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portant à dos tous leurs outils et cherchant des pratiques dans les campagnes. Ces cas, rares chez nous, sont assez communs dans l'Inde et à la Chine, et s'étendent à des travaux assez compliqués. On y voit des forgerons, et même des orfèvres, travailler à la porte de ceux qui les emploient ; et le poids de leur atelier n'est pas au-dessus de la force d'un homme.

Cette simplicité de moyens est le principal caractère de l'industrie de l'antiquité, mais elle n'en est souvent que plus ingénieuse ; nous en donnerons pour exemple une méthode de filer la laine en usage chez les peuples du Caucase, dont la civilisation est plutôt rétrograde que croissante, et qui, par conséquent, n'agissent que d'après d'antiques traditions.

Le problème à résoudre consiste à faire une espèce de corde de laine, tordue à deux brins. Nous allons voir l'instrument avec lequel un homme seul parvient à filer ces deux brins de laine, et à les réduire en corde par une seule opération.

Explication de la Planche 27.

Fig. 1 et 2. Une traverse horizontale A A C,

dont le moyeu

est liée à deux pieux BB, fichés en terre, et qui la supportent à environ trois pieds de hauteur. Un axe fixe porte une roue légère

fait

corps avec une poulie D, qui se trouve en arrière. A quelques pouces de la roue, à gauche, est un rouleau vertical E, maintenu par un axe de fer coudé, qui le prend en dessus et qui le tient suspendu presque hors de l'aplomb de la traverse, afin de le rapprocher de l'alignement de la gorge

d la poulie D. Ce cylindre E et cette poulie D sont embrassés par une corde sans fin F, qui se prolonge suivant la direction ff. Plus à gauche, on voit une planche GG, attachée avec quelques clous à la traverse AA , laquelle porte trois axes fixes pour trois poulies dont la dernière à gauche H a un plus grand diamètre

que

les deux autres h h. La face antérieure de chacune de ces poulies porte un clou avec l'obliquité nécessaire pour que la tête réponde au centre. Les clous des deux petites poulies portent des bouts de corde effilés comme la mèche d'un fouet , tandis que celui de la grande poulie est terminé en crochet. La jante de la roue C est enveloppée de trois cordes sans fin, une pour chaque poulie; mais celle en H est croisée, afin que cette

poulie tourne en sens contraire des deux autres.

Ce rouet est fixé en terre, comme on voit (fig. 3), et l'appareil est complété par un poteau P, à 70 pieds de distance, portant un crochet

P, et par une pierre Q, d'un poids suffisant pour maintenir en place une poulie r, dont la chappe lui est attachée. C'est à celle poulie qu'aboutit la corde sans fin ff, des fig. 1 et 2. (1).

Le fileur I porte à sa gauche un grand étui de feutre i, de forme conique, qui contient la laine cardée. Lorsqu'il commence son ouvrage, il approche du rouet; il accroche à sa ceinture, à droite, la corde sans fin f, et présente des deux mains la laine aux mèches des deux petites poulies hh. Elles la happent par un léger mouvement en arrière que fait l'ouvrier, sans toutefois que ses mains quittent prise ; alors il va en reculant, le rouet tourne au moyen du tirage de la corde sans fing, et il file ses deux brins jusqu'à ce qu'il soit parvenu à la poulie r. Alors il joint les deux fils qu'il a dans les mains et les accroche en P, au poteau P, comme on voit en m : il détache de sa ceinture la corde sans fin et retourne au point dont il était parti.

(1) Il est aisé de voir que le rouleau E, sollicité par deux forces opposées et égales restera immobile ; sans doute

que le frottement qui en résulte est de peu séquence; autrement il eût été aisé de l'éviter en mettant deux rouleaux au lieu d'un.

de coba

Là, il détache ses deux brins de laine des poulies hh, et les fixe au crochet de la poulie H; il reprend la corde sans finf, et amorce de nouveau sa laine aux petites poulies'; il retourne, à reculons, vers le poteau P, et nonseulement il a filé de plus deux fils de 70 pieds de longueur, mais en même temps il a détordu en partie les deux premiers et en a fait une corde dont la roideur et la torsion dependent des rapports que l'expérience leur a appris à mettre entre les diamètres de la roue C, et des poulies D, hh, et H.

Pour continuer son opération, l'ouvrier que nous avons laissé en P, détache de nouveau la corde sans fin de sa ceinture, ainsi

que

le bout de la corde de laine fixée en p; en remontant il en fait un peloton, qu'il suspend à sa ceinture à droite en o; il poursuit ainsi son travail jusqu'à ce que toute la laine cardée, qu'il porte à gauche, ait passé à sa droite formée en corde à deux bouts.

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On remarquera que ce procédé a tout-àfait le caractère de l'industrie ambulante des peuples orientaux. Un ouvrier trouvera partout une pierre et quatre pièces de bois ; il ne reste donc chargé, dans ses courses, que d'une roue légère, d'une planche de trois pieds de longueur, de quatre poulies, et de quelques toises de cordeau.

Nous ne connaissons pas d'étoffe en laine dont la chaîne ou la trame soit faite en fil de deux brins : on demandera sans doute à quoi servent ces cordes de laine? Voici la réponse que nous croyons pouvoir faire à cette question.

Le feutre, d'un usage assez moderne en Europe , est cependant de la plus haute antiquité. Ce fut la première étoffe des peuples nomades, comme les peaux de bêtes furent les premiers rêtemens des sauvages. En passant à l'état de pasteur, il fallait conserver les animaux au lieu de les détruire; et l'homme dut se contenter de la dépouille annuelle de ses troupeaux.

Tous les poils ont, à des degrés différens, la propriété de s'agglomérer par le frottement, aidé de l'humidité et de la chaleur; l'invention du feutrage fut donc spontanée, et l'art na

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