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pour le service général de la République, étaient
devenues indifférentes à ce nom ; et éblouies
le renom militaire et les importants services de Ju-
lien, elles le porterent, lui usurpateur, au trône ; et
en vertu d'une élection militaire, il prit le titre d'Em-
pereur dans la ville de Paris.

Kulien, avant son élévation, avait apostasié le Christianisme; et la seule différence qui existe entre son apostasie et celle de Napoléon en Egypte, est que l'erreur de Julien peut avoir été sincere : tandis que celle d’Ali Buonaparté ne fut assurément qu'un tour intéressé que lui fit jouer sans répugnance son indifférence à toute religion. Mais on peut faire remonter à une même source l'impiété de l'un et de l'autre ; et ils se glorifierent tous les deux du nom de Philosophe, parce qu'ils avaient encouru celui d'apostat.

Nous ne parlerons qu'en passant des intentions que ces deux empereurs ont affectées de rétablir la nation Juive. La tentative fut, dans les deux cas, aussi

peu sincere qu'impie ; mais ce qu'il y a de certain c'est que l'événement a échoué de nos jours comme il échoua autrefois.

Mais nous passons sur tous les petits rapprochements que présente l'histoire de ces deux personnages pour arriver à l'invasion de la Perse par Julien, invasion dont l'audacieux commencement et la désastreuse terminaison n'avaient rien qu’on, pût leur comparer dans l'histoire du monde jusqu'à ce qui s'est passé il y a quatre mois.

Les bornes d'un ouvrage périodique nenous permettent de donner qu'un léger extrait de la campagne de Julien; celle de Buonaparté, écrite en caracteres de sang, est sous les yeux du monde entier.

Les motifs qui porterent Julien à l'attaque impolitique et non provoquée d'une puissance aussi éloignée que la Perse, ne sont pas clairement définis. Quelques bistoriens alleguent qu'il avait l'ambition

d'imiter Alexandre ; et qu'un esprit inné de domination , et la vanité que ses succès dans les guerres d'Allemagne avaient excitée en lui, le pousserent à suivre sa carriere. D'autres donnent quelques motifs politiques à son ambition ; ils disent qu'il n'était pas bien sûr de ses possessions d'Illyrie, et qu'il ne craignait pas pen les nations du Danube, qu'il espé. rait empêcher de violer les traités par la terreur de son nom et la gloire d'avoir conquis l'Univers. S'il avait subjugué la Perse, l'univers aurait été à sez pieds !

Les préparatifs pour la guerre de Perse furent immenses, quoique leur destination fût tenue secrete jusqu'au moment où la marche des troupes la fit connaître. L'Empereur partagea l'armée en deux grandes divisions : il en détacha une sous le commandement de ses parents Procopius et Sébastien, Duc d'Egypte, ainsi que le dit Gibbon, et suivant Ammien Marcellin, Sebastiano Comiti (le. Comte Sébastiani.) Cette armée qui devait être renforcée par les troupes alliées du Roi d'Arménie, devait se porter sur la gauche, balayer la frontiere ennemie, et après avoir menacé les villes frontieres, elle de. vait marcher finalement sur la capitale par une route parallele à celle qui suivait l'Empereur. Si cette marche nous rappelle le mouvement vers Riga, le caractere et la situation du Roi d'Arménie n'of frent que trop de ressemblance avec le Roi de Prysse. Ce monarque, vous dit-on, avait dégénéré, même plus que son pere, des vertus et des talents de son grand pere, et fut obligé d'envoyer 4000 cavaliers et 20,000 fantassins pour aider à l'invasion de son yoisin et ami.

Environ un mois après que Julien fût parti de sa capitale, il entra sur la frontiere de Perse Son armée était la plus nombrense de toutes celles qui avaient jamais été employées à de semblables expéditions. Autour de l'étendard impérial étaient

rassemblées des bordes d'auxiliaires, dont Julien avait exigé impériensement les services, tandis qu'il „vait indexiblement refusé de leur payer et leur solde et leur subsistance. Mais il avait choisi avec soin dans les provinces des bandes d'infanterie et de cavalerie de vieilles troupes, et les Gaulois réclamant une juste prééminence pour leur loyanté et leur valeur, eurent la garde du trône et de la personne de leur prince.

La prudence de Julien lui fit s'assurer d'une frontiere aussi éloignée, et perpétuellemeut exposée aux incursions hostiles des Arabes. En conséquence il laissa par derriere un corps de réserve de 10,000 hommes.

