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l'usage des devoirs du saint ministère, et ils durent demander un prémontré pour remplir les fonctions pastorales. Ce fut M. Pillart qui leur rendit ce service jusqu'à la suppression de l'abbaye.

Quand le calme fut un peu rétabli, il s'ensuivit un procès assez singulier. Comme les religieux avaient meublé entièrement la maison curiale, ils prétendirent que le titulaire ne pouvait conserver les meubles qu'on n'avait fait que mettre à son usage; et M. Pillart, qui était devenu curé de Lessines, courut risque d'être dépouillé.

L'abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés était plus communément désignée sous le nom de Saint-Médard ou, par abréviation, de Saint-Mard, parce qu'elle eut pour première église une chapelle dédiée à saint Médard, et qui fut donnée aux religieux par le chapitre de la cathédrale de Tournai, comme on le voit par la charte de 1126 de l'évêque Simon. Il у

eut au xvile siècle une discussion très-vive entre les religieux de Saint-Médard et ceux de Saint-Martin, au sujet de l'ancienneté respective de leurs monastères, question d'où dépendait la préséance des uns sur les autres. Il nous reste des dissertations très-curieuses faites sur ce sujet par un religieux de Saint-Médard, nommé Guéluy, originaire de Lille. Celui-ci prétendait que la fondation de son abbaye remontait sinon à saint Eleuthère, au moins à saint Médard ; et que Peritius, l'aveugle guéri par le premier près de la porte Mantile, fut donné pour abbé par le second à leur monastère naissant.

On confirmait cette assertion par le miracle opéré

par saint Amand dans une chapelle, qu'on dit avoir existé au même lieu, dans laquelle le saint, après avoir passé une nuit en prière, obtint la résurrection d'un supplicié. On voit par là que les deux parties ignoraient les faits rapportés dans la chronique de Rolduc, où il est dit que la chapelle de Saint-Médard, donnée, en 1126, par le chapitre à Oger, premier abbé, avait été construite par le chanoine Ailbert au commencement du XIIe siècle.

L'un des arguments principaux que Guéluy produisait à l'appui de sa thèse était tiré d'un monument funéraire qui se trouvait dans la vieille église de SaintNicolas, à cette époque, toute en ruine. On y voyait gravée sur une pierre, placée contre une colonne de la nef, l'épitaphe d'un abbé nommé Guillaume de Buillemont, qui serait décédé le 16 mai de l'an 10541.

Comme on connait la date de la construction de cette église, qui est bien postérieure, Guéluy avoue qu'il faut supposer que ce monument fut transféré de l'église de Saint-Médard dans celle de Saint-Nicolas; et il cite, à cette occasion, l'exemple des enfants de Jacob qui transportèrent de l’Egypte dans la terre promise les ossements de Joseph. Mais nous connaissons aussi la date de la bâtisse de la chapelle de Saint-Médard, construite, comme nous l'avons dit, par le chanoine Ailbert'. De sorte qu'il est évident que cette épitaphe portait une fausse date, ou qu'elle était apocryphe.

1) « Produco itaque epitaphium Wuillelmi de Buillemont, abbatis nostri; quod usque in bodieraum diem translatum visitur in quinta columna antiquae et dirutae nostrae ecclesiae sancti Nicolai de Pratis, a sinistro latere, seu a parle evangelii, in gremio seu navi templi, ubi, post quatuor praemissos versus, sic habetur iusculptum :

ANTE HANC ICONAM GLORIOSAE VIRGINIS ET MARTYRIS CATHERINAE NUMATUS EST DOMINUS WUILLELMUS DE BUILLEMONT, ABBAS HUJUS MONASTERII, QUI OBIIT ANNO DOMINI NLIIII, XVI MAIL ORATE PRO BO.

Au reste, les noms de famille n'étaient pas en usage au milieu du XIe siècle, et un abbé à cette époque ne pouvait pas être désigné sous les noms de Guillaume de Buillemont.

