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L'Administration a eu l'occasion de rechercher quelle était la valeur approximative du matériel employé aux travaux à l'air comprimé. Elle a admis le chiffre global de 80.000 francs pour l'ensemble de ce matériel comprenant : - à l'état de neuf, un caisson de 12 mètres sur 6 mètres, la charpente de suspension, les organes de suspension (chaines, vérins, mécanisme de manoeuvre des vérins), une dynamo d’éclairage.

- à l'état usagé, les sas, cheminées et autres accessoires du caisson, les moteurs pour la compression de l'air et le relevage du caisson, le compresseur avec ses accessoires, les chalands (2 portant le caisson, 1 les divers engins, moteur, cheminées, compresseur, etc.), les chaines, cordages, ancres, etc.

Construction des murs de quai de Nice. Pour exécuter à l'air comprimé les maçonneries des murs de quai de Nice, les entrepreneurs comptaient d'abord procéder par assises horizontales de 1 mètre de hauteur : on aurait construit, en premier lieu, une série de massifs de 11 mètres de long sur 1 mètre de haut ; puis, sur ces massifs, et en découpe avec eux, une seconde série de massifs identiques et ainsi de suite. Cette manière de faire leur avait été suggérée tant par les errements suivis sur les chantiers pour l'emploi du caisson-cloche que par les prescriptions du devis, aux termes duquel le relevage du caisson devait être réglé, au fur et à mesure de l'exécution des maçonneries, de façon que les ouvriers ne se trouvassent jamais dans une position génante : le travail devait être interrompu dès que la hauteur libre sous le plafond du caisson serait inférieure à 1 mètre. La méthode proposée aurait permis d'observer ces indications : il aurait suffi d'échouer le caisson dans la position voulue, d'y exécuter une assise de maçonnerie de 1 mètre d'épaisseur, puis de le relever pour l'échouer dans la position suivante, etc.

Il y a d'ailleurs un intérêt indiscutable à réduire la hauleur des assises successives, au point de vue particulier du remplissage des intervalles ou joints qui séparent les massifs exécutés isolément dans chaque position du caisson. On sait comment s'opère ce remplissage : le caisson-cloche étant amené au-dessus du joint, on

bouche l'intervalle à chacune de ses extrémités, c'est-à-dire sur la face antérieure et sur la face postérieure du mur, soit au moyen d'un suçon, soit au moyen d'une murette maçonnée au ciment à prise rapide ; on peut alors épuiser et combler le vide avec de la maconnerie. Il est évident que ce travail est d'autant plus aisé que la hauteur du joint à fermer est moins grande. MM. C. Zschokke et P. Terrier, dans une brochure publiée en 1894 sur l'application des procédés pneumaliques à la construction des bassins de radoub (librairie polytechnique Baudry et Cie), expliquent comment il convient d'effectuer ces remplissages par tranches de 0“,50 de hauteur. Mais si la question a une importance capitale quand il s'agit d'un ouvrage tel qu'un bassin de radoub, dont la qualité essentielle est l'étanchéité, il n'en est pas de mème pour les murs de quai.

Le devis des travaux de Nice prévoyait que les joints seraient remplis de maçonnerie. On s'est conformé à cette indication pour un certain nombre de joints, les premiers dont on ait eu à s'occuper. On épuisait après avoir fermé le joint aux deux bouts par une murette au ciment. Mais les épuisements étaient difficiles. Il se produisait de fortes venues d'eau, non seulement au droit des murettes, mais encore, et parfois avec plus d'abondance, en d'autres points sur lesquels l'eau sourdait après avoir traversé les maçonneries même du mur, en contournant les murettes. Il a paru que, poursuivre le travail dans ces conditions, c'eût été exposer une partie des maçonneries du mur à un délavage regrettable, sinon dangereux. On y a renoncé. On a fait établir au scaphandre des murettes en sacs de béton, après quoi l'on a rempli chaque joint, sans épuiser, avec du béton de chaux hydraulique à haut dosage qui a été coulé dans l'eau en observant les précautions classiques.

Pour les joints de l'assise inférieure du quai des Charbons, on a même adopté une solution plus radicale ; on les a laissés vides, ou, pour mieux dire, on n'y a exécuté ni maçonnerie ni béton; ils sont partiellement remplis par les enrochements placés en remblai derrière le mur de quai : le nécessaire a été fait, toutefois, pour que le talus de ces enrochements, dans le joint, fûl convenablement réglé et pour que son pied ne vînt en aucun cas dépasser le

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Coupe transversale

+0.50

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parement du mur de quai du côté du bassin. On jugera sans doute ces évidements admissibles en constatant que leur volume n'est

pas plus grand, au total, que celui des vides qui existent dans les murs construits en blocs artificiels. Le coefficient de stabilité du quai des Charbons demeure d'ailleurs supérieur à 2,00, ce qui est certainement suffisant pour un mur fondé sur le roc.

