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En outre, la municipalité de Nantes, qui l'avait vu à l'œuvre, lui offrait bientôt la direction de ses travaux de voirie et d'architecture : la perspective d'un poste durable, compatible avec le grade d'Ingénieur en chef, et qui lui permettrait de prolonger indéfiniment son séjour à Nantes, devait le séduire; il sollicita donc et oblint l'autorisation d'accepter la proposition qui lui était faite, et, le 1er février 1864, il fut placé en service détaché. «Il est notoire, écrivait peu après M. l'Inspecteur général Jégou, qu'il a introduit dans la direction du service municipal de grandes améliorations et imprimé aux travaux par son initiative énergique une vive impulsion... » Il y eut en fait l'occasion d'exécuter d'importants ouvrages, parmi lesquels on doit citer la construction de la Bibliothèque (aujourd'hui hôtel des Postes et Télégraphes), dont la façade correcte et sévère, couronnée d'un beau fronton décoré de sculptures et porté par quatre colonnes cannelées d'ordre corinthien, fait honneur à son goût et à son talent, et la restauration de la salle du théâtre, avec une installation nouvelle, bien étudiée et remarqua. blement économique, de chauffage et de ventilation, qu'il a luimême décrite dans une note succincte, insérée aux Annales en 1867 (1er semestre). Entre lemps il avait été nommé Ingénieur en chef le 1er septembre 1865.

La direction des travaux municipaux malgré les difficultés qu'elle rencontre dans la plupart des villes et auxquelles M. Lechalas ne parait pas avoir non plus entièrement échappé - n'absorba pas néanmoins toute son activité et la question de la Loire maritime demeura l'objet de ses préoccupations. Il ne voyait pas sans chagrin le développement du trafic à Saint-Nazaire provoquer le délaissement progressif du port de Nantes, dont le rôle dans la navigation générale lui semblait cependant « indiqué par la nature », tant à cause des conditions exceptionnellement favorables, que présente l'estuaire de la Loire, qu'en raison de sa position centrale, qui le « désigne à toutes les marines comme un point d'atterrissage obligé. » Et, convaincu que Nantes reprendrait bien vite ce rôle, si l'on parvenait à une transformation rationnelle de la Basse-Loire, il exposait dans une brochure parue en 1868, ses idées sur les moyens de parvenir à une amélioration radicale, en

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facilitant le passage et l'emmagasinement du flot, tant par la réduction du lit à un bras unique que par l'abaissement de l'étiage, qu'on compléterait ultérieurement par la fixation des berges et la régularisation du lit de la Loire fluviale. Cette brochure eut un légitime succès, et son auteur était bientôt chargé, par la chambre de commerce, de préparer, de concert avec M. l'Ingénieur Partiot, un projet des ouvrages à entreprendre pour l'exécution du programme dont il avait pris l'initiative. Ce travail considérable fut si rapidement mené que l'avant-projet de « Transformation de la Basse-Loire » pût être présenté dès le 25 juillet 1869, avec un volumineux et intéressant rapport, qui, publié par les soins de la Chambre de commerce, forme, avec ses annexes, un beau volume in-4° de près de 200 pages : la Loire devait être barrée en amont de Nantes, comme la Seine à Martot; en aval, elle serait régularisée par des digues longitudinales, à écartement gradué, qui en détermineraient l'approfondissement; à Nantes même, un nouveau bras, de 200 mètres de largeur, serait ouvert, et le port actuel se transformerait en bassins à flot, le tout moyennant une dépense évaluée à 49 millions de francs. Quelques mois plus tard, un résumé de ce rapport, qui porte la date du 15 mars 1870, et qui a été imprimé en un petit volume in-8, sous le titre « Nantes et la Loire », était mis en distribution par la Chambre de commerce, dans le but de créer un mouvement favorable à la réalisation prochaine de cette grande et séduisante opération.

Les événements vinrent malheureusement y mettre un obstacle absolu : au lendemain de la guerre, il fallul renoncer pour longteinps à ces vastes conceptions. M. Lechalas, ne trouvant plus dès lors à Nantes un champ assez étendu pour son activité, sollicitait auprès du Ministère des Travaux Publics un poste plus important, qui, sur un rapport élogieux de M. de Boureuille, secrétaire général du Ministère, lui fut bientôt accordé à Rouen, où il succéda le 1er octobre 1871 à M. Tarbė, dans la direction du service ordinaire du département de la Seine-Inférieure, considéré à juste titre comme un des plus importants et des plus en vue.

Au moment où il quittait Nantes, la Chambre de Commerce voulut lui adresser l'expression de sa sympathie : « elle ne saurait oublier », déclarait-elle, dans sa lettre du 29 septembre 1871, « que divers travaux intéressant le Commerce et la Navigation du Dé. partement de la Loire-Inférieure ont été accomplis sous votre direction » et elle ajoutait : « la Chambre doit se rappeler surtout que vous avez consacré de longues et consciencieuses études à la solution du problème auquel sont liés les plus grands intérêts de notre place et l'avenir du port de Nantes. Par suite de circonstances funestes, la question de la transformation de la BasseLoire, qui semblait devoir enfin aboutir, subit un ajournement forcé. Nous déplorons vivement ces nouveaux retards, mais nous voulons espérer que des jours meilleurs permettront bientôt de remettre en lumière les importantes études auxquelles vous vous êtes livré. Nous avons la confiance que cette grande question à laquelle vous éles identifié ne pourra jamais vous trouver indiffé. rent

