Page images
PDF
EPUB

Après ce brillant succès, il fut d'abord chargé de donner le cours de logique et de métaphysique dans la pédagogie du Faucon où il s'était distingué comme élève. Tout en enseignant la philosophie, il se livra avec ardeur aux études sacrées, et passa, après son élévation à la prêtrise, son acte public de licence en théologie, l'an 1550'.

2. Rythovius, professeur à Dillingen, envoyé à Worms,

docteur et chancelier.

Le licencié de l'Alma Mater était très-considéré des auto. rités académiques. Aussi l'envoyèrent-elles bientôt, avec Guillaume Lindanus, à l'Université de Dillingen en Souabe, que le cardinal Othon Truchsèss de Walpurg, évêque d’Augsbourg, venait d'instituer (1549) de l'assentiment du pape Jules II. Rythovius y occupa avec distinction la chaire d'Ecriture sainte, tandis que son collègue Lindanus fit les leçons de théologie scolastique qu'avait données avant lui le dominicain espagnol Pierre Soto.

Martin de Rythoven ne séjourna pas longtemps en Souabe. Rappelé vers 1554 par l'étroite faculté ou les doctores regentes, il resta à Louvain, quoiqu'il semble avoir promis au cardinal d’Augsbourg de venir reprendre son cours à Dillingen. Le cardinal fit de vives instances près de Viglius ab Aytta de Zuichem, chef-président du conseil privé à Bruxelles, et près des chefs du corps professoral. Ceux-ci se refusèrent à laisser repartir le docte licencié, en disant qu'ils devaient avant tout avoir soin de l'enseignement à l'Alma Mater, et que d'ailleurs ils consentaient à laisser à Dillingen Guillaume Lindanus,

1) Rythovius, pour le dire en passant, fut témoin du siége de Louvain par le fameux Martin Van Rossum et de la courageuse résistance des étudiants 12 août 1542). Parmi les libérateurs de la cité se signala Liévin Torrentius, qui illustra plus tard le siége épiscopal d'Anvers et fut nommé à celui de Malines. Voyez David, Vaderl. Historie, IX, 561 et suiv.

a) Cercle du Haut-Rhin, dans le royaume actuel de Bavière.

homme d'un savoir distingué'. , Viglius tâcha de faire comprendre ces motifs au cardinal, cui sufficere certe debet, ajoutat-il, plantas ab Lovaniensi seminario se traducere, non vero ipsas arbores, unde illae sumuntur, evellere”. Quoiqu'il en soit, le væu d'Othon Truchsèss ne fut point satisfait. Martin de Rythoven, qui était l'un des plus beaux arbres de la pépinière académique, subit les épreuves du doctorat en théologie et reçut, avec le cérémonial accoutumé, le pileus magisterii ou le bonnet carré à pendants verts du doctorat, le même jour que Jean Hesselius (Hessels), de Louvain, le 19 mai 1556. Après sa promotion, il fut mis à la tête des jeunes théologiens du collége du Saint-Esprit et prit place dans les rangs du corps professoral.

Nous avons rappelé dans la précédente notice que l'eximius dominus et magister Rythovius (car tel est désormais son titre) se rendit avec Sonnius, Thiletanus et d'autres au fameux colloque de Worms (1557), pour y discuter avec les confessionistes sur les grandes questions dogmatiques soulevées par la réforme. Ce fut à la demande du roi des Romains, Ferdinand I, qui croyait que les catholiques pouvaient et devaient tenter un rapprochement avec les partisans du formulaire luthérien connu sous le nom de Confession d'Augsbourg. Cette assemblée ayant été dissoute par suite du désaccord survenu entre le parti de Philippe Mélanchthon et celui de Flaccus Illyricus, nos théologiens belges revinrent, re infecta, en Brabant dans les derniers jours de décembre 1557.

") Lindanus, natis de Dordrecht, devint plus tard évêque de Ruremonde en 1569, et de Gand en 1588. Nous publierons plus tard la biographie de ce vénérable prélat.

9) L'Annuaire de l'Univ. cath. de Louvain, année 1852, pag. 306 et suiv., reproduit les lettres de Viglius à la S. Faculté de Louvain et au cardinal Othon Truchsèss.

3) Estius rapporte dans son Histoire des martyrs de Gorcum que le docteur Rythovius honorait d'une affection particulière un jeune bachelier de son pays, Nicaise de Heeze. Ce bachelier mérita en 1572 la couronne du martyre et Pie IX l'a placé sur les autels. Il est certain que Rythovius a connu aussi Léonard Vecchelius, bachelier en théologie en 1552 ou 1553, envoyé par Tapperus à la cure de Gorcum en 1558, martyrisé en 1572 et canonisé par Pie IX.

Rythovius reprit à Louvain la direction du collége du SaintEsprit. L'an 1559, il laissa la présidence à maître Jean Hesselius, et succéda à Michel Driutius (Drieux, décédé le 16 septembre) dans la dignité de doyen du chapitre de Saint-Pierre. Par le fait même de cette nomination il était vice-chancelier de l'Etude Générale, et partant chargé de graduer, c'est-à-dire de conférer les grades académiques'. Il garda cette double dignité jusqu'en 1562.

