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Librarian van strekum

31-27

F Ê T ES

E T

CO U R T IS A N E S

A

DE LA GRÈ C E.

CHAPITRE X I.

A M O URS DE CH A R I L L U S

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CHARILLUS était sculpteur à Athènes. Paré de toutes les grâces de la jeunesse et du charme des talens, il attirait sur lui seul, dans toutes les fêtes, les regards. des jeunes canéphores, qui oubliaient, en le contemplant, les dieux mêmes, l'ouvrage de son ciseau. Charillus n'était ni ému, ni flatté. Ces regards chargés de

Grammat. Aristot, Sosibius

langueur ou de désir, ce sourire malin ou tendre, les agaceries piquantes, ou la volupté plus touchante encore de la pudeur qui soupire et rougit, la douce palpitation d'un sein demi-nu, ces bras charmans, chaînes des voluptés, sa propre jeunesse, et le souffle amoureux du printemps, rien ne put rendre Charillus infidele.

Il adorait Myrtho, fille de Polymnestor, grand-prêtre du temple d'Apollon à Délos.

Polymneslor se plaisait à parer sa fille des attributs de Diane'; on l'eût prise alors pour la déesse elle-même. Un vêtement léger accusait sa taille plus légère encore, et dont l'élégance formait sa plus riche parure. Ce vêtement était retenu autour de ses reins qu'il caressait, comme l'onde qui baise en serpentant les contours d'un beau rivage. Il s'arrêtait à ses genoux, dont la forme parfaite commandait d'y tomber. Sa jambe fine, son pied délicat, l'auraient fait distinguer au milieu du choeur des plus belles ortades. Sa blonde chevelure était relevée sur sa tête, et rassembléo en nocud à la manière des vierges. La moitié de son sein est voilée, l'autre est nue, trésor pur et virginal; c'est ce bouton de rose que la perle du matin et le baiser du zéphyr n'ont point encore effleuré.

Un càrqtois' d'or est' sa scule richesse. Il brille sur des épaules dont la blancheur efface son éclat. Un trait est dans sa main; celui de l'Amour n'est pas plus percant.'

Ce fut dans cet appareil qu'elle s'offrit, pour la preinière fois, aux regards de Charillus. Depuis ce temps il brûle; une fièvre dévorante l’agite'; c'est en vain qu'il cherche à rappeler sou génie : la gloire même n'est plus rien à ses yeux. Ses travaux les plus chers, ceux qui lui promettaient la palme du concours , languissent, deineurent imparfaits ; son ciseau tombe à ses pieds. Tantôt il demeure pensif , 'plongé dans une longue rêverie; il ressemble ałors å ces statues inanimées, aussi froides

aussi froides que les tombeaux qu'elles entourent: et tantôt égaré, il se lève agité , tol que la bacchante , et remplit de' soupirs embrasés, ou d'une plainte délirante, son atelier désert... 1. Les fêtes de Délos approchaient. Polymnest tor voulut en relever la

de .prodiges de l'art. Il écrivit de tous côtés aux artistes les plus célèbres. Charillus sut du nombre: Un escláve entre dans son atelier, et ne lui dit que ces mots, en déposant entre ses mains des présens et une lettre : Polymnestor: et 11 yrtha: pous attendent,

pompe par

nouveaux

Soyons aussi rapides dans notre récit, que Charillus dans son voyage. Emporté comme la passion, et prompt comme le désir, il touche déjà aux rivages de Délos ; il vole chez Polymnestor.

Le prêtre l'attendait dans le temple. Il faut s'y rendre sans voir Myrtho, qui n'a point paru à ses regards. Charillus arrive, l'air morne et préoccupé. Le prêtre descend les . degrés du teinple, et vient à sa rencontre. Il le félicite sur sa piété.

Ils se prosternèrent devant un autel formé de cornes d'animaux", qui se soutiennent par leur seul entrelacement. Les poètes prétendent que ces cornes sont les trophées de la chasse divine 2.

L'homme crédule ou superstitieux adore ces reliques, et croit au prodige : l'observateur n'y trouve que l'emblème des signes qui président au printemps 5, de la coiffure d'Apollon, ou du croissant de Diane 4.

1Plutarch. de solert, anim. in Thes. Callim. hymn. in Apoll. v. 58. Ovid. epist. Miror et innumeris structam de cornibus aram,

MARTIAL. 2 Callim. in Delos. Homer. 3 Le taureau céleste. Le belier. De-là les cornes d’Apis et de Jupiter Ammon.

Le prêtre fit remarquer à Charillus

à Charillus que deux philosophes s'étaient prosternés devant cet autel : Platon, qui le rendit une fois plus grand, en appliquant à sa construction les conséquences de la découverte du carré de l'hypothénuse ; et Pythagore, que l'on vit souvent déposer près de là, sur une simple pierre, les prémices des fleurs et des fruits.

Ils se levèrent ensuite, et passèrent dans l'intérieur du temple.

Les yeux de Charillus étaient distraits, et cherchaient Myrtho.

Polymnestor continua :

« Je m'aperçois que vous êtes surpris de voir ici un Apollon à quatre oreilles, et plus Foin sa triple statue environnée de trois attributs différens, la lyre, le griffon, et des flèches". Le premier est le soleil des quatre saisons grecques ; Pautre, celui des trois saisons orientales : c'est à celui-ci que le trépied fut consacré ; c'est lui que suivent les neuf muses, ou plutôt les neuf génies, les lunes de chaque mois. Cette lyre est le symbole de l'harmonie des sphères, etc 2. Là, cette image du dieu est

· Homère. Orph. hymn. Cicer. de nat. deor. 1. IIL.. Porph. Buccatius. Grég. Gyrald., Winkelm. Dap.

2 Phurnutus.

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