Débarrassés des difficultés inhérentes au remplissage des joints par épuisement, les entrepreneurs ont modifié les conditions d'exécution des massifs de maçonnerie construits au moyen du caisson, en augmentant considérablement la hauteur des assises; au lieu de la limiter à 1 mètre comme ils l'avaient d'abord proposé, ils ont partagé la hauteur totale du mur en trois assises comme le montre le croquis ci-contre :

Basses mers (omon)

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+0.50

On remarquera que les massifs de la troisième assise sont exactement superposés à ceux de la deuxième. Il n'y a plus ainsi que deux séries de joints verticaux dans le mur de quai : en bas ceux de la première assise, en haut ceux qui correspondent aux deuxième et troisième assises et qui découpent ceux de la première comme le montrent

les croquis. On aurait pu exécuter les massifs de la troisième assise de façon que les joints se trouvassent en découpe par rapport à ceux de la deuxième : si les entrepreneurs ont demandé à superposer exactement ces massifs à ceux

de la deuxième c'est qu'ils ont eu en vue d'éviter, d'une part, d'opérer dans le caisson le remplissage des joints de la deuxième assise, d'autre part de ménager, sur chacun des massifs de la deuxième assise, les rainures ou rigoles qui eussent été nécessaires pour loger les couteaux du caisson quand on aurait commencé les massifs de la troisième. En confondant les joints des deux assises supérieures, ils n'ont pas eu à se préoccuper de ces rainures et, d'autre part, ils ont pu opérer à l'air libre le coulage du béton dans les joints supérieurs, sur toute la hauteur correspondant aux deux assises supérieures.

Celle division des assises a été faite en vue de réduire au minimum les opérations de lestage et de délestage dont on conçoit l'im• portance, quand il s'agit de construire les assises supérieures du mur et que le caisson commence à affleurer le niveau de la mer. La première assise a été exécutée sans modifier le lest; cependant, pour décoiffer les massifs de cette assise après leur achèvement, il faut relever le couteau jusqu'à la cote (- 20,50) et, dans cette position, le bord supérieur du caisson dépasse déjà le niveau de la mer de 0m,50 environ en eaux moyennes. Pour la deuxième et la troisième assises, il a été indispensable de procéder, pour chaque massif, à un lestage et à un délestage. Il est incontestable que ces opérations sont longues et pénibles avec un caisson dépourvu de chambre d'équilibre.

On se rend compte, d'après ce qui précède, que le caisson est demeuré suspendu dans l'eau, sans point d'appui fixe, pendant une bonne partie de l'exécution des maçonneries. Il reposait sur le rocher ou sur la fondation en béton tant que l'on construisait la partie basse des massifs, entre la cote (- 6 mètres) et la cote (- 5 mètres); il portait de même sur l'assise inférieure du mur lorsqu'on travaillait, d'une part, entre les cotes (– 2m,50) et (- 11,50), d'autre part, entre les cotes (- 1 mètre) et (0,00); il restait librement suspendu pendant l'exécution des tranches de maconnerie comprises :

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C'est plus de la moitié de la hauteur du mur. Il n'en est pas résulté de difficultés sérieuses bien que, par les gros temps, il regne dans le port de Nice un certain ressac qui est particulièrement génant au quai des Charbons et qui a nécessité, à quatre ou cinq reprises, l'interruption des travaux à l'air comprimé. Au début, en pareil cas, on a essayé de faire reposer le plafond du caisson sur les maçonneries par l'intermédiaire de quelques fortes pièces de bois, en faisant une làchure d'air : le résultat n'a pas été satisfaisant, soit que l'appui ainsi improvisé ait été réalisé dans de mauvaises conditions, soit que les effets du ressac aient été trop violents quand le caisson se trouvait dans une position voisine de la surface de l'eau. Tout risquait d'être emporté. On a pris pourrègle, lorsque le ressac devenait inquiétant, de hisser le caisson au-dessus des maconneries, de décoiffer purement et simplement le massif de maçonnerie en cours d'exécution et l'on s'en est toujours bien trouvé.

Cette manæuvre a pour conséquence de mettre en contact immé. diat avec l'eau les maconneries fraiches. Un effet analogue se pro. duit lorsque, après avoir monté un massif dans l'air comprimé jusqu'à 1 metre au-dessous du plafond, on relève rapidement le caisson pour continuer le travail : l'air n'arrivant pas en quantité suffisante pour remplir le volume qu'occupait le massif, l'eau submerge les maçonneries. L'expérience n'a point révélé qu'il y ait à cela un inconvénient quelconque, bien qu'on n'ait pris d'autre précaution en pareil cas que de rejointoyer les parements au mortier de ciment.

Au quai des Céréales, où il ne se produit que peu de ressac, la construction du mur s'est effectuée sans interruption. Les travaux ont d'ailleurs été exécutés pendant la belle saison.

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