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elles, et d'en laisser dépendre leurs déterminations et leur position future envers l'Espagne. Or, le Roi, notre Maitre, est d'opinion que pour conserver et rasseoir sur des bases solides ses relations avec les Puissances Etrangères, le Gouvernement Espagnol ne saurait faire moins que d'offrir à ces derniers des preuves non-équivoques de la liberté de Sa Majesté Catholique, et une garantie suffisante de son intention, et de sa-faculté d'écarter les causes de nos griefs et de nos trop justes inquiétudes à son égard. 5. Le Roi vous ordonne, Monsieur, de ne pas dissimuler cette opinion au Ministère Espagnol, mais de lui faire lecture de la présente Dépébe, d'en laisser une copie entre ses mains, et de l'inviter à s'expliquer franchement et clairement surce qui en fait l'objet. Agreéez, etc! osi M. de Schepeler

BERNSTORFF.

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(2.)-Le Comte de Nesselrode au Chargé d'Affaires de Russie a Madrid MONSTEUR,

Vérone, le 4 Novembre, 182% ** Les Souverains et les Plénipotentiaires réunis à Vérone dans la

ferme intention de consolider de plus en plus la paix dont jouit l'Europe, et de prévenir tout ce qui pourrait compromettre cet état de tranquillité générale, devaient, dès le moment où ils se sont assetables, porter un regard inquiet et attentif sur une antique Monarchie que des troubles intérieurs agitent depuis 2 ans, et qui ne peut qu'exciter à un égal degré, la sollicitude, l'intérêt et les appréhensions des autres Puissances.

! · Lorsqu'au Mois de Mars, 1820, quelques Soldats parjures tournèrent leurs armes contre le Souverain et la Patrie, pour imposer à l'Espagne des Lois que la raison publique de l'Europe, éclairée par l'expérience de tous les siècles, frappait de la plus haute improbation, les Cabinets Alliés, et nommément celui de Saint-Pétersbourg, se hâtèrent de signaler les malheurs qu'entraîneraient après elles des Institutions qui consacraient la révolte militaire par le mode de leur établissement.

Ces craintes ne furent que trop tôt et trop complettement justifiées Ce ne sont plus des théories, ni des principes qu'il s'agit ici d'examiner et d'approfondir. Les faits parlent, et quel sentiment leur témoignage se doit-il pas faire éprouver à tout Espagnol qui conserve encore l'amour de son Roi et de son Pays? Que de regrets s'attachent à la victoire des hommes qui ont opéré la Révolution d'Espagne! *** A l'époque où un déplorable succès couronna leat entreprise l'intégrité de la Monarchie Espagnole formait l'objet des soins de ser Gouvernement. Toute la Nation partageait les võux de Sa Majesté Catholique, toute l'Europe lui avait offert une intervention amienie pour rasseoir sur des bases solides l'autorité de la Métropole dans les Contrées lointaines qui avaient jadis fait sa richesse et så forces Encouragées par un funeste exemple à pérsévérer dans la Révolte, les Provinces, où elle avait déjà éclaté, trouvèrent dans les évènemens

du mois de Mars, la meilleure apologie de la désobéissance, et celles qui restaient encore fidèles, se séparèrent aussitôt de la Mère-Patrie, justement effrayées du despotisme qui allait péser sur son infortuné Souverain, et sur un People que d'imprévoyantes innovations condamaaient à parcourir tout le cercle des calamités révolutionnaires. *t« Au déchirement de l'Amérique ne tardèrent pas à se joindre les maux inséparables d'un état de choses où tous les principes constitutifs de l'ordre social avaient été mis en oubli. 110. L'anarchie parut à la suite de la Révolution, le désordre à la suite de l'aparchie. De longues Années d'une possession tranquille cessèrent bientôt d'être un titre suffisant de propriété; bientôt les droits les plus solennels furent revoqués en doute; bientôt des emprunts ruineux et des contributions sans cesse renouvélées, attaquèrent à la fois la fortune publique et les fortunes particulières. Comme aux jours dont l'idée seule fait encore frissonner l'Europe, la réligion fut dépouillée de son patrimoine; le Trône du respect des Peuples; la Majesté Royalé outragée, l'autorité transportée dans des réunions où les passions aveugles de la multitude, s'arrachaient les rênes de l'Etat. Enfin comme à ces mêmes jours de deuil si malheureusement reproduits en Espagne, on vit au 7 Juillet, le sang couler dans la de. meure des Rois, et une guerre civile embrasser la Péninsule.

