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» en augmenter le prix par les formes agréa» bles dont ils peuvent être susceptibles.

» Dans cette régie, comme dans toute » autre , les règles doivent être écrites et si » claires, qu'elles puissent servir de condam» nation à ceux qui s'en écartent.

» Tout employé qui se conduit bien doit » être l'ami des propriétaires ; ses besoins, >> ses malheurs, ses enfans, doivent les occu» per ; ils ne doivent rien épargner pour » leur tranquilliser l'esprit ; car on ne peut » remplir des devoirs de cette importance, si v l’on a des chagrins qui donnent des dis>> tractions.

» C'est à tenir les employés dans le calme » heureux qui laisse à l'esprit toutes ses v facultés , que les propriétaires doivent » s'attacher. Leur douceur ainsi

que

leur » attention à prévenir la timidité qui n'ose » se plaindre et à pénétrer les besoins, sont » des moyens de captiverdes cours honnêtes, » et à tenir l'intérêt des employés réuni à » celui des propriétaires , pour la conserva» tion de ce grand et important ouvrage ».

C'est d'après ces principes , que les propriétaires du Canal s'attachoient à perpétuer les emplois de leur administration dans les

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familles des premiers employés. Suivant la remarque de l'historien du Canal du Midi , ils avoient étendu ce systême d'hérédité jusqu'aux fonctions des entrepreneurs et des éclusiers. C'est ainsi que les familles des employés se regardoient comme associées à l'entreprise du Canal , et y portoient le zèle d'un intérêt permanent et héréditaire.

Le choix des divers directeurs-généraux (1) compose une liste où l'on ne trouve que des talens reconnus et des services honorables. Ce tableau n'est pas ce qui honore le moins l'administration du Canal. Les propriétaires, jaloux de perpétuer la génération des talens, avoient institué en 1760 une école particulièrement destinée à former des ingénieurs

(1)

Directeurs genéraux.
M. Albus...
M. Gilade.....
M. de la Servière..
M. de Rousset....
M. de Palmas..
M. de Marle.
M. Serres ..
MM. Pin et Clausade...
M. Pin.....
M. Clausade fils..

1680 à 1683
1684 à 1698
1699 à 1714
1715 à 1727
1728 à 1746
1747 à 1762
1763 à 1766
1767 à 1773
1774 à 1802

1802

l'intérêt particulier d'une famille proprietaire , est le meilleur garant de l'intérêt général. Aussi les propriétaires du Canal avoient-ils rejeté le mode des adjudications au rabais. Ils s'attachoient, dans l'exécution des travaux, non à se procurer le meilleur marché, mais à donner le plus de perfection possible aux ouvrages. Une attention suivie à l'entretien journalier, évitoit quelquefois de grands accidens; mais s'il en survenoit d'extraordinaires, la meilleure économie aux yeux des propriétaires étoit de

payer

davantage , afin d'unir à la fois une plus grande célérité à une meilleure exécution. Ce n'étoit pas assez de réparer les désastres imprévus, il falloit prévenir ceux qui paroissoient simplement possibles. Des administrateurs publics seroient taxés d'une prévoyance chimérique, s'ils demandoient des fonds

pour prévenir un danger incertain. Mais les

propriétaires du Canal étoient conduits par l'honneur et l'intérêt, à faire souvent une dépense considérable pour prévenir un malheur regardé comme probable , quoique dans un grand éloignement.

C'est d'après le même système qu'ils avoient formé une régie pour rassembler d'avance les matériaux les plus nécessaires à la solidité des ouvrages. Elle avoit à Castelnaudary un entrepôt de tous les bois destinés aux constructions exigées par le Canal. Les avantages qui en résultoient avoient fait naître l'idée d'en former de semblables

pour

les pierres, soit à Trèbes, soit à Agde. A Trèbes, ce magasin se seroit remplien élargissant la partie du Canal qui est creusée dans le roc, et dont la voie est trop étroite. A Agde, l'exploita. tion des carrières voisines eût été dirigée de manière à ouvrir au Canal un débouché dans la rade de Brescou.

Les propriétaires du Canal s'étoient prescrit, dans leur administration, des règles générales dont ils ne s'écartoient jamais. Elles ont été tracées par l'un d'eux (1), dans un mémoire qui a été imprimé dans l'Histoire des Canaux navigables; nous en rapporterons ịci un fragment.

« Lorsque les propriétaires du Canal feront » leurs tournées, ils seront accompagnés du » directeur-général et du contrôleur-général,

(1) M. de Caraman , lieutenant-général et commandant en Provence , principal propriétaire qui a administré pendant trente ans cette grande régie.

» du directeur du département, du cultiva» teur des terreins ou francs-bords, des jar» diniers chargés des plantations, des entrev preneurs de charpente et maçonnerie du » département, et du garde à bandoulière. » Le procureur chargé des affaires litigieuses » doit aussi s'y trouver ; mais il importe de

n'y admettre aucun étranger, si l'on veut » s'occuper solidement d'un travail qui ne » permet aucune distraction.

» Le propriétaire portera avec lui le mé» moire de la tournée précédente , et lira » d'avance les instructions et les observations » faites dans le cours de cette année sur cha» que retenue ou écluse. Il examinera si » tout ce qui a été ordonné a été fait; il » apprendra les motifs qui auront fait différer » l'exécution de certains ouvrages; et il réglera les travaux de la

campagne

suivante. » Il louera et récompensera ceux qui l'auront » mérité par leur activité et par la précision » avec laquelle ils auront exécuté les ordres : » il ne recevra aucune excuse sur la difficulté » de trouver des ouvriers, ou sur ce que les >> matériaux seroient arrivés tard , parce que » la grande activité qui doit animer les tra» vaux du Canal , exige que les directeurs

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