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dingue. Le travail a été exécuté à la drague, après désagrégation préalable au moyen de mines chargées de dynamite.

A Bastia, où l'on a enlevé au cours de ces dernières années un certain nombre de masses serpentineuses qui faisaient saillie au

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dessus de la profondeur normale du port, on a employé des perforatrices à vapeur montées sur des radeaux à béquilles, et des

dragues Priestmann. Le prix de revient du mètre cube était, en 1899, de 23 fr. 35.

A Nice, il n'est pas douteux que les frais généraux aient atteint un chiffre extrêmement élevé. C'est une conséquence de la lenteur excessive du travail de dérochement à l'air comprimé. Une année entière n'a pas suffi pour enlever la totalité des déblais rocheux du quai des Charbons, dont le volume est de 3.400 mètres cubes. Il a fallu en extraire une partie, 600 mètres cubes, avec un atelier composé d'un scaphandre et d'une mature flottante. On n'a effectué, au moyen du caisson-cloche, que 2.800 mètres cubes de dérochements en travaillant de jour et de nuit, du mois d'octobre 1898 au mois d'octobre 1899, sans aucun arrêt, sauf les interruptions de courte durée nécessitées par le mauvais temps ou par la réparalion du matériel.

En moyenne, l'atelier d'air comprimé n'a produit qu'une dizaine de mètres cubes de déblai par vingl-quatre heures. Il comprenait, indépendamment des ouvriers employés à l'air libre (mécaniciens, mancuvres, etc.) une équipe de dix tubistes (un chef de poste et neuf mineurs) qui se renouvelait, suivant l'usage, de huit en huit heures. Le salaire de ces mineurs n'ayant guère dépassé, en moyenne, 0 fr. 45 l'heure et celui du chef de poste 0 fr. 75, la dépense de main-d'æuvre à l'intérieur du caisson, pour 2/4 heures, peut être évaluée à 115 fr. 20; elle correspond à 11 fr. 52 environ par mètre cube de dérochement.

Ce chiffre n'a rien qui surprenne quand on a vu dans quelles conditions s'exécute une partie du travail, celle qui se fait sous le couteau du caisson : le creusement « des rigoles » est une opération des plus pénibles et, partant, fort coûteuse. Il importe, dans les devis, de prévoir expressément cette sujétion et d'en régler d'avance les conséquences. Le devis des travaux de Nice stipulait que les prix du bordereau comprenaient « les deblais supplémen« taires à pratiquer dans le rocher... en contre-bas de la base des « murs pour le logement de l'arète d'appui des caissons ».

Comme explosif, on s'est servi uniquement de dynamite gélatinée, du prix de 3 fr. 20 le kilogramme. Il va de soi que, dans le caisson, les charges élaient fort limitées. On a tiré, au maximum

4 cartouches à la fois, du poids de 83 grammes l'une, par charges séparées d'une cartouche ou d'une demi-cartouche qui étaient placées la plupart sous le couteau, les autres sur les saillies du rocher visibles à l'intérieur du caisson. Pendant le tir les tubisles se réfugiaient dans le sas, sans sortir de l'air comprimé, ou simplement dans la cheminée. Il n'est survenu au personnel aucun accident. Au moment des explosions, l'échappement de l'air sous le couteau, le « renard » soulevait le caisson et même les chalands, mais ils reprenaient leur position d'équilibre sans avarie. Le couteau a été endommagé par les mines; il était, sur plusieurs points, quand le dérochement a été terminé, en assez mauvais état. Sur les parois du caisson, il s'était produit deux déchirures, mais elles provenaient d'une cause extérieure; elles avaient été produites par des blocs qui s'étaient coincés contre le caisson.

Fondation du quai des Céréales. - Pilotis. — Le sous-sol du quai des Céréales est tout à fait différent de celui du quai des Charbons, bien que la distance d'un quai à l'autre, a travers le port dépasse à peine une centaine de mètres et bien que, d'autre part, le quai des Céréales se trouve au pied même du massif rocheux du Château. On pourrait croire, a priori, qu'on y rencontre la roche à une faible profondeur. Il n'en est rien. Cing forages à la sonde artésienne y ont été pratiqués lors des études du projet ; ils ont été poussés jusqu'à 20 mètres au-dessous du niveau de la mer sans traverser autre chose que des matières, d'abord graveleuses, puis sableuses et vaseuses.

Ce terrain est le même que celui sur lequel ont été établis les quais du bassin Nord du port de Nice, construits il y a une quinzaine d'années. On avait adopté, pour ces quais, après de longs et laborieux essais effectués pendant les années 1881, 1882 et 1883, le système de fondation sur pilotis. Le même système a été appliqué au quai des Céréales.

