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gistres : l'une était de donner purement et littéralement le texte officiel ; l'autre, de le corriger et de le rectifier.

La négligence et l'ignorance qui ont présidé à l'exécution de l'Armorial général y ont introduit des fautes de toute espèce. Les noms propres de personnes et de lieux y sont altérés, estropiés et souvent méconnaissables. La partie héraldique n'est pas mieux traitée. La description des armoiries y est diffuse et incorrecte. Si un écu est parti ou écartelé, c'est en commençant qu'il faut l'énoncer, car on doit faire savoir de suite de combien de partitions est formé le champ de l'écu. Cette règle est très-souvent violée. Les armes d'Esclaibes, page 53, sont décrites : de gueules, à trois lions d'argent, écartelé d'or, à une hamaide de trois pièces de gueules.

Le laconisme, qui forme une des principales qualités de la langue du blason, y fait souvent place à des redondances oiseuses. Ainsi quand le champ d'un écu est chargé de trois pièces, posées 2 et 1, les registres de l'Armorial ne manquent jamais de l'exprimer, quoique ce soit superflu. Les armes de Hove, page 91, sont décrites : d'azur, à trois coquilles d'or, deux en chef et une en pointe; celles de Coule : d'azur, à trois pigeons d'argent, deux et un.

La partie supplémentaire, où se trouvent les blasons que d'Hozier régla ou accorda lui-même, n'offre pas plus de correction. Dans toutes les armoiries qui furent données par lui aux familles qui n'en avaient pas règnent en outre un mauvais goût héraldique et une prétention d'armes parlantes ou de jeux de mots ridicules. A Valentin Loisé, il donne pour armes : d'azur, à une oye d'argent (page 414); à Pierre HOLEBECQ (haut le bec): d'or, à un coq de gueules, becqué d'azur; à Claude Cane : de sable, à une canette d'argent (pag. 415); à Jacques Pontamis (ponts amis ou ponts à demi) : parti d'argent et de gueules, à un pont de l'un en l'autre (page 410).

Se fût-on contenté de rectifier, dans l'Armorial général, les fautes essentielles et les erreurs grossières, il aurait encore fallu le modifier tellement, qu'on lui aurait fait perdre son caractère officiel. Nous avons cru meilleur de reproduire le plus scrupuleusement possible le texte, en conservant même l'ancienne orthographe.

Toute correction qui nous a paru bonne à proposer, nous l'avons faite entre parenthèses. De cette manière, nous avons cherché à réunir les deux méthodes, en donnant le texte corrigé à côté du texte original.

Quant au rang des cahiers qui composent le registre manuscrit de l’Armorial de Flandre, de la Bibliothèque impériale, aucune idée de classement ne semble avoir présidé à leur reliure. Les parties supplémentaires se trouvent confondues avec les autres. Nous avons donc pris sur nous de ramener ces cahiers à un ordre normal et régulier.

Le registre se trouve ainsi divisé en quatre parties distinctes :

I. Armoiries fournies par les personnes ou communautés et admises sans délai par les bureaux établis pour l'exécution de l'Armorial néral (pages 1 à 338).

II. Armoiries dont la réception fut sursise, parce qu'elles avaient des fleurs de lis d'or sur champ d'azur, ou parce qu'elles n'avaient pas été fournies à temps (pages 339-354).

III. Armoiries qui ont été réglées par d’Hozier, parce qu'elles avaient été mal figurées ou expliquées (pages 355-368).

IV. Armoiries données par d'Hozier, parce qu'on avait négligé de les fournir, quoiqu'on eût payé les droits d'enregistrement (pages 369451).

Le registre de Flandre, du Hainaut et du Cambrésis contient l'enregistrement de quatre mille neuf cent sept armoiries, et le produit des droits de finance perçus, sans les deux sous pour livre, s'élève à cent mille six cent trente-six francs.

Les noms propres d'hommes et de localités sont, à cause de leur forme flamande, encore plus altérés et plus méconnaissables dans ce registre de l'Armorial général que dans tout autre. Nous avons eu recours, pour les rectifier, aux lumières de plusieurs personnes bienveillantes et érudites. Toutes les correctons sont placées entre parenthèses, après le texte qu'elles modifient.