1. Depuis près de 3 ans, les Puissances Alliées s'étaient toujours flattées que le caractère Espagnol, ce caractère si constant et si généreux, dès qu'il s'agit du salut de la Patrie et naguères si héroique quand il luttait contre un pouvoir enfanté par la Révolution, se réveillerait enfin jusque dans les hommes qui avaient eu le malheur d'être infidèles aux nobles souvenirs que l'Espagne peut citer avec orgueil à tous les Peuples de L'Europe. Elles s'étaient flattées que le Gouvernement de Sa Majesté Catholique, détrompé par les premières leçons d'une expérience fatale, prendrait des mesures, si non pour arrêter d'un seul effort, tant de maux qui déjà se débordaient de toutes parts, au moins pour jeter les fondemens d'un système réparateur et pour assurer graduellement au Trône ses droits légitimes et ses prérogatives nécessaires; aux Sujets, une juste protection, aux propriétés, d'indispensables garanties. Mais cet espoir a été complètement déçu. tems n'a fait qu'amener de nouvelles injustices; les violences se sont multipliées; le nombre de victimes a grossi dans une effrayante proportion, et l'Espagne a déjà vu plus d'un guerrier, plus d'un citoyen fidèle porter sa tête sur l'échaffaud.

* C'est ainsi que la Révolution du 9 Mars avançait de jour en jour Ja ruine de la Monarchie Espagnole, lorsque deux circonstance sparticulières vinrent appeler sur elle la plus sérieuse attention des Gou. vernemens Etrangers.

Au milieu d'un Peuple pour qui le dévouement à ses Rois est un besoin et un sentiment héréditaire ; qui, pendant 6 années consécutives, a versé le sang le plus pur pour reconquérir son Monarque légitime, ce Monarque et son Auguste Famille viennent d'être réduits à un état de captivité notoire et presqu’absolu. Ses frères, contraints de se justifier, sont menacés journellement du cachot ou du glaive, et d'impérieuses représentations lui ont interdit, avec son épouse mourante, la sortie de la capitale.

D'autre part, après les Révolutions de Naples et du Piémont, que les Conspirateurs Espagnols ne cessent de représenter comme leur ouvrage, on les entend annoncer que leurs plans de bouleverse. ment n'ont pas de limites, Dans on Pays voisin, ils s'efforcent avec une persévérance que rien ne décourage, à faire naitre les troubles et la rebellion. Dans des Etats plus éloignés, ils travaillent à se créer des complices; l'activité de leur prosélytisme s'étand partout, et partout elle prépare les mêmes désastres.

Une telle conduite devait forcément exciter l'animadversion générale. Les Cabinets, qui désirent sincèrement le bien de l'Espagne, lui manifestent depuis 2 Ans leur pensée, par la nature des rapporti qu'ils entretiennent avec son Gouvernement. La France se voit obligée de confier à une Armée la garde de ses frontières, et peut-être faudrat-il qu'elle lui confie également le soin de faire cesser les provocations dont elle est l'objet. L'Espagne elle-même se soulève en partie contre un Régime que repoussent ses mœurs, la loyauté connue de ses habitans, et ses traditions toutes Monarchiques.

Dans cet état de choses, l'Empereur, notre Auguste Maître, s'est décidé à faire une démarche qui ne pourra laisser à la Nation Espagnole aucun doute sur ses véritables intentions, ni sur la sincérité des væui qu'il forme pour son bonhei:r.

Il est à craindre que les dangers, toujours plus réels du voisinage, ceux qui planent sur la Famille Royale, et les justes griefs d'une Puissance limitrophe, ne finissent par amener entre elle et l'Espagne les plus graves complications.

C'est là l'extrémité fâcheuse que Sa Majesté Impériale voudrait prévenir, s'il est possible; mais tant que le Roi sera bors d’état de témoigner librement sa volonté, tant qu'à la faveur d'un ordre de choses déplorable, des Artisans de Révolution, liés par un Pacie commun à ceux des autres Contrées de l'Europe, chercheront à troubler son repos, est-il au pouvoir de l'Empereur, est-il au pouvoir d'aucun Monarque d'améliorer les rélations du Gouvernement Es pagnol avec les Puissances Etrangères ?

D'un autre côté, combien ce but essentiel ne serait-il pas facile à atteindre, si le Roi recouvrait avec son entière liberté le moyen de mettre un terme à la Guerre Civilé, de prévenir la Guerre Etrangère, et de s'entourer des plus éclairées et des plus fidèles de ses Sujets, pour donner à l'Espagne les Institutions que demandent ses besoins et ses veux légitimes.

Alors, affranchie et calmée, elle ne pourrait qu'inspirer å l'Europe la sécurité dont elle jouirait elle-même; et alors aussi les Puissances qui réclament aujourd'hui contre la conduite de son Gouvernement, s'empresseraient de rétablir avec elle des rapports d'amitié véritable et de mutuelle bienveillance.

Il y a long-tems que la Russie signale ces grandes vérités à l'attention des Espagnols. Jamais leur patriotisme n'eut de plus hautes destinées à remplir. Quelle gloire pour eux que de vaincre une séconde fois la Révolution, et de prouver qu'elle ne saurait exercer d'empire durable sur cette terre vù d'anciennes vertus, un fond indélible d'attachement aux principes qui garantissent la durée des sociétés, et le respect d'une sainte religion, finiront toujours par triompher des doctrines subversives, et des séductions mises en cuvre pour

étendre leur fatale influence. Déjà une partie de la Nation s'est prononcée. Il ne tient qu'à l'autre de s'unir dès à présent à son Roi pour délivrer l'Espagne, pour la sauver, pour lui assigner dans la Famille Européenne une place d'autant plus honorable qu'elle aurait été arrachée, comme en 1814, au triomphe désastreux d'une usurpation militaire.