Les religieux de Saint-Nicolas suivaient la règle de Saint-Augustin, et faisaient partie de la congrégation des chanoines réguliers d'Arrouaise. Au chapitre général l'abbé de Saint-Nicolas siégeait le quatrième à droite de l'abbé d'Arrouaise. C'est ce que prouve le passage suivant d'un manuscrit du xiure siècle :

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4) Bulletin de la Société historique et lilléraire de Tournai, XIV, pp. 95 et 209.

s) 1. Notre-Dame d'Hénin-Liétard. 2. Notre-Dame de Boulogne. 3. Sainte-Marie-au-Bois ou Ruisseau-Ville,au diocèse de Boulogne.—4. SaintCrépin-en-Chaie, au diocèse de Soissons.—3. Saint-Eloi-Fontaine à Chaudy, au diocèse de Noyon. - 6. Saint-Vulmer de Boulogne. – 7. Saint-Nicolas de Tournai. - 8. Saint-Léger de Soissons. — 9. Notre-Dame de Beaulieu, au diocèse de Boulogne. -- 10. Saint-Amand et Sainte-Bertille de Marcul,

Ces vingt-deux abbayes figurent sur une liste formée à Arrouaise, vers le milieu du xirre siècle, avec celle de Saint-Calliste de Cysoing, omise dans notre manuscrit. Cette omission provient de ce que cette dernière abbaye s'est retirée de la congrégation d’Arrouaise dans la seconde moitié du même siècle.

L'abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés eut des rapports avec deux illustres personnages du XII° siècle : saint Bernard était lié d'amitié avec le premier abbé, Oger, auquel le saint abbé de Clairvaux adressa des lettres ; et saint Thomas de Cantorbéry y reçut l'hospitalité. On voyait à Saint-Nicolas la chasuble dont il fit usage, et on s'en servait chaque année pour célébrer la messe le jour de la fête du saint martyr, le 29 décembre. Cette chasuble existe encore et se trouve à l'évêché de Tournai.

Il ne reste rien des anciennes constructions de l'abbaye de Saint-Médard dans la ville de Tournai, mais une masse imposante, entièrement couverte de lierre, se présente encore près de l'Escaut aux yeux du voyageur qui approche de la ville par les chaussées d’Antoing ou de Saint-Amand. Bien des archéologues se sont sans doute demandé à quel monument a appartenu cette ruine

au diocèse d'Arras. - 11. Saint-Jean-Baptiste de Ch ues, au diocèse de Saint-Omer.–12. Notre-Dame de Clairfayt, au diocèse d'Amiens.-13. NotreDame de Sonnebeek, au diocèse d'Ypres. - 14. Saint-Pierre et SaintPaul de Warneton, au diocèse d'Ypres.-15. Notre-Dame de Chatrices, au diocèse de Châlons-sur-Marne. – 16. Notre-Dame de Châtillon, au diocèse de Langres. — 17. Saint-Jean-Baptiste de Valenciennes. 18, Saint-Jean de Doudeauville,au diocèse de Boulogne.-19. Saint-Barthéleroi d'Eeckhout, à Bruges.- 20. Saint-Christophe de Phalempin, de l'ancien diocèse de Tournai. - 21. Notre-Dame de Soetendael, au diocèse de Bruges. - 22. NotreDame d'Autrey, de l'ancien diocèse de Toul.

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pittoresque qui a si complètement perdu ses formes primitives qu'on ne peut guère juger si elle a fait partie d'un ancien château ou de quelque autre édifice. Mais tout habitant du faubourg de Valenciennes, interrogé, apprendra à qui voudra le savoir, que c'est là ce qui demeure de la tour de l'église et de toute l'abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés, et que la vaste enceinte de murs qui l'environne est encore aujourd'hui appelée le clos de Saint-Mard.

C.-J. Voisin, vicaire général.

DOCUMENTS.

I.

Le pape Innocent II comfirme l'abbaye dans ses possessions.

14 avril 1139.

INNOCENTIUS (II), episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Ogero, abbati ecclesiae sancti Nicolai et sancti Medardi Tornacensis, ejusque successoribus canonice substituendis in perpetuum. Quoniam in sede justitiae residemus, fratres nostros debemus sincera caritate diligere et unicuique jura sua nostrae auctoritatis privilegio conservare. Hujus ergo considerationis intuitu, dilecte fili Ogere abbas, tibi tuisque successoribus confirmamus, ut quaecumque ecclesia sancti Nicolai et sancti Medardi Tornacensis inpresentiarum juste et canonice possidet , aut in futurum concessione pontificum, liberalitate regum vel principum, oblatione fidelium, seu aliis rationabilibus modis poterit adipisci, firma vobis et inconvulsa permaneant. In quibus haec nominatim duximus exprimenda : Mansiones intra Tornacum censum persolventes; terras ara

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