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Voici ses

ment, n'est-ce pas du ministère anglais qu'ils ont reçu l'un et l'autre? n'est-ce pas par ses vaisseaux que les brigands, les assassios ont été vomis sur le territoire français ? A qui devait-ils l'or dont ils étaient chargés et les fonds immenses dont ils disposaient, si ce n'est au ministère britannique Jamais complicité ne fut mieux établie; et il n'y a pas en Europe, l'Angleterre même comprise, il n'y a pas d'homme impartial pour qui elle ne soit évidente.

Il est curieux de voir comment le ministre anglais prétend justifier son alliance avec des assassins reconnus, propres paroles :

“ Si le gonvernement de sa Majesté négligeait d'avoir égard

aux sentimens de ceux des habitans de la France qui sont " à juste titre mécontens du gouvernement actuel de ce

pays ; s'il refusait de prêter l'oreille aux projets qu'ils “ forment pour délivrer leur patrie du joug honteux et de “ l'esclavage fétrissant sous lequel elle gémit maintenant, ou " de leur donner aide et assistance autant que ces projets sont

loyaux et justifiables, il ne remplirait pas les devoirs que " tout gouvernement juste et sage se doit à lui-même et aur " monde en général dans des circonstances semblables aux “ circonstances actuelles......C'est un droit reconnu que celui * qu'ont les puissances belligérantes de profiter de tous les

mécontenteinens existans dans les pays avec lesquels ils “ peuvent être en guerre.”

Voilà des devoirs et un droit dont heureusement pour l'humanité on ne s'était pas douté jusqu'à ce qu'il plút als ministère britannique de les révéler au monde'; c'est pour la première fois qu'on ose professer à la face des nations une pareille doctrine avec une telle impudence. D'après cette doctrine, dès qu'il y a des mécontens dans un pays, et certes, depuis la petite république de Lucque, jusqu'au vaste empire des Russies, il n'est pas d'état où il n'y est des mécontens, surtout des brouillons qui s'appellent ainsi); dès qu'il y a des mécontens dans un pays, et de quelqne nature que soient leurs griefs, car le ministère anglais dit tous les mécontente mens, la puissance qui est en guerre avec ce pays a droit de s'allier avec eux pour renverser le gouvernement, et livrer le people aux déchiremens, à tous les fléaux d'une revolution !.... Suivant le mitristère anglois, il y a des projets de ce genre qui sont loyaux et justifiables! Ainsi, dès qu'une nation sera en guerre avec ses voisins, elle n'aura plus seulement à craindre une invasion sur son territoire, l'affaiblissement de sa prospérité, l'abaissement de sa puissance, mais elle aura la douloureuse certitude que le gouvernement ennemi, s'il est juste et sage, s'alliera avec tous les brouillons, avec tous les scélérats qui s'offriront à lui, pour détruire chez elle l'ordre public, dissoudre le pacte social, et la plonger dans toutes les calami. tés de l'anarchie. Ainsi, dans une erre entre deux grandes.na

tions, chacune d'elles usant du droit qu'ont imaginé les minisé tres anglois, leurs hostilités ne tendront pas à moins qu'à les rejeter dans le chaos de la barbarie !.... Et les hommes qui mettent en avant cette doctrine anti-sociale, ces hommes peuvent, sans rougir, parler du droit des gens! ces hommes osent exprimer l'hypocrite désir de voir établir en France un ordre de choses plus compatible avec son propre honneur et avec la sécurité des nations environnantes !.....Ces expressions d'intérêt pour le bonheur de la France seraient vraiment risia bles si elles n'étaient révoltantes; l'Europe saura les apprécier. Quant à la sécurité des nations qui nous environnent, l'Angleterre voulait sans doute y pourvoir en uous rendant les jacobins; mais depuis quand le ministère anglais est-il si occupé de ces nations, lui qui a successivement abandonné, ou perdu, ou trahi la cause de tous les états limitrophes de la France ? C'est pour sa propre sécurité qu'il voudrait un autre ordre de choses; c'est pour son intérêt qu'il nous désire ou une anarchie qui nous dévore, ou un gouvernement faible dont l'ineptie paralyse les forces de la nation; mais il a beau s'agiter, ce væu ne sera pas rempli; nous ne recommencerons pas ces scènes tumultueuses et sanglantes qui plaisaient à sa haine et flattaient son orgueil.