En vous chargeant, M. le Comte, de faire part aux Ministres de Sa Majesté Catholique des considérations développées dans cette dépêche, l'Empereur se plait à croire que ses intentions et celles de ses Alliés ne seront pas méconnues. En vain la malveillance essayeraitelle de les présenter sous les couleurs d'une ingérence étrangère, qui prétendrait dicter des Lois à l'Espagne.

Exprimer le désir de voir cesser une longue tourmente, de soustraire au même joug un Monarque malheureux et un des premiers Peuples de l'Europe, d'arrêter l'effusion du sang, de favoriser le rétablissement d'une Administration tout-à-la-fois sage et nationale; certes, ce n'est point attenter à l'indépendance d'un Pays, ni établir un droit d'intervention contre lequel une Puissance quelconque ait raison de s'élever. Si Sa Majesté Impériale nourrissait d'autres vues, il ne dé. pendrait que d'elle et de ses Alliés de laisser la Révolution d'Espagne achever son ouvrage.

Bientôt tous les germes de prospérité, de richesse et de force, seraient détruits dans la Péninsule; et si la Nation Espagnole pouvait aujourd'hui supposer des desseins hostiles, ce serait dans l'indifférence et dans l'immobilité seules qu'elle devrait en trouver la preuve.

La réponse qui sera faite à la présente déclaration va résoudre des questions de la plus haute importance. Vos Instructions de ce jour rous iudiquent la détermination que vous aurez à prendre si les déositaires de l'Autorité Publique à Madrid, réjettent le moyen que vous eur offrirez d'assurer à l'Espagne un avenir tranquille et une gloire mpérissable. e Comte de Bulgari.

NESSELRODE.

(3).-Le Comte de Nesselrode au Chargé d'Affaires de Russie d

Madrid.-(Supplémentaire.) Monsieur LE COMTE,

Vérone, le 14 Norembre, 1822. Dans l’Instruction que vous recevez aujourd'hui, nous avons attaqué sans ménagement la Constitution votée par les Cortès en 1812, et nous n'avons pas balancé à attribuer au mode d'administration qu'elle consacre, presque tous les malheurs dont gémit l'Espagne.

Tant de faits démontrent cette vérité, que certainement personne en Europe n'osera la revoquer en doute. Une Charte qui établit pour le Peuple un Droit de Souveraineté, dont l'exercice est heureusement impossible, mais dont la simple théorie, une fois admise, enfante encore des calamités ; une Charte qui n'appelle à la confection des Lois que la seule classe intéressée à leur absence, qui ne laisse

pas

même Monarque la faculté de se choisir librement une Epouse, et qui dissémine, pour ainsi dire, la Puissance publique entre les mains d'Autorités sans nombre, qu'instituent les 500 Articles dont elle se compose: une telle Charte ne saurait trouver pour défenseur aucun publiciste éclairé

, aucun des hommes qui savent que l'ordre et la paix sont les premiers buts, comme les premiers élémens du bonheur des Sociétés.

Mais plus le Systême de la Charte Espagnole est vicieux, plus les révolutionnaires s'efforceront de le maintenir, et par conséquent, plus ils chercheront d'argumens en faveur de leur ouvrage. Au nombre de ceux qu'ils essayeront de faire valoir, vous verrez probablement, M. le Comte, figurer en première ligne, la reconnaissance et la garantie de la Constitution des Cortès, stipulées en 1812, par le Traité de Welyky-Louky.*--Il est done indispensable que je vous fasse connaitre à cet égard, la pensée de l'Empereur et l'explication cathégorique que vous aurez à donner.

Lors de la conclusion du Traité de Welyky-Louky, Ferdinand VII. était captif, et il n'existait en Espagne d'autre Autorité Espagnole que les Cortès réunis à Cadix. A la même époque, la Russie, en s'armant contre l'ennemi commun, devait nécessairement s'allier à l'Espagne. Elle le devait dans son propre intérêt, elle le devait dans l'intérêt de l'Europe, elle le devait enfin, dans l'intérêt de l'Espagne elle-même, qui ne pouvait recevoir ni trop d'encouragemens ni trop de secours. Mais dans l'état où les choses se trouvaient alors, toute Négociatioa avec le Roi était impossible. Il fallait conséquemment négocier avec les Cortès, et, en négociant avec eux, reconnaître et garantir le Régime National qu'ils venaient de créer pour leur Patrie. D'autre part, cette reconnaissance et cette garantie devaient nécessairement avoir le

* Extract of the Treaty of Friendship and Alliance between Russia and Speis. Wiliki Luki, o, July, 1812.–Art. III. Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies reconnait pour légitimes les Cortès Généraux et Extraordinaires réunis agjourd'hui à Cadis, ainsi que la Constitution qu'ils ont décrétée et sanctionnée.

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