30 juin 1856.

PRÉFACE

Les armoiries sont des marques d'honneur et de noblesse, composées de certaines couleurs et de certaines figures. Elles servent à distinguer les familles, à rappeler quelquefois leurs noms, leurs possessions ou les belles actions d'un de leurs ancêtres. On les grave et on les peint sur les cachets, la vaisselle, les panneaux de voiture, les monuments, etc.

L'usage des armoiries fut d'abord introduit par les chevaliers, qui, bardés de fer, n'avaient pour se faire reconnaître dans les tournois et les champs de bataille que les signes symboliques tracés sur leur écu. Il se répandit ensuite dans tous les rangs de la noblesse, et devint commun aux familles de robe, d'échevinage et même de haute bourgeoisie. Les villes, les communautés, les corporations imitèrent à leur tour cet exemple, et adoptèrent un blason.

Le P. Menestrier et plusieurs autres auteurs ont voulu établir deux classes d'armoiries : celles qui sont des marques d'honneur et de noblesse, et celles qui ne seraient que des marques de distinction. Mais c'est une classification hypothétique; et, comme le fait remarquer le P. Menestrier lui-même, « les a sociétés, les villes et les royaumes qui ont des blasons, sont, selon les jurisa consultes, de grandes families dont le prince est le chef. »

Les armoiries ne furent pas, il est vrai, le privilége exclusif de ceux qui étaient gentilshommes, mais elles annonçaient au moins une bonne bourgeoisie, qui touchait à la noblesse par plus d'un point de contact.

Si le recueil, dont nous donnons aujourd'hui le premier volume, renferme le blason de beaucoup de personnes qualifiées marchands, avocats, médecins, bourgeois, il n'y a pas lieu de s'en étonner, et ces désignations n'impliquent pas la roture. Un noble pouvait faire le commerce en gros ou exercer les professions libérales d'avocat, de médecin, etc. Les sergents, greffiers, procureurs au parlement, ne dérogeaient point, suivant un grand nombre d'auteurs, et la Roche Favin cite plusieurs arrêts qui maintinrent dans leur qualité de nobles les procureurs des cours.

Les bourgeois, sans être généralement nobles, avaient du moins de nombreux avantages qui les distinguaient des autres roturiers. Ils formaient une classe intermédiaire entre la noblesse et le peuple, « entre la classe infortunée des vilains et celle des seigneurs de fiefs. » (Bréq., Ordonnances des rois de France, t. XII, p. vj.)

Lorsque la féodalité se fut définitivement constituée, au dixième siècle, il n'existait pas encore de communes. La population se divisait en deux catégories bien tranchées : les seigneurs d'une part, les serfs de l'autre qui se divisaient en laboureurs attachés à la glèbe, en artisans et en serviteurs.

A l'établissement des communes, il surgit une troisième classe, celle des bourgeois, qui commença à prendre de l'importance à partir du règne de Louis le Gros, et dont, d'après Bréquigny, nous allons esquisser les principaux priviléges.

La bourgeoisie ne pouvait être conférée qu'à des personnes libres et, pour la donner à des serfs, il fallait les affranchir. Son objet principal était de soustraire les personnes aux vexations féodales, et, pour cela, de leur faire accorder des exemptions et des droits. Dans toutes les chartes de commune, on aperçoit aisément ces deux sortes de priviléges. (Bréq., ibid., pag. v-vu.)

Les seigneurs s'étaient arrogé le droit de lever des impôts arbitraires ; « les rois ouvrirent des asiles aux vassaux persécutés, en attachant aux « villes des droits et des prérogatives; » généralement les bourgeois étaient affranchis de ces exactions et même de toute juridiction féodale, soit pour leur personne, soit pour leurs biens situés dans le territoire privilégié. Bréq., page vi.)

