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»ger. Mais ces souhaits auroient paru plu» tôt l'effet de l'inquiétude de l'esprit, qui » desire toujours les choses qu'il n'a pas, que » la possibilité de vaincre en cette occasion » les obstacles de la nature.

» L'on a discuté la possibilité de la jonc» tion des mers. Cette pensée hardie, qui a » été l'objet des souhaits de quantité de Prin» ces depuis plusieurs siècles, se trouve une » chose facile dans l'exécution. Il a déjà été » dépensé cent mille livres pour en faire » l'essai , et convaincre , par une expérience » sensible, de la possibilité de l'ouvrage, que » nous avions déjà reconnu faisable.

» L'on cherchoit autrefois de toutes parts » des hommes intelligens dans la conduite » des eaux, pour couper des montagnes et » embellir des palais que l'on bâtissoit du » sang du peuple ; présentement, l'on dé» tourne le cours des rivières, l'on rassemble » des eaux de toutes parts; on les conduit » avec soin, artifice et dépense; mais ce n'est ni pour

embellir le jardin de Lucullus ; ni » pour satisfaire au luxe de Séjan. Tout se » rapporte au bien public, à la grandeur de » l'Etat, et à l'avantage des peuples. De v toutes les dépenses qui se font pour le Lan

»)

le cap

guedoc, le Roi veut en laisser l'utilité, il » ne s'en réserve que la gloire.

» Je sais, ajoutoit le Prince, qu'un Canal >> de communication des mers est inutile » s'il n'y a un port pour l'entrée et la sortie » des marchandises. Mais c'est un effet de la » Providence

que

de Cette nous four» nisse un lieu avantageux pour la sûreté des » vaisseaux , et que le port étant séparé de » vos étangs par une langue de terre , et » n'étant communicable que par un Canal » pour les barques, vous en recevrez des » avantages sans en craindre les incommo» dités. Les projets ont été communiqués aux » plus habiles gens de l'Europe ; on a déjà » commencé d'y mettre la main. Le Roi a » raison de croire que vous donnerez des » secours pour l'exécution de ces entreprises; » et Sa Majesté, de son côté, retranchera des

dépenses nécessaires ailleurs, pour y con» tribuer de l'argent de son trésor royal »,

Les Etats de Languedoc, quoique convaincus de l'utilité de ce projet, ne purent néanmoins se défendre d'une méfiance assez justifiée par l'expérience du passé. Ils craignirent que des fonds, accordés pour un Canal, ne fussent employés à d'autres dé

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penses imprévues; et que leur pays, au lieu d'un nouveau port, n'eût qu'une imposition de plus. Ils déclarèrent, le 26 février 1666, qu'ils ne pouvoient, pour le présent ni pour l'avenir (1), contribuer à la dépense des ouvrages du Canal.

. D'un autre côté, le trésor royal étoit épuisé; et il étoit comme impossible d'assigner sur lui une nouvelle dépense. C'étoit donc en vain que l'utilité et la possibilité de la jonction des deux mers avoit été démontrée; tout manquoit pour l'exécution ; mais Riquet, qui avoit osé en concevoir le projet , ne se manqua point à lui-même : il ne se borna pas à présenter un plan, il se chargea de son exécution; et s'il détermina le Gouvernement à se livrer à cette entreprise , ce fut uniquement en lui donnant des moyens sûrs de pourvoir aux dépenses du Canal, sans surcharger les finances de l'Etat.

(1) Lorsque dans les années suivantes l'ouvrage du Canal fut assez avancé pour faire prévoir qu'il ne seroit plus abandonné, les Etats de Languedoc accordèrent libéralement des sommes considérables pour en terminer l'exécution. On verra dans la suite le détail de ces secours donnés par la province.

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On divisa d'abord le Canal projeté en deux parties. L'une comprenoit la rigole de déri- . vation des eaux de la montagne Noire, et le Canal de navigation depuis Toulouse jusques auprès de Trèbes. La seconde partie du Canal n'avoit point encore de plan arrêté; on étoit indécis sur le point auquel on le feroit aboutir, des vérifications nouvelles avoient été ordonnées ; il s'agissoit de savoir quel seroit le port le plus commode, entre ceux de la Nouvelle, de la Franquy, et de Cette. La décision dépendoit du succès des ouvrages commencés dans ce dernier port.

Il fallut donc se borner alors à n'entreprendre que la première partie du Canal : et M. le chevalier de Clerville ; commissairegénéral des fortifications, fut chargé par le Roi de dresser le devis des

ouvrages à faire depuis Toulouse jusqu'à Trèbes.

Déjà ce devis avoit été fait avec une grande exactitude sous les yeux des commissaires, par MM. de Bourgneuf et de Vaurose, experts nommés par eux (1). Il est divisé en .cent soixante et sept articles, dont seize concernent la rigole de dérivation. Lorsque ce

(1) Biblioth. imp. manuscrit Colbert.

devis adopté par les commissaires , eut été communiqué, en 1665, par M. de Bezons à M. de Clerville, cet ingénieur observa que les experts avoient calculé les dépenses du Canal, dans l'hypothèse il seroit destiné à recevoir des galères. De-là, leur résultat montoit à plus de huit millions. La Garonne n'étant pas navigable pour les galères, il étoit inutile de disposer le Canal pour elles. Ce fut le principe sur lequel, en se bornant uniquement à la navi. gation des barques, on réduisit les dimensions proposées par les experts à celles que les besoins du commerce seul pouvoient exiger.

MM. de Bourgneuf et de Vaurose avoient, dans leur devis de la rigole, adopté le projet des digues, par lesquelles les eaux prises à l'entrée des vallons, devoient être élevées jusqu'au niveau d'où elles pourroient être conduites à leur destination. Riquet, dans sa rigole d'essai, trouva le moyen de soutenir les eaux au niveau convenable, en les prenant plus près de leur source; et il évita ainsi les dépenses inséparables de l'autre plan.

M. de Clerville adopta , dans son devis, le plan (1) tracé par Riquet pour la rigole de dérivation, et ne changea que les dimensions (1) Canaux navigables par La Lande, page 120.

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