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INTRODUCTION.

Trop longtemps en France on a écrit l'histoire sans recourir aux sources, sans consulter les titres et les monuments des anciens âges. De là, souvent une appréciation ou légère ou même fausse des événements, des personnages, et du caractère des diverses époques. Frappés de cet inconvénient grave, quelques hommes d'un esprit profond, il y a vingt à trente ans, ont appelé l'attention de la génération nouvelle sur une étude patiente et raisonnée des vieux documents. Leur voix a été entendue, et l'on s'est mis à l'æuyre avec ardeur. Non seulement la capitale, mais aussi les départements ont suivi l'impulsion donnée , et il est peu de ces derniers, il est même peu de villes importantes qui ne comptent une société de travailleurs exploitant cette mine si féconde de l'histoire.

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La ville de Chalon, dont la fondation remonte à une époque assez reculée, qui , plus d'une fois, a joué un rôle important dans les événements de notre histoire, et que son heureuse position rend aujourd'hui le centre de nombreuses transactions commerciales, ne pouvait rester plus longtemps étrangère à ce mouvement général des esprits. Déjà quelques amateurs étaient entrés dans cette voie de progrès; mais leurs efforts isolés manquaient d'unité et peut-être d'émulation. L'heureuse pensée vint à plusieurs d'entre eux de réunir leur zèle et leurs lumières, et de fonder une société dont le but serait de s'adonner à des travaux historiques et archéologiques, relatifs d'abord à notre cité, puis à l'ancienne province de Bourgogne, sans s'interdire le domaine immense de l'art, même dans l'antiquité.

En peu de jours, dix-sept personnes répondirent à cet appel de la science, et le 16 août 1844, dans une première réunion , les bases de la nouvelle société furent arrêtées, et une commission fut nommée pour préparer un règlement constitutif.

Le 23 août, les divers articles du règlement furent discutés , l'ensemble en fut approuvé par un vote unanime, et le bureau constitué définitivement. Par ce règlement, la Société prenait le nom de Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône.

M. Dubessey, alors sous-préfet , qui a laissé de si honorables souvenirs dans notre arrondissement, sol

licita et obtint du gouvernement l'autorisation nécessaire à la Compagnie, et, peu de temps après sa constitution, celle-ci put légalement commencer ses séances.

M. Ferdinand Coste , maire , accueillit, avec un empressement qui fait honneur à son goût éclairé pour les arts, la formation de la Société d'histoire et d'archéologie. Il lui accorda le local de la bibliothèque pour la tenue provisoire de ses séances , et prit dès-lors l'engagement de lui réserver une salle particulière dans le nouvel hôtel-de-ville. Cette promesse a été gracieusement tenue, et la Société pourvue libéralement de tout le matériel nécessaire à ses réunions.

Les ministres de l'Intérieur et de l'Instruction publique ont voulu aussi témoigner leur sympathie à la société naissante. Sur la demande de l'honorable M. de Varenne, député de l'arrondissement, dont le zèle et la bienveillance ne se sont pas ralentis, les deux ministères lui ont envoyé plusieurs ouvrages savants, dont l'acquisition lui eût été impossible, à cause de leur rareté et de leur prix élevé.

M. le général Brunet-Denon, aussi député de l'arrondissement, et son frère, si vivement regretté par sa famille, par ses amis et par les beaux-arts, ont aussi concouru à former la bibliothèque de la Société, en lui donnant les œuvres de leur oncle illustre.

Enfin, le Conseil municipal de notre ville, dans le sein duquel toutes les idées généreuses trouvent un écho, a donné à notre société une marque de sa haute

confiance, en la chargeant de classer ses archives longtemps oubliées, et a pourvu aux frais nombreux de cette œuvre longue et difficile par une première allocation de 1,500 francs.

La Société d'histoire et d'archéologie s'est efforcée de répondre à ces témoignages d'une généreuse sympathie. Elle s'est livrée avec ardeur à l'étude. Quatorze séances seulement ont réuni ses membres pendant l'année 1844-1845, et cependant plus de quarante notices ou mémoires ont été déposés sur le bureau et lus par leurs auteurs; un grand nombre de dessins ont été exécutés, plusieurs tombes et inscriptions estampées.

Elle a déjà vu s'augmenter le nombre de ses membres.

Deux candidats ont sollicité et obtenu, en se conformant aux prescriptions du règlement , l'honneur de faire partie de la Société. Le titre de membre correspondant a été accordé à neuf notabilités artistiques. Un membre résidant, qui a quitté cette ville, a échangé son titre contre celui de membre correspondant.

Parmi les services que la Société d'histoire et d'archéologie se propose de rendre aux arts, il faut compter la création d'un Musée d'archéologie sacrée. Non contente de décrire les débris des vieux âges, elle veut aussi les sauver d'une perte presque certaine. Déjà le cloître de l'église Saint-Vincent a été mis à sa disposition par l'autorité ecclésiastique. Ce Musée ne sera pas un des moindres ornements de notre cité.

La Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-surSaône croira avoir bien mérité des sciences et des arts, si elle peut propager le goût des études qui l'occupent, et concourir à l'ouvre immense et vraiment nationale d'une histoire monumentale de notre patrie.

LE SECRÉTAIRE-RAPPORTEUR.

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