En entrant dans le pays ennemi, il disposa l'armée qu'il commandait immédiatement, en trois colonnes, dont le centre comprenait la force de l'infanterie et de l'armée, et était sous les ordres de Victor ; une division de cavalerie était sous le commandement d'un Prince qui ne ressemble pas peu à Poniatowski; Hormisdas était d'une race qui avait été assise sur le trône du pays où il servait alors sous les ordres d'un prince étranger, dont il avait obtenu la confiance, et qui lui avait conféré un commandement distingué dans ses armées. L'arriere-garde était commandée par un Secundinus, Duc d'Orshoenne. Le poste de Julien était au centre. Ce fut dans cet ordre qu'il entra dans un pays que l'on représente presque comme un désert. Il ne s'amusa pas à assiéger les forteresses des frontieres, mais il marcha directement vers l'ancienne capitale du pays. Les habitants des villes ouvertes, incapables de résister, mais de voulant pas céder, fuirent avec précipitation, et leurs maisons furent oecupées par les soldats de Julien qui massacrerent sans remords et avec impunité jusqu'à des femmes sans défense.

Pendant la marche, les généraux Persans rô

derent incessamment autour de l'armée Romaine. Tont traînear fut intercepté ; tous les détachements furent attaqués : cependant les barbares, ainsi que Julien les appelait, furent repoussés partout, et Julien continua sa marche.

La fertilité du pays augmentait à mesure que Julien pénétrait, mais la condition de son armée n'en devenait pas meilleure. A la vérité, la nature avait refusé au sol et au climat la vigne et l'olivier de la France, mais elle luilavait prodigué l'orge et le blé. Ces champs fertiles furent voués à la ruine et à la désolation par l'ambition de l'Empereur Julien, tandis que le patriotisme et le dévouement des habitants faisaient également retomber sur l'envahisseur cette destruction qu'il traînait à sa suite.

Pour entraver sa marche, ils complétaient de leurs propres mains la dévastation de leur pays. A l'approche des envahisseurs, toute perspective de subsistance disparaissait à l'instant. Partont où les Romains se portaient, les habitants désertaient les villages, abandonnaient leurs maisons, chassaient devant eux le bétail; l'herbe et le blé étaient consumés

par

le feu ; et dès que les flammes avaient cessé de briller, après avoir interrompn la marche de Julien, il pouvait contempler la triste surface d'un désert nud et fumant. Ce mode désespéré, mais efficace de dés fense, dit on historien éloquent, (Gibbon) ne peut être mis en usage que par un peuple qui préfere son indépendance à ses propriétés, ou par la rigueur d'un gouvernement arbitraire, qui consulte la sûreté publique sans laisser au peuple la liberté du choix ; mais ici l'un et l'autre sentiment étaient réunis, et le zele et l'obéissarice du peuple secondaient efficacement les cominandements de leur Souverain.

Les difficultés toujours croissantes de la situation de Julien le pousserent sur la capitale de Persę. Toutes les villes intermédiaires furent prises et ravagées. Le sort de la ville de Magoamalcha, derniere conquête de Julien, présente une ressemblance frap

parcs étendus

pante avec le sort de la ville de Moscou. Elle fut livrée

par le cruel vainqueur aux dernieres horreurs de la guerre, et la fureur des soldats les porta a tout massacrer indistinctement, excepté là où la brutalité sensuelle ou l'avarice leur faisaient respecter la vie des malheureux. Les fortifications de la ville furent rasées au niveau de la terre, et il ne resta pas un vestige que la ville de Magoamalcha eút jamais existé. Le voisinage de la capitale était orné de palais somptueux, et l'on y avait joint des

pour le plaisir de la chasse. Julien se montra, en cette occasion, aussi ignorant qu'insouciant des lois de la civilité que la prudence et le rafinement des siecles polis ont établies même entre les princes ennemis. Les murailles des parcs furent abattues, le gibier dispersé, et les palais des Perses, réduits en cendres.

Mais l'heure de la rétribution avait sonné. En vain Julien gagnait-il des batailles dans lesquelles les Romains se vantaient de n'avoir perdu que 75 hommes contre 3000 tués aux barbares ; en vain le victorieux Empereur distribuait-il des récompenses sur le champ de bataille pour prix de la valeur ; il découvrit bientôt par des signes non équivoques, qu'il avait atteint le terme de ses prospérités.

Ses renforts n'arriverent point jusqu'à lui. Il fut pas joint par le Comte Sebastien : les troupes auxiliaires du Roi d'Arménie déserterent, et ce Monarque lui-même fut soupçonné de trahison à la cause des Romains.

L'Empereur fut bientôt réduit à de faibles magasins de provisions qui diminuaient journellement dans ses mains. Cependant, avant qu'elles fussent entierement consommées, il aurait encore pu gagner les riches provinces et villes de Suze et d'Ecbatade, par une marche rapide et bien dirigée, mais en cela son plau fut encore frustré.

Les conquêtes imaginaires qui si long-temps l'a.

ne

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