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il y a donc lieu de considérer chaque écluse comme si elle était seule.

Les parties des biefs en remblai sont pourvues d'un revêtement en béton armé.

Il convient de remarquer que les hajoyers des écluses sont complètement dégagés des terres, ce qui rend leur construction facile.

Dans aucun cas la pression maxima sur le sol de fondation ne dépassera 4 kilogrammes par centimètre carré, de sorte que ce système d'écluses pourrait être d'un emploi assez général.

La dépense prévue, telle qu'elle résulte d'un avant-métré détaillé s'élève à 4.500 000 francs, non compris les terrains. Elle s'applique à une longueur de canal de 1.200 mètres.

Le projet qui vient d'être décrit a été étudié en collaboration avec M. Pikelly, Ingénieur-Constructeur à Paris, pour la partie en béton armé, et avec M. Vedovelli, Administrateur-Directeur de la Compagnie Générale de Constructions Electriques à Paris, pour la partie électro-mécanique.

Nous terminerons ce compte-rendu par quelques appréciations personnelles.

Dès à présent on peut considérer le projet d'élévateur qui a obtenu le second prix comme n'ayant aucune chance de recevoir une application pratique sur les canaux autrichiens. Il ne reste donc en présence que les plans inclinés et les écluses. Les premiers ont donné lieu à des projets fort bien conçus et étudiés avec beaucoup de soin dans tous leurs détails, qui réduisent au minimum les aléas inhérents au système. Nous avons la conviction qu'il serait possible, sinon du premier coup, tout au moins après quelques làtonnements, de réaliser des plans inclinés permettant de transporter pratiquement des bateaux de 600 tonnes. Mais nous pensons que le jury n'a peut-être pas accordé aux écluses toute l'attention qu'elles méritent. En tout cas les critiques contenues dans son rapport ne nous paraissent pas absolument impartiales.

Le jury reproche aux écluses à grande chute leur excessive complication. Mais cette complication n'est-elle pas plus apparente

que réelle, lorsqu'elle est due, comme dans notre projet, à la réunion d'un grand nombre de parties identiques qui sont peu compliquées quand on les considère isolément? Et peut-on dire que le plan incliné constitue une solution simple ?

Une autre objection est tirée de la consommation d'eau des écluses. Sans doute un plan incliné consommera beaucoup moins d'eau qu'une écluse, mais il n'en résulte pas, comme paraît l'admettre le jury, qu'avec les écluses il serait nécessaire de remonter de bief en bief, au moyen de puissantes pompes, l’eau consommée par les éclusages. Des écluses de 18 mètres de chute, munies de six bassins d'épargne, débiteraient à peine le volume d'eau néces. saire à l'alimentation des biefs inférieurs. Ceci est vrai, même avec le trafic maximum prévu, pour toutes les écluses qui seront éloignées de plus de quarante kilomètres des extrémités du canal Danube-Oder, c'est-à-dire pour le plus grand nombre des écluses qu'on pourrait établir sur ce canal. L'alimentation en eau de ce canal a d'ailleurs été largement prévue par les Ingénieurs du Bureau hydrotechnique.

Parmi les autres objections une seule serait importante, si elle était fondée. C'est celle qui consiste à dire que deux écluses de 18 mètres, séparées par un bief nécessairement assez court, ne permettraient pas d'atteindre la capacité de fréquentation imposée, tout en admettant que cette condition serait remplie pour chacune des écluses isolément. Le jury en déduit que si l'on fractionne la chute totale en deux échelons il faudra deux écluses doubles, ou bien une échelle double, ce qui serait très coûteux. Ce raisonnement est manifestement inexact, car un large bief de 400 mètres de longueur permet le croisement facile des bateaux, de sorte que chaque écluse doit être considérée comme si elle était seule.

En résumé, il ne nous parait pas douteux que jusqu'à 15 mètres de chute c'est l'écluse qui donnera la solution la plus économique et la plus sûre, et cela sans consommation d'eau excessive et sans une durée trop grande pour les éclusages. Au besoin on pourrait, sans difficultés sérieuses, aller jusqu'à 20 mètres de chute. Mais, d'une manière générale, il ne nous parait pas recommandable de

dépasser 15 mètres, chiffre qui sera d'ailleurs largement suffisant dans la pratique, à de rares exceptions près.

En se plaçant à ce point de vue, quelque peu nouveau, l'emploi des écluses pour le canal Danube-Oder échappe aux objections qui avaient été faites il y a quelques années. Au lieu de 45 écluses on pourrait se contenter d'en prévoir 17, sans donner à aucune d'elles plus de 15 mètres de chute, et sans descendre pour la longueur des biefs en dessous de 3 kilomètres. Cette solution nous paraitrait bien préférable à celle que donneraient les plans inclinés. Pour le canal Danube-Oder ou en a prévu sept, ayant respectivement les hauteurs suivantes : 19m 25", 1 -- 35m, 9 — 43m,5 35" — 15",2—21",2. Comme on le voit, malgré les efforts qui ont dû être faits pour obtenir la concentration des chutes, il y en a quatre qui sont vraiment insuffisantes pour justifier l'emploi des plans inclinés.

