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» d'Agoût; le Foix par l'Ariège ; le Mirepois » par le grand Lers; Beziers par celle d'Orb; » Pézenas par l'Erault ; Montpellier par un » ancien canal que le temps a ruiné , et par » sa rivière de Lez; Lunel par sa robine; » Nimes par sa fontaine ; Castelnaudary; » Carcassonne et Narbonne s'y rencontrent » situés dessus, aussi bien que toutes les villes » du long du Rhône.

» Je vous ai ci-devant écrit, Monseigneur, » que la jonction des rivières de la montagne » Noire , leur conduite aux Naurousés , les » chaussées, les magasins d'eau, et la mine » dont mention est faite ci-dessus, étoit l'em. » barras, et ce qui faisoit le plus de peine à » MM. les commissaires et experts. Il est » Vrai , Monseigneur, que cela n'est point » sans difficulté; et comme je suis celui qui » ai donné le premier branle à ce dessein,

je serois au désespoir , si ces difficultés en » empêchoient la réussite; et e'est aussi pour » cela , Monseigneur, qu'au refus de tous les » autres, je veux bien m'engager par un fot» fait à cette difficile besogne, tout ainsi que » je vous l'ai ci-devant écrit. Je la ferai,

Monseigneur, à un prix très raisonnable p et modique, avee cette stipulation, que je

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» ne pourrai recevoir aucun argent de mon » forfait que je n'aie fait connoître par une » démonstration sensible, ou, pour

mieux » m'expliquer, par une petite rigole, qu'il » est possible de mener toutes lesdites rivières » aux Pierres de Naurouse. Mais je ne sau» rois faire ladite. rigole que les chaussées » pour l'élévation des eaux , et les mines dont » mention est faite ci-devant, ne soient en» tièrement construites. Or est-il, Monsei» gneur , que ces chaussées, cette mine et » cette rigole coûteront plus de deux cent » mille livres. J'offrirai pourtant d'en faire » l'avance à mes périls ; je veux dire qu'en » cas que je ne réussirois point, mes four» nitures me reviendroient à pure perte; en » quoi je risque honneur et bien. Car si je » manque d'exécution , je passerai pour un » visionnaire; et si j'aurai perdu une grande » somme du plus clair de mon bien. Aussi,

Monseigneur , si j'en sors heureusement, » j'aurai sujet de prétendre d'être bien payé » du prix de mon forfait; et je vous sup» plierai bien humblement de m'accorder » vos suffrages, pour que cela m'acquière de » l'honneur et quelque peu de bien. Je vous » en présenterai les moyens, Monseigneur,

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» dans le mois de février prochain, que j'es

père avoir l'honneur de vous voir; lesquels » moyens ne seront point du tout à la charge » du Roi, &c. ».

Enfin, dans une lettre du 20 janvier, il se plaignít au Ministre de ce que les commissaires lui avoient fait un mystère de leurs estimations et de leur résultat. Riquet se rendit à Paris peu de temps après ; il eut une conférence avec M. Colbert, et des lettrespatentes du 27 mai 1665, lui attribuerent la commission de faire travailler aux rigoles nécessaires pour faire l'essai de la pente et de la conduite des eaux.

Riquet se hâta de commencer cette ene treprise sous l'inspection de MM. de Bezons et de Tubeuf, intendans de Languedoc. Il écrivit, le 31 juillet 1665, à M. de Colbert, que le travail s'avançoit; de sorte que la fin n'en seroit guère éloignée du commencement. « Bien des gens, ajoutoit-il(1), seront surpris » du peu de temps que j'y aurai employé, et » du peu de dépense que j'y aurai faite. Quant » à la réussite, elle est infaillible, mais d'une » manière toute nouvelle, et jamais per

(1) Archives du Canal.

» sonne n'avoit pensé. Je me compte de ce » nombre; car je puis vous jurer, que le » chemin par où je passe maintenant, m'avoit » été toujours inconnu , quelque diligence ».que j'eusse faite pour le découvrir. La pen» sée m'en vint à Saint-Germain : j'en son

geai les moyens, et quoique fort éloigné, » ma rêverie s'est trouvée juste sur les lieux: » le niveau m'a confirmé ce que mon ima. » gination m'avoit dit à deux cents lieues » d'ici. Par cette nouveauté, je dispense mon » travail de tous regonflemens, de toutes » chaussées et de toutes mines; et je le con

par la superficie de la terre, par en» foncemens et vaux,et pár pentes naturelles; » en sorte que je rends la chose aisée et d'env tretien facile ; et je décharge la grande » rigole de dérivation d'environ quatre cent

mille livres de dépense, que ces regonfle» mens, ces chaussées et ces mines avoient » été évaluées, avec le long temps qu'il auroit » fallu, pour l'assemblage des matériaux et » pour la construction ».

Riquet, pour cet essai, fit faire une tranchée dirigée dans les lieux où devoit passer la rigole de dérivation destinée à alimenter le Canal de navigation. Cette tranchée fut très

» duis

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adroitement conduite, et très-heureusement exécutée, dans une contrée remplie de précipices et de rochers. Elle eût été terminée en septembre, si des pluies abondantes n'eussent interrompu le travail pendant quinze jours.

M. de Tubeuf se transporta sur les lieux vers le milieu de ce mois, et voici ce qu'il écrivit à M. Colbert (1):

« L'affaire de la rigole est de telle consé» quence pour la construction du Canal, que

j'ai cru ne devoir rien négliger de tout ce

qui pourroit éclairer la possibilité d'un si » grand ouvrage. Pour cela , j'avois conseillé » M. de Clerville et le sieur Renier-Janse de la » venir voir, pour savoir leur sentiment, et » de nous en pouvoir parler avec plus de » certitude. Ils étoient partis de Montpellier » plusieurs jours avant moi, et je les ai » trouvés en cette ville où j'arrivai avant» hier. J'ai engagé aussi M. de Fleury, tré» sórier de France à Montpellier, l'un des » commissaires du Roi dans la plupart des » affaires de cette province, et qui me pa» roît intelligent et très-affectionné, à venir

»

(1) Biblioth. impér. manuscrit Colbert.

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