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AMYOT, ÉDITEUR, 8, RUE DE LA PAIX

MDCCCLIX

DEC 21 1925

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1745. Mémoire adressé au roi par le marquis d'Argenson, ministre secrétaire

d'État pour les affaires étrangères'.

Ce n'est pas un équilibre parfait qui forme la république germanique, helvétique et batavique, ou pour mieux dire, ce n'est point l'égalité intérieure qui les maintient. L'égalité est impossible entre les puissances comme entre les hommes, par la grande raison qu'il y aura toujours dans le monde inégalité de talents et d'activité. Cependant l'égalité doit être le point où vise la sagesse commune en politique.

Par un principe dont on se rapproche, autant qu'il est possible, on ne voit plus dans le monde de ces grandes révolutions qui changeaient autrefois la face de l'univers. Un reste de barbarie soutient encore, pour un temps, l'ardeur des conquêtes et des nouvelles acquisitions; mais, dans quelques siècles, les princes reviendront d'un gout si abusif pour eux-mêmes. Les conquérants sont les querelleurs de la société civile. Chacun les fuit et les chasse. Les puissances se liguent contre les princes ambitieux. On s'arme puissamment contre les voisins inquiets et dangereux, ou s'ils reculent leurs frontières de quelques cantons, ils les ruinent en dedans, et laissent leurs successeurs en proie à leur faiblesse et à l'envahissement des autres princes.

1. Flassan, Histoire de la Diplomatie, t. V, p. 315.

L'antique barbarie ne subsiste donc plus que par l'injustice des désirs; mais les arts ont fait de si grands progrès en Europe que la discipline militaire et la correspondance politique s'opposent de toutes parts, aujourd'hui, à l'exécution de ces désirs violents et tyranniques. Que chacun conserve ce qu'il possède ; que les grands États se contiennent par la police extérieure et se préservent, par là, d'être entamés par des voisins plus puissants, mieux gouvernés, ou réunis dans une ligue. C'est le meilleur conseil qu'ils puissent suivre; mais qu'ils cessent de chercher à s'étendre davantage.

La maison d'Autriche a eu ce tort; et elle en a déjà éprouvé les facheux effets en plusieurs circonstances. A l'abdication de Charles-Quint, le partage de sa puissance en deux fut nécessaire. Philippe II perdit sept provinces des Pays-Bas, et ses successeurs, le Portugal.

La monarchie d'Espagne, en changeant de maison souveraine, a perdu l'Italie et le reste des Pays-Bas.

La seconde branche d'Autriche, qui vient de s'éteindre en Allemagne, est remplacée par celle de Lorraine; mais, à ce changement, elle perd déjà la Silésie et quelques portions du Milanais, après avoir sacrifié les Deux-Siciles à l'établissement de la pragmatique Caroline.

Mais il est, par la guerre, d'autres pertes plus sérieuses, et telles sont, au dedans, la faiblesse, l'épuisement des trésors dépensés, des dettes contractées, le sang des peuples, les campagnes incultes et les arts transférés ailleurs. Les grands États deviennent ainsi sages par nécessité et spectateurs par impuissance. L'Espagne est réduite à cette situation et s'en relèvera difficilement : notre France n'y court-elle pas à pas précipités ? Et quelles forces aurait, par elle-même, la puissance autrichienne, sans l'argent des puissances maritimes qui, depuis le commencement de ce siècle, ont pris pour principe de soutenir contre la France leur tyrannie commerciale par la tyrannie continentale de la maison d'Autriche.

L'Italie est, depuis trois siècles, l'un de ces théâtres d'ambition et de conquête, où viennent se consumer les grandes puissances. Les empereurs y établirent leur pouvoir et le virent fréquemment détruit. Charles VIII y montra la valeur et la l

gèreté française. Louis XII et François Ier y éprouvèrent encore de plus grands revers. Les Vénitiens en ont été, pendant un temps, les tyrans; mais le temps passa promptement et leurs efforts ont fait disparaître leur puissance. Nous y avons voulu conserver quelques citadelles, quelques postes, pour y prendre part aux désordres, sous prétexte de défense et d'équilibre; mais ce n'est point tout cela qu'il faut.

C'est de concentrer les puissances italiques en elles-mêmes; c'est d'en chasser l'Autriche et de montrer l'exemple de n'y plus prétendre : si quelques princes étrangers y gouvernent encore, que les princes deviennent tout à fait Italiens, qu'ils ne puissent hériter ailleurs, ou que, s'ils préfèrent d'autres successions qui leur surviendraient, ils abandonnent alors, à des successeurs désignés, l'État qu'ils déposséderont en Italie, et que cette option, cette incompatibilité soient une loi fondamentale de toute domination en Italie. Employons-y de la force et de la sincérité pour la maintenir! empêchons les troubles et la tyrannie : nous en avons les moyens. Soutenons les faibles et les opprimés : nous sommes assurés que nos seules menaces auront l'effet des plus grandes victoires; nous y gagnerons pour nous, honneur, repos et sûreté. — Ainsi s'exprimait M. d'Argenson.

Décision du roi Louis XV sur la mission de M. de Champeaux.

Je trouve bon que Champeaux aille à Turin; qu'il soit bien déguisé, car il doit être connu dans ce pays-là, et qu'il n'y demeure que quatre jours, après quoi toute la négociation sera rompue.

Si l'on n'accepte pas le premier projet, voilà celui par lequel on peut y suppléer.

Au roi de Sardaigne, tout le Milanais qui est à la rive gauche du Po, et à la droite, jusqu'à la Scivia.

A l'infant, toute la rive droite, depuis la Scivia jusques et compris l'État de Parme, le Crémonais (le fort de Gera-d'Adda rasé) et la partie du Mantouan qui est entre l'Oglio et le P8. Celle par

de là, à la république de Venise, et ce qui est à la rive droite du Pô, au duc de Modène, avec l'éventualité du duché

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