Le ministère anglais, après avoir essayé de justifier son alliance avec la bande de Georges, cherche aussi à défendre la conduite de son agent à Munich ; et cette partie de son apologie n'est moins étrange que la précédente. Rapportons encore ses propres expressions :

“ Si quelque ministre, accrédité par sa majesté auprès d'une cour étrangère, a entretenu des correspondances avec “ des personnes résidant en France, dans la vue d'obtenir des « informations sur les projets du gouvernement français, ou

pour tout autre objet légitime, il n'a rien fait de plus que ce

que les ministres, dans des circonstances pareilles, ont tou“ jours été regardés comme ayant droit de faire par rapport

aux pays avec lesquels leur souverain était en guerre....Un “ ministre dans un pays étranger est obligé, par la nature de

sa charge et les devoirs de sa place, de s'abstenir de toute « communication avec les mécontens du pays où il est accré"dité, ainsi que de tout autre acle nuisible aux intérêts de ce « pays; mais il n'est pas sujet aux mêmes restrictions par rap“ port aux pays avec le:quels son gouvernement est en guerre. " Ses actes à leur égard peuvent être dignes de louange ou 6 blâmables, selon la nature des actes eux-mêmes; mais ils « ne constitnent la violation de son caractère public, qu'autant “ qu'ils militent contre le pays, ou contre la sécurité du pays “ où il est accrédité."

Tout le monde sait ce qu'il faut entendre par ces correspons dances qui ont pour but d'obtenir des informations, et le gouvernement anglais, en nous apprenpanquels projets sont pour

fui loyaux et justifiables, nous a indiqué le sens qu'il faut at tacher à ces mots; ou pour tout autre objet légitime.

Si l'on n'en avait la preuve sous les yeux, qui pourrait croire que le gouvernement d'une nation puissante s'abaissait jusqu'à transformer une mission respectable en vil espionnage, jusqu'à faire de la plus noble fonction le métier le plus odieux ?

Observons que le ministère anglois ne désavoue rien de ce qu'a dit ou écrit son agent. Il prend sur son compte tous les projets de Drake, depuis celui de nous replacer sous l'empire des terroristes, jusqu'à celui de faire sauter nos magazius à poudre: conceptions bien dignes des auteurs de la machine infernale, mais dans lesquelles les ministres anglois ne voient que des projets loyaux ou justifiables, et surtout un objet légitime.

C'est à des maneuvres de ce genre qu'ils prétendent qu'un envoyé diplomatique peut s'abandonner, sans violer le droit des gens, sans manquer à la puissance auprès de laquelle il est accrédité. . Cependant, en supposant même que cet envo fût pas ce qu'a' été Drake à Munich, un incendiaire, un directeur d'embouchage, un' ordonnateur de révoltes, de soulèvement, de révolutions; en supposant que cet envoyé fût seulement un espion, profitant des avantages de sa position et de son caractère pour entretenir et diriger des agens et des comités d'espionnage chez la puissance que combat son gouvernement, il est évident que cet envoyé, ministre de nom, mais espion en réalité, attenterait au droit des gens, et manquerait au devoir le plus incontestable envers la puissance auprès de laquelle il réside. Pour le démontrer, il suffit d'une question bien simple. Un gouvernement neutre, comme l'était celui de la Bavière, peut-il souffrir que l'agent accrédité auprès de lui par l'une des puissances belligérantes, profite de sa position pour entretenir et diriger chez l'autre puissance un espionnage également hostile et actif?

Le publiciste le plus reláché ne saurait répondre affirmativement à cette question ; car si le gouvernement neutre souffrait auprès de lui on tel espion, sous le titre sacré d'agent diplomatique, il violerait la neutralité, il se constituerait en état d'hostilité envers la puissance lézée. Si le gouvernement neutre ne peut tolérer auprès de lui un tel agent, c'est parce que celui-ci abuse de son caractère, parce qu'il enfreint les conditions auxquelles il a été reconnu, parce qu'il compromet le gou'vernement qui l'a admis, en un mot, parce qu'il manque à la foi publique «t viole la loi des vations.

Si cela est vrai d'un agent qui borne sa déloyauté à l'espionnage, que dire de celui qui, à la faveur de son caractère, fait la gnerre la plus dangereuse à la nation dont il est l'ennemi, qui s'occupe de débaucher ses soldats, de corrompre ses autorités, de désunir toutes les classes, d'ameuter tous les

mécontens, de solder tous les brouillons, pour renverser le gonvernement, et livrer le peuple à l'anarchie ? Que dire de l'agent qui appuie sur le territoire neutre les leviers avec lesquels il veut remuer et bouleverser la nation dont il est l'ennemi, qui allume sur le territoire neutre les brandons qu'il jette au nuilieu de cette nation, pour croire qu'un tel ageet n'est pas coupable d'une offence très-grave envers le gouvernerent neutre qui l'a admis, il faudrait avoir oublié toutes les lois, qui ont regi jusqu'à ce jour les sociétés européennes; il faudrait avoir renoncé à l'usage de sa raison.

