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Wenning

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2-e Année. — N° 1.

5 Janvier 1873.

LA PETITE REVUE

LETTRES, ARTS, SCIENCES,
INDUSTRIE & HISTOIRE LOCALE DU NORD DE LA FRANCE

Paraissant tous les Dimanches.
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et les Annonces, et est dù en entier.

à la Librairie parisienne Annonces, la ligne 50 c.

de LANGLET, éditeur Réclames 1 fr.

5, rue d'Isle On traite de gré à gré pour les annonces répétées,

SAINT-QUENTIN plusieurs fois.

(Affranchir.) Les Abonnés ont droit à une remise de 10 0/0 sur tous les ouvrages de

Librairie qu'ils demanderont aux lureaux de la Petite Revue.

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SOMMAIRE : M. A. Thiers, I. par Ad. LANGLET. - Poésie : Le vrai mal

heur, par JULIUS. Biographie : Maurice-Quentin De la Tour, par Charles DESMAZE. Documents historiques : Acceptation de la Constitution de 1791 ; Directoire du département de l'Aisne, comm. par A. LEDUC.

Législation française : $ 1. Ce que c'est que le droit en général, le droit naturel le droit positif, la législation d'un Etat. 8 2. Nécessité d'une puissance publique et d'une législation pour assurer l'ordre et la justice, dans les sociétés humaines. $ 3. Attributions essentielles de la puissance publique ; distinction des trois pouvoirs ; organisation. $ 4. Objet multiple de toute législation; droit public et administratif;droit privé(civil et commercial); droit pénal. - Hygiène: De l'homme. Théâtre de Saint-Quentin, par Lło. Nouvelles.

Bulletin commercial. 2e partie, ( se détachant du journal): 1. Etablissements gallo-romains,

chapitre 2 (suite), par l'abbé POQUET, pages 1, 2, 3, 4. II. L'Auguste de Vermandois, vengée et illustrée, traduction complète de Claude Hémeré, par CHARLES, pages 1, 2, 3, 4.

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M. A. THIERS.

I.

« Ceux qui ont rêvé la paix perpétuelle ne connaissent ni l'homme, ni sa destinée ici-bas. L'univers est une vaste action, l'homme est né pour agir. Qu'il soit ou ne soit pas destiné au bonheur, il est certain du moins que la vie ne lui est jamais plus supportable que lorsqu'il agit fortement; alors il s'oublie il est entraîné , et cesse de se servir de son esprit pour douter, blasphemer, corrompre et mal faire. »

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Ces paroles que M. Thiers écrivait en 1829 dans un admirable article sur les mémoires de Gouvion peuvent se considérer comme la divise de cet homme extraordinaire qui devait être appelé à de si belles destinées.

L'homme est pour agir, et la vie de cet illustre vieillard est une preuve irrefragable de celle surprenante activité, laquelle joint à un esprit puissant et profond, s'éleva aux plus grands honneurs, dans la littérature et dans la politique.

M. Thiers est trop connu pour nous occuper de sa biographie, et peut-être nous arrivera-t-il dans la suite de cette étude critique de toucher quelques événements de sa vie, nous ne ferons que les effleurer car nous préférons nous occuper plus sérieusement de ses travaux littéraires , unique point de vue sous lequel nous voulons considérer M. Thiers. L'objet de notre étude sera l'écrivain et non l'homme politique, bien heureux si les efforts de notre pauvre plume peuvent servir à faire connaître ses mérites littéraires.

Nous avons l'intention de diviser cette étude critique en trois parties, parlant dans la première des travaux qui occupèrent la jeunesse de M. Thiers; dans la seconde, de l'histoire de la révolution, et dans la troisième de l'histoire du consulat et de l'empire.

L'entreprise est hardie nous le sentons bien, nous cherche· rons à concilier la trop grande matière, avec le peu d'espace que

nous avons , surtout ne possédant pas un talent à la hauteur d'une pareille tâche. Ecrire sa pensée ,

modeler son style sur les choses , voilà ce que font les écrivains de génie et M. Thiers né connut jamais d'autres théories. Un autre point mérite d'être observé c'est la prédilection pour l'activité qui se trouve dans toutes les circonstances de sa vie et même dans ses habitudes de penser. Ce n'est pas sans raison que nous avons commencé ces lignes par les paroles admirablos de cet écrivain. M. Thiers s'est toujours prononcé contre cette disposition de l'esprit si commune de nos jours, de se replier sur soi-même , de s'analyser, de raconter les émotions personnelles au lieu d'en chercher de nouvelles ou d'en produire d'autres. Il appela cette disposition impressive, il la jugea contraire à la destinée naturelle de l'homme qui penche plutôt pour la disposition active. Cette dernière prédomine surtout en lui dans ce sens.

Un parallèle qui vient sous sa plume, inspiré sans doute par la distinction de M. Thiers, ne sera pas hors d'à-propos.

Tandis que ce jeune et ardent commençait son chemin, non dans le royaume des rêves un autre grand talent se manifestait en France lequel au contraire semblait incliné vers les rêves du monde intérieur pour leur donner l'expression la plus suave , la plus ample et la plus touchante.

M. de Lamartine , ses ouvrages le prouvent était le plus ac

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compli, le plus sublime des rêveurs qui cherchent leur âme dans des hymnes expansifs. L'un et l'autre se trouvèrent si éloignés de leur point qu'il semblait impossible qu'ils pussent jamais se réunir.