Cependant les murs de quai du bassin Nord ont accusé quelques mouvements. Le plus notable a été un avancement du mur de quai Ouest : l'arète de ce mur présentait vers son milieu, moins d'un an après l'achèvement des travaux, en 1889, une flèche de 0,12 sur

l'alignement qui joint l'angle nord-ouest à l'angle sud-ouest du bassin Nord; on a exécuté alors, à la partie supérieure du mur et en liaison avec son parement du côté des terres, un massif de maconnerie destiné à accroître le moment de stabilité; on a ainsi enrayé à peu près le mal; huit ans plus tard, en 1897, la flèche n'avait augmenté que de 0,02, atteignant 0", 14. Il y a lieu de penser qu'il s'est produit sur ce point un affaissement du béton de fondation, soit que ce béton qui n'avait que (),50 d'épaisseur au-dessus de la tèle des pieux ait été écrasé sur les pieux, soit plutôt que sa partie antérieure ait été délavée, ce qui est vraisemblable, le béton ayant été coulé en talus sans aucune protection du côté du port.

Au quai des Céréales, la couche de béton a 1 mètre d'épaisseur au-dessus de la tête des pieux et se trouve limitée, du côté du port, par un coffrage en bois. Le béton a été d'ailleurs mis en place au moyen du caisson à air comprimé. Il n'y a été constaté jusqu'à présent aucun mouvement,

Les pieux sont au nombre de 4 par mètre courant de mur. Ils ont normalement 10 mètres de longueur sur 0",34 de diamètre moyen. On les a battus après avoir préalablement dragué la fouille à la cote (-71,50). Leur tête, au niveau du recépage, est à la cote (- 7 mètres); elle est noyée dans un massif de béton, de 1*,50 d'épaisseur, arasé à la cote - 6 mètres); la pointe des sabots atteint la cote (- 17 mètres).

On a calculé que la résultante des efforts verticaux par mètre courant de mur, dans les hypothèses les plus défavorables, en admettant que l'eau n'exercât aucune sous-pression sur la base du mur, atteindrait 117.918 kilogrammes. Si l'on suppose cet effort également réparti entre les 4 pieux, en faisant abstraction de la résistance du sol, chacun d'eux aurait à porter, 29.480 kilogrammes. La surface frottante d’un pieu de 9 mètres à 9m,50 de fiche étant d'une dizaine de mètres carrés, la charge par mètre carré de surface frottante s'éleverait à 2.948 kilogrammes.

Ce chiffre serait excessif dans un terrain de vase pure. Dans le « bry » de Rochefort, un pieu s'enfonce sous un effort de 2.400 kilogrammes par mètre carré de surface frollante et l'on doit maintenir les charges, d'après les indications données par M. Crahay

de Franchimont (Annales des Ponts et Chaussées, 1895, 1er semestre), au-dessous de 1.000 kilogrammes par mètre carré de surface frottante. A Nice, l'un de nos prédécesseurs, Vigan, a constaté qu'un pieu de 0,30 d'équarrissage moyen, à la fiche de 9 mètres (fiche à laquelle le refus élait de 0",004 sous une volée de 10 coups d'un mouton de 1.000 kilogrammes tombant d'une hauteur de 2 mètres), portait, sans enfoncement visible, un poids correspondant à une charge de 3.500 kilogrammes par mètre carré de surface frottante. Dans ces conditions, le chitfre de 2.948 a paru admissible, d'autant qu'il a été déterminé dans l'hypothèse où il n'y aurait pas de souspression, alors qu'une certaine sous-pression est certainement à prévoir, et dans l'hypothèse où le sol lui-même n'offrirait qu'une résistance absolument nulle à la compression, ce qui n'est pas exact.

Les couches superficielles du sol de Nice, en dehors des côteaux et des berges, anciennes ou actuelles du Paillon, cèdent il est vrai, sous de faibles charges; mais, après un léger tassement, elles résistent fort bien à une pression de 2 kilogrammes par centimètre carré (*). On s'en est rendu compte dans de nombreuses circonstances. La maison Vial, riveraine de la rampe d'accès au quai Est du port, le Grand Hotel, construit en bordure de l'avenue FélixFaure -- pour ne citer que deux cas dont l'un de nos prédécesseurs, Bérard, a eu à s'occuper -- imposent au sol de fondation une charge de plus de 2 kilogrammes (2k,150 pour la maison Vial, 2 kilogrammes à 25,5 pour le Grand Hôlel) : la maison Vial a tassé de 0", 21 à 0",25 sur sa facade Est, de 09,30 sur sa façade Ouest en prenant un surplomb de 0,08; le Grand Hotel s'est enfoncé uniformément de 0",12 et après ces lassements les mouvements se sont arrêtés.

Matériel employé à l'exécution des travaux à l'air comprimé. — Les travaux à l'air comprimé ont été exécutés au moyen d'un caisson-cloche suspendu à une charpente que portent deux chalands, suivant le système imaginé par Montagnier.

(*) Des constatations du même genre ont été faites pour le sol de la région de la Camargue. Voir Notice de M. Guirard sur Saint-Louis-du-Rhône, Ports maritimes de la France, Vllo volume, 1re partie, page 518 et suivantes.

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