Dans le courant de la même année (1559), il fut revêtu par ses collègues de la pourpre rectorale, qu'il laissa, après six mois d'administration, à Jean Molinaeus de Gand. La juridiction pour ainsi dire souveraine de Rector magnificus alternait alors, tous les semestres, entre les professeurs des cinq facultés?.

[ocr errors]

3. Rythovius promu à l'évéché d'Ypres.

Dès que Philippe II eut reçu des mains de Sonnius les constitutions apostoliques qui établissaient aux Pays-Bas une nouvelle hiérarchie épiscopale, il se mit en devoir de désigner des pasteurs pour les nouveaux siéges. Rome, en effet, lui avait accordé le droit de nomination, sauf l'institution cano. nique. Il faut dire en l'honneur du Roi qu'il usa sagement du privilége que la reconnaissance pontificale lui avait octroyé. u Sans rien donner au hasard de la naissance ou à des recommandations intéressées, dit un savant de notre pays, il chercha des hommes connus par l'étendue de leur savoir, la pureté de leur foi et la régularité de leur conduite, et il ne fut pas trompé dans ses espérances', . Il désigna le pieux vice-chancelier de l'Université de Louvain pour gouverner l'église d’Ypres dans la Flandre flamingante. Cette église était sortie du démembrement de l'ancien diocèse de Térouanne.

a) La cancellaria était annexée à la prévôté et la vice-chancellerie à la dignité de doyen de la collégiale de Saint-Pierre. Comme le prévót était toujours absent, c'était le doyen qui faisait les promotions.

) Avant 1445 le rectoral était trimestriel.

Rythovius, que ses goûts portaient à des travaux plus paisibles, n'accepta qu'avec regret le poste éminent auquel l'appelait la confiance du souverain. Aussi bien les temps étaient trop calamiteux, les besoins des fidèles trop urgents, les honneurs de l'épiscopat entourés de trop de périls, surtout dans la West-Flandre, pour se soustraire à l'æuvre sainte que la manifeste volonté de Dieu lui imposait. L'évêque nommé et impatiemment attendu? obtint l'institution canonique de Pie IV le 25 mai 1562. Le 2 novembre suivant il recut l'onction sainte du cardinal Granvelle, avec l'assistance de François Richardot, évêque d'Arras, et de François Sonnius, évêque préconisé de Bois-le-Duc3. Cette cérémonie eut lieu à Bruxelles dans l'église de Sainte-Gudule.

Après avoir pris possession par procuration, Rythovius se rendit en Flandre où il n'avait jamais été, et fit son entrée à pied dans la ville d’Ypres au milieu d'une foule immense de fidèles. Le jour où il vint s'asseoir sur le trône épiscopal fut celui où l'Eglise célèbre la fête de Saint-Martin de Tours, patron de la cathédrale.d’Ypres et du premier évêque (11 novembre). Une particularité assez remarquable de son inauguration c'est

a) Le chan. J. J. De Smet, dans la Revue de Bruxelles, livr. de juillet 1837.

2) Pierre Titelmans de Hasselt, S. T. L. de Louvain , inquisiteur de Flandre, écrivit d'Ypres à Marguerite de Parme, le 14 novembre 1561 : « J'ay espoir que sa présence sera grand fruict, tant par sa bonne doctrine que par sa vertueuse vie et exemplaire.» Corresp. de Phil. II, 1. II, p. 483.

3) Sonnius ne fut consacré que le 10 novembre 1562.

que cinq sociétés de rhétorique, de Mooren, de Rosier, de Getrouwen, de Vuegdenaeren, de Ligtgeladen, montrèrent leur joie en donnant des représentations dramatiques en pleine rue, sur cinq points différents de la ville'.

La prévôté des chanoines réguliers de Saint-Martin ayant été incorporée pour former la mense épiscopale, le prévột d'alors, Jean Snick, abandonna de bonne grâce sa dignité à l'évêque pour prendre le titre de doyen du chapitre cathédral. L'évêque était obligé, comme membre du chapitre, de suivre les offices journaliers du cheur, autant que ses fonctions pastorales le permettaient. La piété exemplaire de Rythovius nous est garant qu'il n'a pas manqué au devoir de la prière publique et commune.

4. L'évêque d'Ypres au concile de Trente.

Les premières sollicitudes de Rythovius furent pour l'organisation de son chapitre et du secrétariat, ainsi que pour la visite générale des paroisses soumises à sa juridiction. A peine avait-il mis la main à l'æuvre que Son Altesse, Marguerite de Parme, gouvernante générale, l'envoya au concile de Trente avec deux autres prélats, Richardot d'Arras et Havet de Namur, et trois docteurs de Louvain, Michel Baius d’Ath, Jean Hesselius de Louvain et Corneille Jansenius de Hulst, doyen de SaintJacques.

Les Pères du concile écrivirent le 22 août 1563 à Marguerite de Parme que l'arrivée des trois évêques et des trois docteurs leur avaient causé beaucoup de contentement, et que leur joie était d'autant plus vive que la profonde érudition et la

?) Historia Episcopatus Yprensis ex autographis D. Gerardi De Meestere, pag. 8. Bruges 1850. Ce livre fait partie du Recueil de chroniques, chartres, elc, de la Flandre occidentale, publié par la Société d'émulation de Bruges.

« PreviousContinue »