Il en fut cependant ainsi, et l'activité de M. Thiers fit pencher de son côté les aspirations et les méditations de M. de Lamartine. L'un et l'autre représentent deux grands principes, deux grands courants de ce siècle qu'on peut appeler un siècle d'actions et de rêves, une époque vague et positive. Ces contrastes ct, ces contacts seront féconds en grands résullals et nous verrons dans la suite quelle influence a eu M. Thiers sur les tendances de la littérature historique après qu'il eut proclamé l'activité; le fortement agir, comme étant le levier du monde. Il en est du reste une preuve vivante.

Dans l'éloge de Vauvenargues que l'on peut considérer comme un des premiers travaux de M. Thiers, et pour lequel l'acadėmie d'Aix lui accorda le premier prix, on trouva de quoi juger M. Thiers. Ce fut dans cet éloge qu'il écrivit à propos de la Bruyère :

Oi voit dans Tacite la douleur de la vertu, dans La Bruyère son impatience. On ne pouvait mieux caractériser un homme qui fréquentait la cour sans y vivre et qui riait amèrement sur le spectacle qu'on plaçait sous ses yeux.

Après avoir montré Vauvenargues abandonné dans les champs presqu'au sortir de l'enfance, perdant la santé, mais tempérant son åme aux dures nécessités de la vie , étudiant ses semblables du fond de la Moranie, M. Thiers, s'écrie : Qu'apprit-il durant ces cruelles épreuves ?..... que l'homme est malheureux et méchant, que le génie est un don nuisible, et Dieu une puissance malfaisante? Certes beaucoup de philosophes sans souffrir ont avancé pire et Vauvenargues qui souffrait cruellement n'imagina rien de pareil. Le monde lui parut un vaste ensemble où chacun tient sa place et l'homme un agent puissant dont le but est de s'exercer; il lui semble que l'homme puisqu'il est ici-bas pour agir , plus il agit plus il remplit son but.

Vauvenargues comprit alors les ennuis de l'oisiveté, les charmes du travail el inème du travail douloureux, il conçut un mépris profond pour l'oisiveté, une estime extréme pour les actions fortes. Dans l'envie même il distinguait la force de la faiblesse et entre Senecion vil courtisan sous Néron , et Catilina, il préférait pourtant le dernier parce qu'il avait agi.....

Nous devrions arrêter nos citations, mais c'est un fait incontestable que l'homme se révèle dans ces premiers écrits, ct si dans ce besoin incessant d'actions, Vauvenargues se manifeste on y voit encore M. Thiers. Le monde, suivant Vauvenargues, est ce qu'il doit élre, c'est-à-dire fertile en toutes sortes d'obstacles: Afin que l'action ait licu , il faut des difficultés à vaincre.

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,

.

La vie ensin n'est qu'une action et quel qu'en soit le prix, l'exercice de notre énergie doit suffire à nous satisfaire puisqu'elle n'est que le complément des lois de notre être.

Voilà en substance la théorie de Vauvenargues aussi l'appelle-t-on un esprit aimable, un philosophe consolateur ; mais il n'y a qu'un mot à dire: Vauvenargues avait compris l'univers, et l'univers bien compris n'offre pas le désespoir, mais des, sublimes espérances. Voici brièvement quelles étaient les doctrines de M. Thiers, et on comprendra facilement que s'il a sut arriver au faite des grandeurs, il le doit aux saines doctrines de cet obscur philosophe, aux espérances qu'il a toujours nourries en son âme , au lieu de désespoir dramatique de mode aujourd'hui; et il le doit plus particulièrement à l'incessante activité de son esprit.

M. Thiers vint à Paris pour la seconde fois en 1821. Sur une page d'un album écrite de sa main, sous ce titre : Arrivée d'un méridional à Paris, il fait une description de ses premières et confuses impressions en arrivant à Paris. C'est une satire charmante et originale.

« Bientôt courant dans les rues, l'impatient étranger ne sait ou passer. Il demande sa route et tandis qu'on lui répond une voiture fond sur lui , il fuit mais une autre le menace. Enfermé entre deux roues il glisse et se sauve par miracle. Impatient de tout voir et avec toute la meilleure volonté de tout admirer il court çà et là. Chacun le presse, l'excite..... il voit péle-mèle des tableaux noircis d'autres tous brillants mais qui offusquent de leur éclat; des statues antiques mais dévorées par le temps, d'autres conservées et peut-être belles mais point estimées pour un public superstitieux, des palais immenses, mais non achevés , des tombeaux qu'on dépouille de leur vénérable dépôt ou dont on efface les inscriptions, des plantes, des animaux vivants ou empaillés: des milliers de volumes poudrés et entassés comme le sable, des tragédiens, des grimaciers, des auteurs. Au milieu de ces courses il rencontre une colonnade chefd'ouvre de grandeur et d'harmonie... c'est celle du Louvre... Il recule pour pouvoir la contempler, mais il se heurte contre des huttes sales et noires et ne peut prendre du champ pour jouir de ce magnifique aspect.

On déblayera ce terrain , lui dit-on.

Quoi se dit l'enfant nourri sous un ciel toujours serein, sur un sol sec et ferme et au milieu des flots d'une lumière brillante: c'est ici le centre des arts et de la civilisation ! Quelle folie aux hommes de se réunir ainsi dans un espace trop vaste pour ceux qui ont à le parcourir et trop étroit pour ceux qui doivent l'habiter ou ils fondent les uns sur les autres, s'étouffent, s'écrasent.....

Avouez que cette page est écrite délicieusement et qu'on doute que l'auteur soit celui qui écrivait plus tard l'histoire du

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