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» au projet de Riquet et des experts, que deux chan» gemens remarquables.

» Le premier consistoit à percer , au lieu du col » de l’Alquier, la montagne de Campmases, pour » jeter la rigole de la Montagne-Noire dans le vallon » de Vaudreuilles, où le commissaire-général pro» posoit aussi de placer un des réservoirs. Le but de » ce changement étoit de réserver le Sor pour la » navigation du Tarn, ou du moins de n'en prendre » les eaux que pendant l'hiver. Cette idée ne fut pas » suivie dans l'exécution. On jeta la rigole de la Mon» tagne-Noire dans le Sor, comme Riquet le propo» soil. Mais en 1686, Vauban, perfectionnant l'idée » du chevalier de Clerville, proposa

de » montagne de Campmases , pour écouler, dans le » réservoir de Saint-Fériol, les eaux superflues de » cette rigole, pendant les saisons des pluies.

» Le second changement indiqué par le chevalier » de Clerville avoit pour objet d'éviler un terrain » inondé, et les sables de la côte, que traversoit le » Canal de Narbonne à Cette , suivant le tracé des » experts. Ce changement ne fut point exécuté. » Riquet, ainsi que nous le verrons, proposa une » direction qui fut préférée , et qui méritoit de l'être.

» On voit par ce qui précède, que le chevalier de » Clerville rédigea successivement,

» 1°. Un devis abrégé, qui n'est autrechose qu'une » réduction du devis des experts, et présenle , dans » une ou deux pages , la diminution de dépense qu'on

percer la » peut obtenir en adoptant les bases présentées dans » le mémoire que ce devis termine. Il est, comme le >> mémoire, du mois de janvier 1665.

» 2o. Le devis d'adjudication de la première partie » du Canal. Il est daté du 5 octobre 1666.

» 36. Les devis d'adjudication de la seconde partie » du Canal et du port de Cette. Ils sont des 5 et 15 » juin 1669.

» F. Andréossy, dans så note historique, réclame, » comme son ouvrage, le premier de ces devis; dit » qu'il servit au chevalier de Clerville à rédiger son >> devis de 1666; et semble l'accuser de s'être fait » honneur, près du Roi, non-seulement du devis de » 1665, mais du projet même de 1664.

» Le chevalier n'a pu ni voulu s'attribuer le projet » de 1664.

» Il n'en a pas eu l'idée : son mémoire en est la >> preuve.

» Il nepouvoit l'avoir. En effet, les procès-verbaux » des commissaires du roi et des états qu'il avoit sous » les yeux, constatoient que ce projet étoit l'ou» vrage de Riquet. Ces procès-verbaux devoient être » et furent mis sous les yeux du Roi, comme le »prouve le préambule de l'arrêt du 14 mai 1665.

» Tout le débat'sur l'invention du projet de 1664, » demeure donc entre Riquet et Andréossy , et il » est inutile d'y mêler le chevalier de Clerville.

» L'imputation applicable au chevalier se réduit » donc au devis abrégé de janvier 1665.

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» Mais ce devis n'est plus qu'un ouvrage de calcul » et non d'invention, qui ne mérite pas qu'on s'en >> occupe.

S. VII. Du changement fait par Riquet, en » 1670, à la direction du Canal, depuis Trèbes » jusqu'à Béziers.

» Vers la fin de 1670, Riquet proposa de changer » entièrement la route du Canal, depuis 'Trèbes jus» qu'à Béziers.

» Les experts, à Trèbes, faisoient passer le Canal » sur la rive droite de l'Aude.

» A Puicheric, le chevalier de Clerville , modi» fiant en ce point le projet des experts, ramenoit le » Canal sur la rive gauche de l'Aude , rentroit dans » l'Aude à Pas-de-Loup, profitoit de l'étang de » Vendre, et se rapprochoit de Béziers en faisant » un détour pour éviter les sables de la côte.

» Riquet proposa de conserver le Canal sur la » rive gauche de l'Aude, de le rapprocher des mon» tagnes Noires, et de le conduire droit à Béziers, sa » patrie.

» Nous avons remarqué, dans cette Histoire, les » avantages de cette nouvelle direction, et les motifs » qui la firent adopter.

» F. Andréossy s'attribue encore cette idée de » Riquet. Suivant sa note historique il l'avoit conçue » avant le devis de 1669 : mais, de concert avec » Riquet, il en fit mystère au chevalier de Clerville, » de crainte qu'il ne s'en emparât.

» Puisque Riquet , en 1670, présenta cette idée » comme la sienne, il paroît, si F. Andréossy en » est l'auteur , qu'il eût mieux fait de se défier de » Riquet , que du chevalier de Clerville.

» Quant à Riquet , s'il se défioit du commissaire» général, rien ne l'empêchoit de communiquer ses » idées à Colbert. Il correspondoit directement avec » ce ministre; et en 1669, un de ses fils étoit à la

>> cour.

» La manière franche et loyale dont le chevalier » de Clerville se désista de ses idées pour appuyer , » près de Colbert , les idées de Riquet , dut prouver » à ce dernier que sa défiance étoit injuste.

» Les éloges que le commissaire-général fait des » travaux, et la chaleur avec laquelle il repousse les » doutes qu'on élevoit sur leur succès, prouvent qu'il » fut l'appui de Riquet et non pas son rival.

» Ni cette injuste défiance, si Riquet le conçut en » effet , ni les imputations que j'ai repoussées, ne me » paroissent atteindre le chevalier de Clerville. A ce » qu’on ajoute pour le rabaisser, j'opposerai cette » Histoire, et le témoignage de ses contemporains » sur son esprit et ses talens.

» Au reste, la route proposée par Riquet en » 1670, valoit mieux que la direction donnée en » 1669 par le chevalier de Clerville. Celle-ci étoit » préférable à la magistrale tracée par les experts, » en 1665 ; et cette dernière étoit supérieure à l'es» quisse produite par Riquet en 1664. On ne voit ,, » dans ces améliorations graduelles, que la marche » ordinaire de l'esprit humain. Les experts ont » corrigé Riquet; M. de Clerville, les experts ; et » Riquet, le chevalier de Clerville. Riquet sur-tout, » vivant sur les lieux, occupé d'un seul objet, et » venant après tous les autres, avoit, pour mieux » faire, de grands avantages sur le chevalier de Cler» ville, distrait par tant d'autres soins, et qui ne pou» voit donner qu'un coup-d'oeil au Canal de Lan» guedoc.

» Tout, dans ce Canal , projet, tracé, ouvrages » d'art, fut perfectionné de la sorte, peu à peu , par » une suite d'heureuses modifications. Il en est ainsi » de toutes les grandes entreprises. Si la première » pensée est le produit d'un instant et d'un seul » homme, presque toujours, c'est du temps et de » plusieurs , qu'elles reçoivent leur perfection'».

M. le maréchal de Vauban dans son mémoire, s'exprime ainsi : « Il paroît qu'on pourroit faire un » bassin au-dessous de celui de Lampy. C'est ce que » le P. Mourgues et M. Gilade prennent la peine » d'examiner, le niveau à la main ». Est-il vraisemblable que si M. Andréossy , qui vivoit alors , eût été jugé digne d'une statue par le maréchal de Vaubau , il n'eût pas aussi été indiqué par lui , comme devant vérifier la possibilité des nouveaux

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