, comme cinquième seigneur. Ce sire alla aussi guerroyer en Palestine.

Après lui on voit Ythier IVe du nom, fils de Narjot II. Il fut marié à Agnès de Dampierre, fille de Guy. Cet Ythier s'intitulait, comme son père, seigneur de Toucy, de Perreuse, de Saint-Fargeau et du pays de Puisaye, qui, selon certains auteurs, avait alors le titre de comté (2).

Ythier V, vicomte d'Auxerre, lui succéda avec les mêmes titres jusqu'en 1218. Enfin Jean Jo', seigneur de Toucy et de

(1) Ce fut à l'époque où se forma la Société féodale,que s'établit, par une sorte de fédération, la mouvance des fiefs, c'est-à-dire la féodalité, mot provenant de foi ou fé que les vassali promettaient à leurs suzerains.

(2) M. Déy dit cependant que la terre de Saint-Fargeau et du pays de Puisaye ne fut érigée, pour la première fois, en comté, qu'au xvre siècle.

Puisaye, épousa, après 1220, Emma, dame héritière de Laval, et veuve du connétable de France, Mathieu II, comte d'Alençon. Cette Emma, fille aînée de Guy V, sire de Laval, était encore, en 1256, douairière des biens de son dernier mari, seigneur de Puisaye, c'est-à-dire une année après le mariage de Jeanne de Toucy. C'était très-probablement la mère de celle-ci.

Pour arriver aux comtes de Bar, comme seigneurs de Puisaye, après ceux de la maison de Toucy, nous dirons d'abord que Thibaut II, homme valeureux, succédant, en 1210, au comté de Bar, après Henri II, son père (1), fils de Thibaut I'', s'était marié en premières noces, en 1245, à Jeanne de Flandre, fille de Guillaume de Dampierre et de la comtesse de Flandre, Marguerite, dite de Constantinople, qu'il aida puissamment, en 1253, dans ses hostilités contre Guillaume III, comte de Hollande. Il fut alors fait prisonnier (2) à la bataille de West-Kappel, où il avait perdu un cil.

(1) Le père de Thibaut II, Henri II, s'était distingué grandement à la journée de Bouvines en 1214. Il s'était placé du côté de Philippe-Auguste.

Voici un passage curieux des chroniques de Saint-Denis regardant ce fait. Il est pris à la page 911 du vol. I:

« Lors se remistrent en chemin et chevauchièrent jusques à un « petit pont qui est appelé pont de Bovines (pour le passage des « bæufs); entre autres nobles combateurs marchaient à côté du « roi Philippe, et mais spécialement pour son corps garder était < Henry le comte de Bar, jeune homme et viel de courage, noble » en force et en vertu, cousin estoit le Roy.)

(2) « L'an mil deus cens cinquante-sis (sic).
a Fu Thibaus li quens de Bar pris
« En la bataille de Hollande,
« Dont toute la gent fut dolente. )

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