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prend un élément qui semble susceptible d'être réduit : les frais de déplacement du caisson entrent, dans la façon de maçonnerie, évaluée à 8 francs, pour une part qui n'est pas inférieure à 1 fr. 60: une économie est sans doute réalisable sur cette catégorie de dé. pense, soit par l'amélioration des moyens de levage et l'augmentation de leur puissance, soit par l'emploi de chambres d'équilibre convenablement adaptées au caisson, soit par des modifications de détail apportées à la charpente de suspension en vue de diminuer le nombre des opérations de démontage et de remontage des cheminées, opérations qui ont été d'autant plus fréquentes à Nice que l'écartement des fermes de la charpente n'était pas assez grand pour laisser passer les sas placés en haut des cheminées, etc.

Il est évident que le prix qui vient d'être déterminé (19 fr. 55) n'est pas le prix de revient réel des travaux de Nice tel qu'il pourrait ètre calculé par l'entreprise, en tenant compte des débours que lui ont occasionné les frais généraux et en les ventilant entre les divers ouvrages exécutés. L'entreprise trouverait sans doute un chiffre plus élevé : elle a en effet à faire élat de diverses dépenses qu'on a volontairement laissées de côté dans les évaluations qui précèdent. C'est ainsi que, au cours des travaux, la charpente de suspension a été démontée après l'achèvement du quai des Charbons. puis remontée pour la construction du quai des Céréales, les entrepreneurs ayant eu besoin, dans l'intervalle, des chalands qui la supportaient. Il en est résulté une dépense d'au moins 2000 francs ce qui suffit à majorer de près de 0 fr. 50 le prix de revient des maçonneries à l'air comprimé. Il est incontestablement difficile d'éviter les majorations de ce genre : le mérite des entrepreneurs consiste à les réduire au minimum.

Quoi qu'il en soit, il est avéré que le prix appliqué à Nice (27 francs net par mètre cube) a donné à l'entreprise un beau bénéfice, bien qu'elle eût vraisemblablement confié à forfait l'exécution des maçonneries dans l'air comprimé à son chef de service, moyennant des conditions très avantageuses pour celui-ci. Tout compte fait, il y a lieu de croire que le prix de revient réel, abstraction faite du bénéfice abandonné au sous-traitant, n'a pas dû dépasser de beaucoup le chiffre de 19 fr. 55.

Prix de revient des travaux de Cannes. Blocs artificiels. -- A Cannes, la façon de la maçonnerie a coûté 3 francs environ par mètre cube; le levage et le bardage des blocs 0 fr. 35, le transport sur chaland et l'immersion 1 fr. 80 par mètre cube. Ces trois chiffres sont des moyennes relevées sur l'ensemble des blocs artificiels, blocs des murs de quai et blocs de revêtement extérieur de la jetée. Or, pour ces derniers, l'immersion est plus facile que pour les premiers; elle ne comporte ni la même précision dans la pose, ni l'intervention d'un scaphandrier pour diriger la mise en place, décrocher les chaînes, etc. On peut admettre qu'elle ne revient, par mètre cube, qu’à 1 fr. 60 environ pour les blocs de revèlement, tandis qu'elle s'élève à 2 francs pour les blocs des murs de quai. Il suit de la qu'il faut compter pour la fabrication et la mise en place des blocs artificiels des murs de quai :

3.00+ 0,35 +2.00 = 5 fr., 35 par mètre cube. L'entretien et l'amortissement du matériel peuvent élre calculés, comme on l'a dit plus haut à propos des travaux de Nice, à raison de 30 p. 100 par an de la valeur du matériel. Cette valeur ne dé. passe pas dans l'espèce, une soixantaine de mille francs (pontonmåture, chalands, bardeur, voies ferrées des chantiers des blocs artificiels, petit remorqueur, etc.). L'entretien et l'amortissement annuels ressortent, par suite à 18.000 francs.

Avec ce matériel le chantier de Cannes n'a pas fourni normalement plus de 7.000 à 8.000 mètres cubes de blocs artificiels par an. Mais ce chiffre pourrait être aisément dépassé. Une mature flottante pose fort bien cinq blocs par jour de travail, ce qui correspond, pour un an, abstraction faite de 120 jours de chômage, à 1200 blocs, soit à plus de 12.000 mètres cubes. Si donc la production des blocs artificiels n'est pas limitée par les dimensions ou par un mauvais agencement du chantier de fabrication, le coût de l'entretien et de l'amortissement du matériel s'abaisse à :

[blocks in formation]

Quant aux frais généraux, il convient de les porter, comme pour les travaux de Nice, à 20 p. 100 des autres dépenses.

On obtient ainsi, pour le prix de revient du mètre cube de blocs artificiels, en laissant de coté la chaux hydraulique, le détail suivant:

[blocks in formation]

Le prix du projet était de 18 francs. Il a été réduit, par le rabais de l'adjudicalion (18 p. 100) à 14 fr. 76. C'est à peu près le prix de revient. Effectivement, il est notoire que les travaux de Cannes n'ont point été rémunérateurs pour l'entreprise.

Comparaison entre les deux modes d'exécution. Il reste à mettre en regard les prix de revient des deux modes d'exécution :

Prix de revient du mètre cube de maçonnerie à l'air
comprimé des murs de quai de Nice, non compris la
chaux hydraulique.