Nous estimons qu'un adoplant des écluses de notre système au lieu de plans inclinés on réaliserait une économie d'au moins 10 millions de francs sur la construction du canal Danube-Oder, et que les dépenses d'exploitation seraient diminuées dans une proportion encore plus forte.

Nous en arrivons à conclure qu'il y a tout intérêt à renoncer d'une manière générale à l'emploi des élévateurs mécaniques, sauf peut-être dans des cas très exceptionnels. L'écluse à sas, avec chute maxima allant couramment jusqu'à 15 mètres et exceptionnellement jusqu'à 20 mètres, permettra de passer commodément dans toute la région où l'on peut raisonnablement prévoir la création d'un grand canal de navigation. Si le relief du sol rendait cette solution impraticable il serait préférable, à notre avis, de construire tout simplement un chemin de fer, plutôt que de se lancer dans les complications, les aléas et les dépenses que présente inévitablement l'emploi des élévateurs mécaniques pour bateaux de fort tonnage.

Gap, décembre 1904.

N° 16

FACULTÉ QUE LE BÉTON ARMÉ

LE BÉTON ARMÉ POSSÈDE

DE SUPPORTER DE GRANDS ALLONGEMENTS (*)

Note de M. CONSIDÈRE, Inspecteur général des Ponts et Chaussées.

Dans trois communications faites à l'Académie le 12 décembre 1898, le 2 janvier 1899 et le 18 août 1902, j'ai rendu comp!e d'expériences qui démontrent les faits suivants :

« Lorsqu'on soumet des pièces de béton armé à la traction simple ou à la flexion, les fibres tendues se comportent comme si elles n'étaient pas armées tant que leur tension et leur allongement ne dépassent pas ceux que le béton non armé peut supporter sans se rompre. Si l'épreuve est poussée plus loin, le béton armé et préparé comme il convient peut supporter des allongements beaucoup plus forts pendant lesquels sa tension reste sensiblement constante et, par suite, son module d'élasticité est

nul. »

Ces faits, acceptés par nombre d'ingénieurs comme base de la théorie et du calcul des constructions armées, ont été accueillis par d'autres avec incrédulité, malgré l'explication que j'en avais donnée dans la communication du 2 janvier 1899. Des savants allemands et américains ont fait des expériences de contrôle ; ils ont observé que les pièces armées fabriquées sous leur direction fissuraient dès qu'elles subissaient les allongements sous lesquels se brise le béton non armé; ils ont décrit les inoyens employés par eux pour déceler les fissures capillaires et la conclusion qui ressort, implicitement au moins, de leurs publications est que,

(*) Extraits des Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 30 janvier 1905.

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dans mes expériences aussi, il a dû se produire des fissures que je n'ai pas réussi à apercevoir.

Pour trancher cette question, qui a une sérieuse importance au point de vue de la théorie du béton armé et aussi des propriétés générales des corps qui ont une constitution moléculaire analogue à celle des bétons et mortiers, j'ai cru utile de faire de nouvelles expériences. Elles ont été exécutées au laboratoire de l'Ecole des Ponts et Chaussées, sous la direction de M. Mesnager, avec la collaboration de M. Mercier.

Des ouvriers de M. Grouselle, entrepreneur de béton armé, ont fabriqué deux poutres de 3 mètres de longueur et de la section ci

dessous en employant les procédés

pratiques dont ils avaient l'habitude 015

et sans prendre de précautions spéciales.

Le béton renfermait 400 kilogrammes de ciment de Portland de la marque E. Candlot et Cie pour 400 litres de sable et 800 litres de gravier calcaire. La quantité d'eau employée pour le gachage représentait 9,6 p. 100 du poids des matières sèches.

L'armement de la poutre consistait en deux barres d'acier doux de 16 millimètres de diamètre et trois barres de 12 millimètres placées près de la face qui devait subir les plus grands allongements.

L'une de ces poutres a été conservée à l'air et couverte de sacs vides et de planches qu'on arrosait fréquemment pendant le pre. mier mois et tous les deux jours ensuite ; l'autre a été immergée après un jour de durcissement et conservée sous l'eau.

Ces poutres, fabriquées les 27 et 28 mai 1904, ont été essayées par flexion les 21 novembre et 22 décembre. Posées sur des appuis distants de 0,05 de leurs extrémités, elles ont subi la pression d'un appareil hydraulique en deux points placés symétriquement à 0,70 de part et d'autre du milieu, de sorte que, sur une longueur de 1m, 10, le moment de flexion était constant et l'effort tranchant nul.

ozco

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