Lorsque Philippe le Bel voulut imposer la taille aux bourgeois, des révoltes éclatèrent au sein des principales communes. La royauté triompha, mais sans parvenir à établir une taille permanente. Ce ne fut qu'en 1439 que les états généraux d'Orléans accordèrent à Charles VII le droit de percevoir une taille perpétuelle pour la solde des troupes. Les exemptions de cet impôt se multiplièrent en faveur des bourgeois, et alourdirent le fardeau des autres. Dans les états généraux de Tours, en 1484, les défenseurs des droits du peuple firent entendre d'énergiques remontrances en faveur des classes souffrantes et laborieuses, des laboureurs et des artisans. (Chéruel; Dictionnaire des Institutions de la France.)

Les bourgeois avaient aussi, dans presque toutes les cités importantes, le droit d'acquérir des francs-fiefs sans payer de redevance. Ils le regardaient comme un honneur et une espèce d'anoblissement ou d'acheminement à la noblesse, puisque, selon les uns, dès la première investiture, selon les autres, au troisième hommage, le fief se partageait noblement et recouvrait son ancien état entre les mains de son nouveau propriétaire. (Etablissements de Saint Louis; le prés. Hénault à 'a 1600.)

Ce droit de posséder des fiefs sans payer aucunes finances, comme les nobles de lignée et de lignage, fut confirmé à tous les bourgeois de Paris, par lettres patentes de Charles V du 9 août 1371. Le P. Menestrier, le Prés. Hénault et beaucoup d'historiens ont pris ces lettres pour un anoblissement en masse de toute la population de la capitale.

Les milices urbaines ou communales étaient encore un privilege des bourgeois, qui s'en prévalaient pour réclamer l'exemption de la taille, puisqu'ils payaient comme les gentilshommes l'impôt du sang. A la bataille de Bouvines, en 1214, ce furent ces milices qui, rangées autour de l'étendard royal, couvrirent Philippe-Auguste de leurs corps, et Guillaume le Breton, témoin oculaire, rend hommage à leur bravoure et à leur dévouement. A Courtrai, en 1302, elles taillèrent en pièces les chevaliers de l'armée de Philippe le Bel.

On peut consulter Bréquigny sur les prérogatives des bourgeois du roi, qui furent dispensés du domicile réel par l'autorité souveraine, et qui, à l'aide d'un domicile fictif, purent se soustraire, quant à leur personne, à la juridiction féodale, sans cesser de demeurer sur le territoire d'un seigneur particulier.

C'était toujours des rangs de la bourgeoisie, et jamais de la classe des serfs, des artisans, des laboureurs, que sortaient ceux que la faveur de nos rois élevait à la noblesse. On serait encore à chercher des exemples du contraire, si quelques exceptions n'étaient venues confirmer la règle.

En outre de ses grands priviléges, la bourgeoisie possédait une foule d'autres droits, énumérés dans les chartes de communes, et il suffit de jeter un coup d'æil sur le recueil des ordonnances des rois de France pour voir de combien de faveurs Charles, V, dit le Sage, de 1365 à 1380, combla les principales villes du royaume. Les seigneurs eux-mêmes envièrent le droit de bourgeoisie, et beaucoup le sollicitèrent pour jouir des avantages qui y étaient attachés.

Enfin, et nous rentrons ici plus intimement dans notre sujet, lorsque le port des armoiries, privilége réservé dans l'origine à la noblesse chevaleresque, devint d'un usage plus général, il s'étendit peu à peu aux bourgeois eux-mêmes, surtout si nous prenons ce mot dans l'acception restreinte de notables'. De toutes les mesures' adoptées au sujet du blason, aucune ne fut dirigée contre eux comme usurpateurs d'armoiries, à moins qu'ils ne portassent un timbre sur leur écu.

Voici un résumé rapide de cette législation héraldique.

Jusqu'au milieu du seizième siècle, les familles étaient dans l'usage de prendre des armoiries et d'en changer sans autorisation.

Charles VIII, par lettres du 17 juin 1487, avait créé un maréchal d'urmes pour enregistrer le blason de toutes les familles qui en possédaient légitime

* Les expressions notabilis et nobilis, notable et noble, qui dérivaient d'une même racine, avaien aussi dans l'origine même sens et même valeur.

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