19 fr., 56
- A ajouter, pour la chaux,
environ

4 fr., 00

2: fr., 56
Prix de revient du mètre cube

des blocs artificiels des murs
de quai de Cannes, non com-
pris la chaux hydraulique.

58
A ajouter pour la chaux, en-
viron.

4 fr., 00

18 fr., 58

14 fr.,

[blocks in formation]

soit de 5 francs.

Pour les quais de Nice, où la partie immergée du mur a un volume de 25 mètres cubes environ par mètre courant, celte différence équivaut à 125 francs par mètre courant de mur. La dépense

totale faite à Nice, non compris les acquisitions d'immeubles, dépasse 500.000 francs pour une longueur de 200 mètres de quai en eau profonde, c'est-à-dire 2.500 francs par mètre courant. La somme de 125 francs représente 5 p. 100 de la dépense tolale. On estimera, sans doute que ce n'est pas payer trop cher les garanties que donne l'exécution des murs à l'air comprimé.

Mais pour procéder à une comparaison exacte, il ne suffit pas de mettre en balance les prix de revient qui viennent d'être indiqués. Ce serait admettre implicitement que, à volume égal, un mur en blocs artificiels est l'équivalent d'un mur exécuté à l'air comprimé. Il est vrai qu'on l'admet assez couramment. On construit, pour des murs en blocs, des épures de résistance comme s'il n'y existait pas de joints et l'on calcule le coefficient de stabilité comme s'ils ne pouvaient périr que par renversement autour de leur arête antérieure de fondation. Ce sont là des hypothèses singulièrement osées, et qui, notamment liennent bien peu de compte des irrégularités inevitables de la pose des blocs artificiels. Ces irrégularités sont, dans bien des cas, fort grandes. Un ingénieur d'un service maritime important de la Méditerranée a eu l'occasion de faire connaître, dans un rapport officiel, que « pour certains « murs on a eu à couper des blocs qui dépassaient d'un mètre la « surface générale du parement; on peut juger par là, ajoutait-il, « qu'on s'est souvent déclaré satisfait quand ils ne dépassaient pas « 0", 25; et les plaintes sont nombreuses des navires qui accusent « des avaries causées par des saillies dans les parements des « murs de quai ». Il est d'ailleurs vraisemblable que certaines de ces saillies s'augmentent avec le temps : il y a en effet des blocs qui ne sont chargés que d'un côté, ou sur un seul point par les blocs supérieurs; il y en a même sur lesquels les blocs supérieurs, coincés latéralement les uns contre les autres, ne prennent aucun appui ; dans ces conditions, un mouvement peut être produit par l'action d'un très faible effort. Or on sait que, indépendamment de la poussée des remblais et des surcharges accidentelles du terreplein, les murs de quai construils sur les jelées reçoivent, par l'effet de la compression de l'air dans les intervalles des enroche. ments, toutes les fois qu'une lame brise sur l'ouvrage, de vérita

bles chocs dynamiques que les ventouses, dont ces murs sont pourvus, atténuent mais ne suppriment pas.

D'autre part, il est malaisé de donner du fruit aux parements des murs construits en blocs artificiels. On n'y parvient qu'en adoptant pour les diverses assises de blocs des formes spéciales, ou bien en inclinant les lits de pose vers l'intérieur du terre plein. Mais on accroît ainsi les difficultés de la mise en place et, par suite, les inconvénients, les dangers qui viennent d'être signalés. C'est pourquoi l'on renonce généralement au fruit et l'on fait, comme à Cannes, les parements verticaux. Mais on sacrifie ainsi les avantages que procure l'adoption de formes plus rationnelles : il n'est pas contesté que, à volume égal, un profil à section trapézoïdale tel que celui de Nice, avec son fruit de. 1/20 du côté du bassin et ses redans du côté des terres, l'emporte de beaucoup, au point de vue de la résistance, sur un profil rectangulaire.

Pour réaliser une stabilité égale, il faut, d'après cela, si l'on emploie des blocs artificiels, un cube plus considérable que si l'on construit le mur à l'air comprimé. Il n'y a, certes, rien d'excessif à fixer cette augmentation de cube a 20 p. 100, c'est-à-dire à admettre que le rapport entre les cubes dans chacun des deux modes d'exécution (blocs artificiels d'une part, air comprimé d'autre part) est au moins égal à 5/4.

Or les prix de revient qui viennent d'être établis pour les travaux de Cannes et de Nice (18 fr. 58 d'une part; 23 fr. 56 de l'autre) sont entre eux dans un rapport à peu près égal à 4/5. Il y a donc dans ce cas compensation. En d'autres termes, on peut dire, que dans les circonstances de l'espèce, un mur exécuté à l'air comprimé, coûte, à stabilité égale, le même prix qu'un mur construit en blocs artificiels.

Il en serait de même dans tous les cas où la valeur des matériaux serait à peu près égale à celle qui a été indiquée pour les ports de Nice et de Cannes. Comme on l'a vu le moellon et le sable y sont à bas prix. Dans les endroits où les matériaux seraient plus chers, le rapport des prix des deux modes d'exécution se rapprocherait de l'unité et l'emploi de l'air comprimé deviendrait la solution la plus économique.

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