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En même temps, il demanda au Conseil général du Var l'inscription des deux lots suivant lesquels le projet avait été divisé, aux programmes successifs de 1901 et de 1902.

Tous comptes faits, sa participation dans les dépenses rattachées aux dits programmes pour la traversée du massif du Cap Roux s'est trouvée un peu inférieure au coefficient réglementaire, et de 18,1 p. 100 seulement.

L'opinion du Conseil Général du Var était en l'espèce tout à fait prépondérante : c'est lui en effet qui, dans sa session annuelle d'avril, prépare le programme des travaux sur les chemins vicinaux à subventionner l'année suivante, programme qu'il arrête définitivement à la session d'août. Or, la commune de Saint-Raphaël avait déjà figuré au programme 1899 pour la partie du chemin vicinal ordinaire n° 7 du Dramont à la plage d'Agay et pour un autre chemin (vicinal ordinaire n° 5), au programme 1900 pour la partie d'Agay à Anthéor, soit au total pour environ 130.000 francs.

Il s'agissait de la porter encore au programme 1901 pour un premier projet d'Anthéor à la pointe du Cap Roux estimé 115.000 francs et au programme 1902 pour l'achèvement dans le Var, de la pointe du Cap Roux à la limite des Alpes-Maritimes, estimé 100.000 francs soit au total pour 215.000 francs.

Qu'allait-on dire dans les autres Communes du département de la faveur particulière dont paraissait jouir auprès du Conseil général la commune de Saint-Raphaël? Que penserait-on, dans les cantons qui depuis des années attendaient la construction ou l'achèvement de voies vicinales, de la hâte avec laquelle on s'empressait de satisfaire les désirs d'une localité déjà priviligiée par son admirable situation et par sa prospérité croissante ?

Il y avait la matière à réflexion pour les Conseillers Généraux et l'hésitation leur était permise : elle sera comprise de tous ceux qui ont la pratique du Service Vicinal et qui savent combien les questions de chemins agitent et parfois passionnent les populations des campagnes.

Cependant, la nouvelle route, poursuivie en même temps dans les Alpes-Maritimes, était présentée comme un lien nouveau entre

Ann, des P. et Ch. MÉMOIRES. 1905-2.

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les deux départements; la richesse de Saint-Raphaël et de la région qui l'entoure avail pour conséquence directe une augmentation de la valeur du centime départemental; il fallait, en allant vite, profiter du mouvement d'opinion créé par le Touring-Club de France qui attirait sur l'Estérel l'attention universelle.

Ainsi envisagée, l'affaire perdait son caractère local et l'intérêt général auquel elle était intimement liée justifiait parfaitement en sa faveur des mesures d'exception.

Aussi le Conseil général du Var, après une première inscription de la commune de Saint-Raphaël pour 115.000 francs au programme 1901 arrêté par lui en session extraordinaire d’octobre 1900, voulut-il bien en avril 1901, comprendre encore pour 100.000 francs la même commune au programme 1902.

Mais, il entendit expressément limiter les ressources personnelles qu'il aurait à consacrer à la route nouvelle de Saint-Raphaël à Cannes, et il fixa la subvention à 25.000 francs pour 1901 et à 6.000 francs pour 1902, soit 31.000 francs au total, somme qui représenta seulement 13,7 p. 100 de la dépense faite, alors que sa part régle. mentaire eût été de 34,10 p. 100.

De plus, il ne voulut pas restreindre d'une manière trop sensible les travaux du programme des chemins vicinaux dans le reste du département, et à cet effet, il décida de demander à l'Etat d'augmenter pour les années 1901 et 1902 la part du département du Var dans la répartition du crédit global de 7 millions.

Le programme ainsi fixé par le Conseil général du Var fut transmis au Ministère de l'Intérieur pour examen des projets au point de vue technique par le Comité de la vicinalité et allocation de la subvention de l'Etat d'après la loi du 12 mars 1880.

Complétant à 100 la part de la commune (20,45), plus celle du département (34,10), la part normale de l'Etat dans la commune de Saint-Raphaël est 45,45 p. 100. Mais, vu l'insuffisance des ressources à provenir du département, la subvention de l'Etat calculée au taux normal ci-dessus sur le bloc des ressources disponibles ne permettait pas d'équilibrer le montant des dépenses: force était donc de recourir à la subvention extraordinaire de l'Etat pré

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vue par l'article 36 de l'Instruction ministérielle de 1898, pour une somme de 33.190 francs.

Il s'agissait aussi d'obtenir une augmentation de la subvenlion normale totale allouée par l'Etat au département du Var.

La décision du Ministre de l'Intérieur du 5 mars 1901 nous assura la participation financière de l'Etat telle que nous le demandions : le Ministère était gagné à la cause chaudement plaidée par M. Ballif, Président du Touring-Club de France, avec l'appui très actif de M. l'Inspecteur général Rouville membre du Comité de la Vicinalité, chargé de l'Inspection du département du Var.