Ce sont là cependunt les agens dont le ministère anglais avoue et prétend justifier les odieuses mani@uvres ! ce sont là les ageus qu'il a voulu entretenir chez les princes allemands, voisios de la France !.... Et la France, dont la frontière orientale touche à un grand nombre d'états qui, par leur faiblesse et leur peu d'étendue, offrent tant de ressources, tant de moyens d'évasion aux intriguans, aux traîtres, aux boute feux, aux assassins stipendiés par l'Angleterre, la France souffrirait qu'on abusat de sa situatiou pour mettre sur ses flancs de tels ennemis! Non, elle ne le souffrira jamais, et les souverains de ces états, çes princes qui doivent, presque tous, ou leur existence à son patronage, ou leur agrandissement à son ami. tié, savent assez ce qu'elle mérite de reconnaissance et d'égards pour se prêter à tous les actes qui intéressent sa tranquillité, pour unir de plus en plus leurs intérêts aux siens, pour se rendre sourds aux clameurs de la haine déjouée et de i'envie impuissante:

Après que le ministère britannique a pris soin de prouver lui-même ses affreux complots, il serait superflus sans doute de repousser les pitoyables récriminations par lesquelles il veut atlaiblir l'indignation qu'ils ont excitée en Europe. Daus les faits qu'il allégue, presque tont est faux, et quelques-unes de ces recriminations, joignent aux tort d'être i himériques, celui d'être ridicules. Telle est, par exemple, l'invention d'un corps d'Irlandois que Lord Hawkesbury prétend étrerassemblé sur nos côtes, pour vous aider dans nos projets d'inyasion. Ce corps n'a jamais existé que dans l'imagination du ministre; mais une telle accusation doit paraître bien extravagante à quiconque réfléchit contre qui, et par qui elle est portée. Cette accusation est dirigée contre un gouvernement, qui depuis long-tems a convaincu.l'Europe qu'il peut se défendre, attaquer et conquérir sans avoir recours aux étrangers. Cette accusation part d'uu gouvernement qoi, pendant plus sieurs années, eut à sa solde divers régimens des Français einigrés, et qui, ne pouvant aujourd'hui se faire servir par des hommes d'honneur, cherche dans la lie de la nation, et stipendie de vils, assassins.

Ce qu'il y a de vrai dans les faits reprochés par Lord Hawkerbury, a été justigé d'avance par les attentats du mi,

nistère anglais contre les droits des gens. C'est à titre de représailles que le gouvernement français a retenu comme prisonniers les sujets du roi d'Angleterre qui se trouvaient en France lors de la rupture. Avant la déclaration de guerre, les Anglaient avaient déjà arrêté nos vaisseaux et saisis nos propriétés. Cet attentat, qui n'est pas nouveau pour eux, et par lequel ils préludèrent à toutes les guerres, fut souffert avec trop de faiblesse par les rois de France; il était tems d'apprendre au monde que le ministère anglais ne violerait plus impunément le droit des gens envers la nation française; elle le devait à sa dignité, et elle devait aussi cet exemple aux autres états de l'Europe. C'est à elle qu'il appartient de mettre à la raison cette espèce de doctrine barbaresque, qui jusqu'ici a voulu faire du droit des gens une loi rigoureuse pour le continent, et insignifiante pour l'Angleterre. Accoutumés d une condescendance honteuse de la part de notre nation elle-mênie, ils trouvent aujourd'hui intolérable des représailles qui doivent les forcer de se soumettre au pacte commun; ils se plaignent d'une mesure qui est leur ouvrage, et en prétendant nous dénoncer, ils se dénoncent eux-mêmes. De quel front cependant invoquent-ils des lois que, dans tous les tems, mais depuis douze aus surtout, ils se sont fait un jeu de méconnaitre ou d'enfreindre ? Si l'on pouvait interroger l'Europe et l'appeler en témoignage, quel est le pays d'où il ne s'élevât une multitude de voix pour les accuser ? Que ces accusations seraient fortes, surtout dans les pays qui nous entourent ! l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Hol. lande, se réuniraient pour attester la perfidie anglaise; Naples nous dirait : que de sany le gouvernement anglais fit verser, contre la foi des capitulations! La Toscane et Gènes, comkien il vexa leur commerce et opprima leur indépendance. Berne, avec quel despotisine il voulut donner ses lois à sa politique; la Hollande, à quelles corruptions elle dut la perte de ses colonies ; les Princes allemands, de quelles promesses ils furent le jouet, et de quel abandon ils ont été les victimes ; l'Espague rappellerait l'incendie de Toulon, allumé par les Anglais, au mépris des lois de l'humanité et des sermens de leur alliance; ces flammes, à la lueur desquelles ils contemplaient avec une avidité barbare, le nouvel empire qu'elles leur promettaient dans la Méditerranée !

Au milieu de nous, parmi ces royalistes dont le gouvernement anglais affecte encore de protéger la cause, les uns nous montreraient cette Vendée où il entretient le feu de la guerre avec une si cruelle habileté, c'est-à-dire, tel qu'il le fallait, non pour faire triompher, mais pour dévorer ses habitans ; les autres se borneraient à nommer ce champ de carnage où, croyant gagner dix victoires navales, l'Angleterre fit immoler avec cant de joie les hommes qu'elle y avait conduits comme alliés avec un si perfide en pressement.

M M

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