C'était aller au devant de la pensée intime de M. Lechalas, qui, jusqu'à la fin de sa vie, ne cessa de reporter ses regards vers l'avenir du port de Nantes et l'amélioration de la Loire. Il venait de publier dans les Annales (1871, 1er semestre) cette belle étude sur les « Rivières à fond de sable » qui lui valut une médaille d'or, et dans laquelle, tout en se plaçant au point de vue général et théorique, il ne cessait d'envisager le problème de la Loire fluviale et maritime, montrant, par le raisonnement et le calcul, les avantages de la fixation des berges de la Haute-Loire et de l'Allier, de l'endiguement systématique, avec largeur graduée, du lit de la Basse-Loire. Malgré son éloignement, il continua de suivre l'instruction de son avant-projet de 1869; et, lorsque parui le rapport de la Commission d'Inspecteurs généraux chargée d'en faire l'examen, il s'empressa de présenter, dans une note du 5 février 1874, les observations que ce rapport lui suggérait, insistant pour la mise à l'enquête de l'ensemble des travaux et l'exécution immédiate de la nouvelle traverse de Nantes. Plus d'une fois il est revenu sur ce sujet, qui avait le don de le passionner, soit dans l'introduction à l'oeuvre posthume de M. l'Ingénieur en chef Lavoinne

sur la Seine maritime, soit dans son livre sur l'Hydraulique fluviale, qu'il a fait paraître en 1884 (*), où, se ralliant aux théories de M. Fargue, il montre que l'application à la Loire des procédés, mis en @uvre avec succès sur la Garonne, y produirait aussi des effets certainement avantageux, insistant sur l'influence des digues, sur l'abaissement de la pente superficielle et du lit, sur la fixation des berges exposées aux corrosions, sur le rôle des barrages de soutènement, etc..., soit encore dans le résumé qu'il en faisait, quelques années plus tard, pour un petit livre sur les Cours d'eau (**); naguère encore

en 1897 dans un article publié par la Revue générale des Sciences, il comparait la navigation de la Garonne et du Rhône avec celle de la Loire, et traçait les grandes lignes de l'amélioration définitive de ce dernier fleuve, pour la partie maritime, en favorisant l'évolution de la marée jusqu'en amont de Nantes, où le port actuel serait transformé en bassins à flot, et pour la partie fluviale, en appliquant successivement les systèmes des épis noyés, jusque vers la Maine, des barrages de soutènement au delà, et, à partir d'un point à déterminer, Blois, par exemple, d'un canal latéral, passant à Orléans et aboutissant à Briare.

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A l'époque où M. Lechalas prenait possession de ses nouvelles fonctions dans la Seine-Inférieure, les grands travaux se faisaient rares; le service ordinaire, en dépit de ses mille détails, malgré les soucis qu'il procure, ne pouvait guère, on le conçoit, fournir par lui-même un aliment suffisant à un esprit toujours en éveil comme le sien. Du moins, s'appliqua-t-il à en étudier la matière à fond, à en améliorer les procédés, à y introduire des règles nouvelles, mieux adaptées aux circonstances. Dès 1873, M.l’Inspecteur général Chatoney constatait qu'il « s'occupait beaucoup de l'entretien des routes » et « y faisait application de méthodes rationnelles

(*) Encyclopédie des Travaux publics. Baudry et Cie (actuellement Ch. Béranger).

(**) Encyclopédie agricole et horticole. Armand Collin et Cie (actuellement chez E. Bernard), Ann, des P. et Ch. MÉMOIRES. 1905-1.

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qu'il y aurait lieu de généraliser, quand l'expérience aurait prononcé », il faisait allusion à l'introduction du système des rechargements cylindrés, par le moyen duquel l'Ingénieur en chef de la Seine-Inférieure avait bientot tenté d'enrayer la diminution progressive de l'épaisseur des routes et de maintenir intact, sinon de reconstituer peu à peu, le capital qu'elles représentent et que l'in . suffisance des crédits d'entretien pouvait sérieusement compromettre. Grâce au soin apporté par M. Lechalas, à l'application de ce système, alors nouveau, grâce à l'action incessante qu'il sut exercer à ce sujet sur son personnel et à l'organisation bien comprise qui en résulta, le succès couronna ses efforts, et il eut la satisfaction de voir accueillir ses idées et imiter ses procédés dans d'autres départements.

L'étude théorique des problèmes, que la pratique du service soumettait à son examen, l'avait toujours attiré. Il y revint d'abord pour les chemins de fer à petit trafic, à l'occasion de l'étude d'un réseau de chemins de fer départementaux, à voie étroite sur routes, de 200 kilomètres de développement, qui n'eut d'ailleurs aucune suite, mais qui provoqua l'insertion d'une note aux Annales de 1879. Puis, ultérieurement, ce fut à propos des rectifications de routes, dont la présence de côtes accentuées sur la plupart des voies de grande circulation de la Seine-Inférieure avait provoqué les projets, et devant la dépense desquelles la pénurie des ressources faisait assez souvent hésiter : Ce fut l'objet de ses deux mémoires sur le roulage, insérés dans les Annales en 1879 et en 1881, qui furent alors très remarqués, et dont l'un – le premierlui valut la grande médaille d'or de 600 fr., la plus haute récompense attribuée aux auteurs par le Ministère des Travaux Publics. Abordant d'emblée le problème dans sa généralité, il se demandait « quels sont les cas où il convient de rectifier les côtes... ) et, reprenant les travaux antérieurs sur la traction des véhicules, en déduisant les lois des efforts de l'attelage, le calcul rationnel de la charge, le meilleur réglement de la marche, il en venait à discuter la valeur des rectifications des diverses espèces, à montrer qu'il en est de profitables et d'onéreuses, à donner des formules et une méthode de comparaison qui permettent d'en calculer l'uti

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