Par cette décision l'Etat s'engageait :

1o A compléter à 45,45 p. 100 taux réglementaire, sa part sur le premier lot en allouant au département du Var en augmentation de la subvention normale qui lui était attribuée pour 1901 la somme nécessaire à cet effet;

2o A admettre en principe au programme de 1902 le reste du projet et, pour rendre plus facile l'inscription au dit programme par le département du Var, à augmenter de 20.000 francs en 1902 avec affectation spéciale, la part habituellement attribuée au dit département dans la répartition générale du crédit;

3o A donner en principe une subvention extraordinaire de 33.190 francs conformément à nos propositions.

Entre temps, le Touring-Club de France intervenait pour combler le déficit des ressources à mesure que nous le constations : c'est ainsi qu'au produit (8.000 francs) de la fête de Cannes, il ajouta successivement 8.182 francs et 10.000 fr. dont 9.000 francs seulement pour les travaux de construction et 1.000 francs pour le premier entretien de la route.

Enfin, lorsque le Ministre des Travaux Publics, après étude de la question du classement en route nationale, demanda que la chaussée fut élargie de 3 à 4 mètres dans le Var, la dépense s'élevant à 9.000 francs fut couverte par un crédit alloué sur notre demande en décembre 1902 par la même Société.

Un particulier versa 1.800 francs pour remplacer le talus de remblai prévu chez lui par un mur de soutènement.

La dépense faite pour réalisation du projet primitif, augmenté

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de divers travaux supplémentaires réclamés ou reconnus nécessaires en cours d'exécution est résumée ci-après :

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Au cours de telles négociations, quand il doit forcer la bourse à s'ouvrir et obtenir par de bonnes raisons un crédit qu'il sent hésitant, la tâche de l'ingénieur est particulièreinent délicate et souvent il se demande si la cause qu'il plaide est vraiment bonne et si la dépense qu'il va faire sera réellement utile et fructueuse : le billet de mille francs arraché au contribuable prend alors à ses yeux une valeur nette et précise. Il devient le symbole du sacrifice consenti par la collectivité et ne cesse plus d'être présent à l'esprit de celui qui a reçu pour mission de ne faire que des dépenses utiles. L'éducation économique, si précieuse pour un personnel dépensier par définition, se forme et se développe par les difficultés rencontrées pour la création des ressources : rien n'y peut mieux contribuer que les travaux du service vicinal et des communes.

Terrains : conditions spéciales de leur cession. - Leur plus-value. - Après avoir approuvé le projet, la commune de Saint-Raphaël

nous donna mission de négocier avec les propriétaires des terrains traversés : en février 1901, nous adressâmes à chacun d'eux une lettre avec un extrait du plan indiquant :

1° L'emprise réelle déterminée par les talus du déblai et de remblai.

2° Une zone de dix mètres de largeur constante (5 mètres de part et d'autre de l'axe du tracé)

Nous demandions, avec l'autorisation d'exécuter le projet approuvé, la cession gratuite à la commune de la bande uniforme de dix mètres, largeur de classement du chemin dans le Var.

Une formule de promesse de cession gratuite était jointe à la lettre. La plupart de ces formules nous revinrent signées. Elles furent rendues définitives par l'acceptation du maire délégué à cet effet par le conseil municipal : c'est là une formalité indispensable pour que la promesse de cession constitue un contrat relatif à l'exécution d'un travail public dont l'interprétation, en cas de conflit, appartienne au conseil de préfecture. D'après l'estimation faite aux états parcellaires, nous avons eu finalement pour 12.960 francs de cessions gratuites, représentant une surface de 64,684,85€ (non compris le sol de l'ancien sentier de la Douane incorporé au domaine public communal par son classement comme chemin vicinal ordinaire).

Le prix du mètre carré ressort donc à moins de 0,20. Or, nous avons dû acquérir à prix d'argent à quatre propriétaires une surface de 1,074 mètres carrés qui nous a coûté 4,714?,68 à raison de 13 francs le mètre pour un jardin avec une baraque qu'on appelle un cabanon dans le pays, de 1 franc et 2 francs pour des terrains incultes et en bois, tout à fait analogues à ceux qui ont été cédés gratuitement.

Notre évaluation représentait la valeur actuelle du sol traversé, admirablement situé au point de vue pittoresque, mais sans eau et d'un rendement agricole à peu près nul.

Les prix que nous avons dû consentir pour acquérir à l'amiable, sont ceux qui se pratiquent actuellement, un an après la construction de la route : la valeur du sol, de particulier à particulier, a donc à peu près décuplé en l'espace d'une année.

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